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Yann Roubert : président ambitieux d'un LOU conquérant

le - - Grand témoin

Yann Roubert : président ambitieux d'un LOU conquérant
©Céline Vautey

Né d'un père savoyard et d'une mère lyonnaise, le président du LOU Rugby a grandi… à Saint-Etienne, où il a porté le maillot vert pendant deux saisons, dans les catégories de jeunes. Sportif de haut niveau, partageant son temps entre mer et montagne, cet homme de défi a trouvé dans le rugby le terrain de jeu idéal pour exprimer tout son potentiel. Dans une ville où, jusque-là, le football et le basket se partageaient les honneurs, il entend ramener le ballon ovale au premier plan, en mariant projet économique et projet sportif.

Comment êtes-vous arrivé aux commandes du LOU Rugby ?

Par l'entremise du groupe GL events, que j'ai rejoint en 2009 et qui est un acteur majeur dans la vie du LOU Rugby depuis 2006. A un moment donné, Olivier Ginon a souhaité prendre les choses en main de façon plus directe, afin donner une nouvelle impulsion au développement du club. Il a donc décidé d'en faire une filiale à part entière du groupe. C'est à ce moment-là qu'il m'a sollicité pour prendre la présidence du club.

Quels étaient les termes de la mission qui vous a été confiée ?

Les choses étaient claires : je devais proposer un projet de club courant sur plusieurs années, car le groupe GL events s'attache en toute chose à construire dans la durée. J'ai donc présenté un programme en quatre grandes étapes. J'ai intégré une étape 0 dans mon projet, car le club a une histoire, que j'aime rappeler à mes interlocuteurs. Je n'aime pas que l'on présente le LOU comme un club sans âme et sans passé, qui n'existe qu'au travers des investissements réalisés par quelques chefs d'entreprises. Le LOU est né en 1896 et compte deux titres de champion de France à son palmarès, décrochés en 1932 et 1933. Nous sommes les héritiers de cette histoire et ce n'est pas anodin de s'appuyer sur ce passé glorieux à l'heure d'écrire une nouvelle page. L'étape 1, ensuite, consistait à ramener le club en Top 14. L'étape 2 était également sportive, puisqu'il s'agissait d'ancrer durablement le LOU dans l'élite national. Enfin l'étape 3, celle qui est encore devant nous, se résume en un mot : gagner.

Le LOU Rugby a t-il les moyens de relever ce dernier challenge, sportivement le plus compliqué ?

Le potentiel du LOU est énorme. Il repose sur trois volets. Rugbystique, tout d'abord. Nous avons une centaine de clubs et 60 000 licenciés dans un rayon de 100 kilomètres autour de Lyon. La matière première, c'est-à-dire les joueurs, est donc là. Deuxième volet, la population. Dans ce même rayon de 100 kilomètres, il y a plus de 1 ,5 million de personnes. Si nous parvenons à en séduire seulement 2 % chaque samedi, nous aurons une affluence moyenne de 30 000 spectateurs. Actuellement nous sommes à un peu plus de 15 000, alors qu'il y avait à peine 4 000 personnes au stade Vuillermet il y a une douzaine d'année. Enfin, et c'est le troisième volet que j'annonçais, cette population et cette passion doivent permettre de donner une réalité économique à notre projet. Il ne faut pas se voiler la face : aujourd'hui pour réussir dans le sport de haut niveau, il faut des moyens financiers. L'écosystème de la métropole lyonnaise, qui est la deuxième puissance économique du pays, nous permet de bâtir ce club de rugby ambitieux que les actionnaires du LOU appellent de leurs vœux.

Le résultat sportif est-il essentiel aujourd'hui dans la réussite économique de votre projet ?

Ma conviction est que le sportif doit être au centre du projet, car les victoires sont finalement notre meilleur argument marketing. Elles influent sur toute la vie du club. Prenez l'exemple de notre brasserie, qui est ouverte tous les jours. Il est évident que les gens viendront plus facilement déjeuner ici si nous gagnons des matchs. Ils voudront se nourrir des bonnes ondes que génèrera le club. Il en va de même pour notre activité événementiel. Nous accueillons un peu plus de 200 événements par an, qui n'ont rien à voir avec le rugby : petits salons professionnels, conventions, dîners de gala, cérémonies de vœux... Les clients seront fatalement plus nombreux si nous sommes à la lutte avec les meilleurs. Plus nous gagnons et plus les gens sont enclins à venir, même si la qualité de nos installations et de nos prestations n'est en rien liée à nos victoires ou à nos défaites.

A l'inverse, pensez-vous que le résultat sportif doit inévitablement découler de l'investissement économique ?

Je dirais que l'investissement économique doit avant tout permettre de minimiser l'aléa sportif. Mais le rugby reste un sport, donc le risque 0 ne peut pas exister. Malgré tous les moyens financiers que l'on peut engager, par exemple pour organiser le meilleur recrutement possible, la compétition sportive comporte des aléas et on peut toujours connaître l'échec. Dans mon esprit les choses sont très claires : un club de rugby de haut niveau est à la fois une équipe et une entreprise. Ce ne sera jamais uniquement l'un ou uniquement l'autre. Et surtout jamais l'un sans l'autre. Les deux dimensions, sportive et économique, sont étroitement liées. Les valeurs du sport doivent donc être présentes à chaque instant dans notre action, mais il ne faut jamais oublier le caractère entrepreneurial du projet. Car l'entreprise doit être pérenne pour que l'équipe puisse être performante sur le terrain. Et inversement.

Que représente l'entreprise LOU Rugby aujourd'hui ?

Avec ses filiales, c'est 120 salariés, joueurs compris, et un peu plus de 33 M€ de budget cette saison (Ndlr : 4ème budget du Top 14 derrière le Stade Français, le Stade Toulouse et Clermont). Les partenariats et l'hospitalité représentent notre première source de recettes et couvrent environ la moitié de notre budget. Viennent ensuite les droits TV, qui sont répartis entre les clubs en fonction de critères multiples ne comprenant pas que les résultats, puis les revenus du stade avec la billetterie et les abonnements. Les événements hors rugby, que j'évoquais il y a un instant et que nous organisons dans le stade, sont une quatrième source de recette. Enfin il y a la brasserie du stade, qui fonctionne 365 jours par an et qui attire un public nombreux et diversifié, dans lequel on ne retrouve pas que nos partenaires.

Le projet économique du LOU Rugby s'articule notamment autour de l'aménagement du Matmut Stadium de Gerland. Où en êtes-vous de l'aménagement du site ?

Il y a trois phases dans ce projet d'aménagement. La première, d'ores et déjà achevée, consistait à construire notre village et notre centre d'entraînement. C'était un véritable challenge, car nous devions recréer un univers dans lequel nos supporters se sentiraient bien. Nous avons su garder cette atmosphère et cette convivialité que l'on retrouve dans les stades de rugby. Cette première phase comprenait également la réfection du stade. Elle a été réalisée en quatre mois à l'été 2017. Nous avons refait les deux tribunes latérales pour les rapprocher du terrain et, dans le même temps, nous avons réaménagé tous les espaces hospitalité, les salons, les loges, création d'une terrasse… Aujourd'hui, nous avons 2 500 places d'hospitalité réparties entre loges et salons. Elles affichent complet pour tous les gros matchs. La phase 2 a commencé, mais elle n'est pas encore achevée. Il s'agit de l'opération immobilière « Les jardins du LOU », qui totalisera à terme 28 000 m2 de surfaces tertiaires en six bâtiments. Enfin, la phase 3, qui n'a pas encore démarré, comprendra la construction d'un hôtel de 150 chambres à proximité immédiate du métro Stade de Gerland, la réfection de la piscine et, enfin, la construction d'un centre de santé et d'un centre de formation. Les permis de construire sont déposés donc et les livraisons sont attendues entre 2021 et 2022. Notre objectif est de contribuer au succès de la Coupe du Monde de rugby 2023, qui aura lieu en France, en abritant le camp de base de l'une des équipes qualifiées.

Vous évoquiez la question de l'offre hospitalité ; est-ce que le projet du LOU Rugby séduit les acteurs économiques au-delà de la région lyonnaise ?

Nous avons l'ambition d'être le club de la région et pas uniquement celui de la métropole lyonnaise. Ce qui signifie que pour aller chercher nos joueurs, mais aussi nos supporters et nos partenaires, nous descendons vers le sud de la région, mais nous glissons aussi à l'est vers les Alpes et nous remontons le plus au nord possible vers la Bourgogne. A l'ouest, bien sûr il y a Clermont, mais nous avons néanmoins une belle carte à jouer également. Enfin, nous avons déjà des partenaires issus de l'échelon national, voire international, puisque nous avons signé récemment un partenariat avec le club japonais des NTT Communications Shining Arcs.

Quels sont les ressorts de ce partenariat ?

Nous avons la volonté de voir ce qui se fait ailleurs, aussi bien sportivement que culturellement ou technologiquement, et de partager les bonnes pratiques. Nos partenaires japonais ont un centre d'entraînement qui est un véritable modèle du genre dont nous pourrions nous inspirer. A l'inverse, ils sont venus voir notre stade ; ils ont l'ambition de construire leur propre enceinte et notre modèle leur a semblé intéressant.

Historiquement le rugby a été le terrain de prédilection des entreprises du bâtiment et des travaux publics. Cet univers professionnel est-il toujours aussi présent dans votre portefeuille de partenaires ?

Oui, les entreprises du BTP sont toujours fortement représentées. Sur nos 400 partenaires, quelque 70 entreprises sont issues du BTP. Ensuite, tous les secteurs d'activité sont représentés, aussi bien dans l'industrie que dans les services, mais aussi toutes les tailles d'entreprise, de l'entreprise unipersonnelle à la multinationale. Cette diversité d'entreprises, de sensibilités, de personnalités constitue une richesse exceptionnelle, que nous essayons de faire vivre, notamment au sein du LOU Business Club.

Les dates

1977 : Naissance à Thonon les Bains, en Haute-Savoie.

2000 : Fin de son cursus à l'EDHEC à Nice et débuts dans la vie professionnelle chez Bouygues Telecom, où il intègre une cellule de sportifs de haut niveau en charge de monter des partenariats, notamment dans les stations de ski.

2003 : Monte une expédition autour du monde baptisée « Yassalaba », au cours de laquelle il enchaine, durant un an, des ascensions de sommets mythiques et des navigations sur des eaux de rêve.

2005 : Rentre en France et rejoint SFR comme responsable de la cellule sponsoring, événements et RP autour des partenariats sportifs.

2009 : Intègre le groupe GL events pour prendre en charge la division sport Moyen-Orient du groupe, à Dubaï. Il participe à l'organisation d'événements comme la Coupe d'Asie des Nations en football, le Race to Dubaï, un salon de l'automobile …

2012 : Nommé vice-président exécutif et directeur général du LOU Rugby en septembre, il rentre en France au mois de décembre pour prendre la succession d'Yvan Patet à la présidence du club.




Jacques DONNAY
Journaliste

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