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Xavier Omerin, une saga industrielle auvergnate

le - - Grand témoin

Xavier Omerin, une saga industrielle auvergnate
© : DR

Héritier d'une longue lignée d'entrepreneurs du bassin d'Ambert, Xavier Omerin décline avec passion un savoir-faire familial qui a évolué au fil des décennies, mais sans jamais s'affranchir totalement de son métier d'origine. Acteur incontournable sur le marché des fils et câbles, le groupe Omerin, qui emploie 900 personnes, symbolise à lui seul la rencontre des savoir-faire industriels auvergnat et rhônalpin, qu'il met en œuvre quotidiennement sur ses sites du Puy de Dôme, de la Haute-Loire, de la Loire et du Rhône.

Vous avez fêté l’année dernière vos 30 ans de collaboration au sein du groupe familial centenaire, dont 20 ans  à sa présidence. Quel regard jetez-vous sur cette grande saga industrielle ?

C’est avant tout l’histoire d’une entreprise qui a su s’adapter aux bouleversements du monde et à l’évolution de la demande des industriels. Toutefois, cette saga n’aurait jamais été écrite sans des hasards de la vie, parfois malheureux, et sans des choix forts, qui ont conduit un meunier, devenu allergique à la farine, à changer de métier. Après bien des bouleversements, il a fini par se lancer dans le tressage sur le conseil de sa femme en 1906. Et c’est ainsi qu’a réellement débuté l’aventure industrielle de notre groupe.

Une aventure à laquelle votre père a donné un nouvel élan ?

Oui, en effet. Un premier changement majeur intervient au lendemain de la guerre, lorsque mon grand père, de retour de captivité, décide de relancer l’entreprise familiale et son activité de tresseur-passementier. Mon père, diplômé des Arts et Métiers de Lyon en 1953, considérait que cette activité peu rentable. Avec l’aide de mon grand-père, il décide de se lancer dans le tressage appliqué à  l’isolation électrique. Il achète une usine de teinture désaffectée à Olliergues, à quelques kilomètres d’Ambert, où il démarre une activité de fabricant de gaines isolantes tressées, vernies et traitées pour le bobinage électrique et pour les appareils électriques chauffants. Nous sommes alors à la fin des années 50 et c’est ainsi que  nous passons du tressage du coton au tressage de la fibre de verre. Au début des années 60, pour répondre à la demande de ses clients, mon père se met à développer des fils électriques isolés en fibres de verre. L’affaire se développe et en 1971 il quitte Olliergues, où les locaux sont devenus trop exigus, pour s’installer sur le site actuel d’Ambert. Il en profite pour lancer une nouvelle activité d’extrusion d’élastomère de silicone sur les fils électriques pour l’électroménager. A cette époque, le marché du petit électroménager explose littéralement et les différents appareils utilisent des petits fils silicone qui alimentent les résistances chauffantes 

On est bien loin de votre activité actuelle ?

Non, ce sont les premiers pas vers ce que nous sommes devenus. Nous avons simplement élargi notre gamme au fil du temps et développé des spécialités autour de notre savoir-faire de base. Aujourd’hui, nous touchons une multitude de secteurs avec nos différents business units et nous occupons généralement une place de leader sur nos marchés, parfois à l’échelle mondiale, parfois seulement sur le plan national.

Plus précisément, sur quels marchés occupez-vous une place de leader désormais ?

Nous sommes leader mondial dans la fabrication des fils et câbles spéciaux basses et hautes températures, c’est-à-dire sur une échelle allant de -190° C à +1 400° C. Au quotidien, l’activité de notre groupe s’articule autour de 4 business units : fils, câbles électriques et gaines isolantes tressées ; éléments souples chauffants ; flexibles pour sanitaire et génie climatique ; dispositifs médicaux et emballages primaires pharmaceutiques. A travers ces différentes activités, nous sommes le premier fabricant mondial de fils et câbles isolés en silicone, le premier tresseur européen de fils de verre, le premier fabricant français de câbles de sécurité incendie et le premier fabricant français de câbles et éléments chauffants souples.

Que pèse chacune de vos 4 business units dans l’ensemble de votre activité ?

Les fils, câbles électriques et gaines isolantes tressées constituent notre navire amiral et représentent environ 70 % de notre activité. Ensuite viennent dans l’ordre les dispositifs médicaux avec 17 % du total, puis les éléments chauffants souples pour 8 % et enfin les tuyaux flexibles pour 5 %.

Qui sont vos clients ?

Ils sont multiples, bien entendu, mais nous avons parmi eux de très grands industriels comme Bouygues, Clemessy, Cegelec, Rexel, Sonepar, Schneider, Siemens, Bombardier , bioMérieux, Boiron … Dans tous les cas, nous parvenons à les convaincre par le travail de nos commerciaux sur le terrain, mais aussi grâce aux multiples qualifications et homologations que nous avons décrochées et qui ont été longues à obtenir.

Comment peut-on atteindre une telle efficience à partir d’une petite ville isolée au cœur de l’Auvergne comme Ambert ?

En jouant de tous nos savoir-faire, à commencer par l’innovation et par la force de notre réseau commercial. Lorsque mon père était aux commandes de l’entreprise, la R&D était empirique. C’était un entrepreneur Ingenieur–Ingenieux  et une amélioration apportée sur une machine permettait de développer une nouvelle solution. A l’époque, son service de R&D c’était surtout lui. Aujourd’hui les choses ont bien changé. Notre service R&D réunit 25 personnes qui ne font que cela. Cela représente plusieurs millions d’euros d’investissement annuel. Cette petite armée d’ingénieurs R&D, concepteurs, ingénieurs méthode, ingénieurs chefs de projets … fait des calculs savants et des essais, non seulement en laboratoire mais aussi sur le terrain. Car à mes yeux la R&D consiste avant tout à développer un projet en collaboration avec le client. Pour ma part, je suis surtout un entrepreneur-vendeur. J’aime convaincre mes interlocuteurs de la qualité de mes produits et de la pertinence de mes projets, puis sentir les mutations du marché pour nous adapter en temps réel.

Est-ce cette dimension que vous avez amenée lorsque vous avez pris les clés du camion ?

Lorsque j’entre dans l’entreprise, en 1985, l’entreprise réalise alors 40 MF de chiffre d’affaires, elle emploie 110 salariés, n’a pas de dettes, jouit d’une bonne santé, d’une bonne croissance et peut s’appuyer sur une demande en hausse. Je ne partais donc pas d’une feuille blanche. Je me suis donc attaché à structurer la démarche commerciale. Tout d’abord dans l’Hexagone, en faisant de mon meilleur vendeur le chef des ventes France, puis en décidant de partir à la conquête du monde. Ensuite, il a également fallu structurer l’outil industriel pour répondre à la croissance. J’ajouterai que je suis particulièrement bien entouré, par un comité de Direction d’une dizaine de personnes. Si on doit retenir un seul succès à mon crédit, c’est certainement d’avoir su choisir mon équipe parmi laquelle, mon bras droit et Directeur General du groupe Pierre Sanvoisin

Que pesait l’international à ce moment-là ?

L’export représentait un peu moins de 20 % du chiffre d’affaires. Mais mon père travaillait avec des distributeurs spécialisés, qui venaient chercher ses produits car leur qualité était reconnue. Globalement l’entreprise exportait dans une demi douzaine de pays européens : Italie, Danemark, Suède, Pays-Bas et Pologne principalement.

Alors qu’aujourd’hui le groupe a très clairement pris une couleur mondiale ?

C’est clair. Nous avons aujourd’hui 3 unités de production à l’étranger, en Tunisie, en Espagne et aux Etats-Unis. Dans le même temps, nous pouvons également compter sur des filiales de business développement et des bureaux de vente dans 11 pays : Angleterre, Allemagne, Singapour, Pologne, Chine, Inde, Brésil, Espagne, Mexique, Turquie et Argentine. Enfin, nous avons des agents commerciaux dans le monde entier. Au total nous exportons désormais vers 120 pays et sur les 165 M€ de chiffre d’affaires que nous devrions réaliser cette année, dont quelque 47 %  à l’international. Ceci étant dit, nous restons avant tout un groupe français, fier de ses racines auvergnates. Notre siège est toujours installé à Ambert, où nous avons également notre principal site de production, qui emploie 250 personnes.

Puisque vous insistez sur cette fibre régionale, que vous inspire la création de la nouvelle région Auvergne-Rhône-Alpes ?

Son cadre correspond en fait exactement au développement que nous avons mené depuis des années. En dehors de nos unités de production installées à l’étranger, nous avons 6 sites industriels en France, qui sont implantés justement à cheval sur les anciennes régions Auvergne et Rhone-Alpes : à Ambert (63), Andrézieu Bouthéon et Saint Etienne (42), Saint Didier en Velay (43) et Saint Bonnet de Mure (69).

L’international devrait cependant porter vos futurs développements…

Oui, bien entendu. A terme de deux ans, je pense que la part de l’export sera supérieure à celle du chiffre d’affaires réalisé dans l’Hexagone. Nous avons d’ailleurs d’autres projets de croissance externe. Cette année, nous venons déjà de reprendre l’Américain Q-S Technologies basé dans le Connecticut. Cette entreprise spécialisée dans les câbles spéciaux et chauffants nous intéressait depuis 2008. Je me suis rendu sur place il y a quelques semaines avec plusieurs collaborateurs pour réaliser un audit et nous avons concrétisé l’acquisition le 1er Juin 2016. Le propriétaire se retire, mais nous allons travailler avec l’équipe en place qui est très expérimentée, puis nous installerons prochainement un Directeur General avec un profil de  développeur.

Les investissements ne sont donc pas terminés ?

Non, nous venons de lancer un plan d’investissements ambitieux qui porte sur la période 2016-2018 et qui nous amènera à engager 25 M€ dans nos différentes activités, hors acquisitions éventuelles. Tous les sites de production et toutes les business units bénéficieront de ce nouvel effort financier. Nous investissons d’ailleurs régulièrement pour entretenir ou renouveler nos équipements  et prolonger encore l’aventure débutée il y a 110 ans.


 

Dates
1963 : naissance à Ambert
1985 : Entrée au sein du groupe en qualité de Directeur commercial.
1989 : Quatre ans après avoir intégré l’entreprise, Xavier Omerin est nommé Directeur général.
1995 : Tout juste 10 ans après ses débuts dans le groupe, Xavier Omerin succède à son père Michel sur le fauteuil de PDG.




Jacques DONNAY
Journaliste

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