AccueilGrand témoinEmmanuel Gonon : « Les entreprises doivent trouver leur raison d'être »

Emmanuel Gonon : « Les entreprises doivent trouver leur raison d'être »

Emmanuel Gonon : « Les entreprises doivent trouver leur raison d'être »
Marine Gonard

ActualitéGrand témoin Publié le ,

Comment est née Waoup ?

C'est le résultat d'une longue maturation d'environ un an, issue aussi de la conjonction de nombreux éléments. C'est aussi la prise de conscience que l'innovation pour l'innovation ne servait à pas grand chose et de se dire que lorsqu'on innove, autant que cela serve à quelque chose.
Autrement dit, cette innovation doit permettre de changer les choses positivement. Innover c'est mettre la pierre dans la direction du futur. On peut imaginer un futur très technologique, avec des avatars, des robots et des puces de partout. On peut aussi imaginer des futurs plus altruistes intégrant de l'entraide et du social. Nous avions la volonté de porter l'innovation qui serve à quelque chose au service d'une économie plus durable et plus juste.
Je viens du monde de l'innovation technologique comme Hervé. Nous avons tous les deux fait l'Ecam à Lyon qui possède une dimension humaniste très prégnante. Nous croyons tous les deux à l'innovation qui transforme. L'innovation qui change la couleur d'un produit ne nous intéresse pas.
C'est aussi la prise de conscience qu'un nombre grandissant de personnes de notre entourage était prêt à se mobiliser autour d'une innovation qui avait du sens. Il s'agissait de personnes en manque d'épanouissement dans leurs métiers, et pourtant qui avaient des talents mais ne parvenaient pas à les exprimer dans leur activité.
Au début des années 2010, beaucoup de personnes se sont emparés des start-up, avec la multiplication d'incubateurs et d'accélérateurs, tous basés sur la même dynamique : un entrepreneur, une idée et je vais les aider à se développer.
Sauf que le parcours d'un startuper est plus compliqué et nous savions que de nombreuses entreprises avaient déjà des idées à valoriser. Nous avons donc planché pour trouver une autre voie pour innover avec du sens en assemblant des talents.
Le modèle Waoup est originellement une expérimentation d'entrepreneuriat collaboratif. On ne soupçonnait au départ pas que nous puissions en faire un vrai modèle économique.
On ne part d'un startuper et de son idée mais des besoins du marché, en regardant quels sont les actifs à mettre autour de ce besoin pour construire des choses ambitieuses. Nous avons expérimenté une dizaine de modèle pour parvenir à Waoup.

Le modèle Waoup a-t-il évolué ensuite ?

On ne trahit en rien ce qu'on l'on s'était dit au départ avec Hervé. Mais on le fait aujourd'hui très différemment. Au départ, nous étions partis sur un mode collaboratif très ouvert. Nous sommes aujourd'hui sur des modèles plus serrés, plus filtrés, plus sélectifs et plus maîtrisés. Car nous avions la richesse de la diversité, de l'énergie collective mais parfois nous n'avions pas la qualité, la profondeur et la continuité dans les projets.
Nous avons également évolué sur le modèle économique. Dans nos premières expérimentations, les gens venaient investir du temps qui se transformait en points puis en parts de capital. Aujourd'hui, nous rémunérons l'ensemble des acteurs, ce qui améliore la réussite des projets. Nous avons crée à côté Waoup, une association d'intérêt général qui s'appelait Waoup Shaker et qui se nomme Shaker aujourd'hui. Cette structure organise de grands évènements collaboratifs.
Waoup fait aujourd'hui partie de la catégorie des start-up studio, des structures qui interviennent dès le départ, dans la création de startups et de manière très opérationnelle, en apportant du capital humain et du capital financier. Dans ce secteur nous avons assemblé deux domaines: la création de nos propres projets et un modèle de création de business pour le compte d'entreprises.

Comment dénichez-vous les projets ?

Nous avons dans notre équipe des gens spécialisés dans le décodage d'opportunité de marché, le décodage de besoin, d'équations technico-économiques, et qui oeuvrent tous les jours et toute l'année.
A travers des interview et des rencontres d'experts - tous les acteurs d'une chaîne de valeur en somme - et l'identification d'opportunités de marchés, de rupture, de mutation, nous générons une veille très active.
On s'inspire des grands chantiers sociaux à l'image du manque de commerces en milieu rural. Comptoir de Campagne que nous avons accompagnés répond à ces besoin de commerce multiservices.
Ce que l'on réalise pour les entreprises nous inspire forcément. Nous percevons ainsi le point de vue de grands industriels, de leurs clients et distributeurs, qui nous donnent une vision à la fois globale et locale sur des marchés.

Comment faites-vous pour attirer et fidéliser les talents autour de vos projets ?
C'est une dimension qui a beaucoup évolué. Nous étions sur une logique de volume chez Waoup qui a été transférée à Shaker et qui anime donc aujourd'hui une grande communauté d'experts. Côté Waoup, le coeur de l'entreprise c'est une vingtaine de personnes permanente (avec trois profils différents : des décodeurs, des coach et managers de projet). Cette équipe constitue le start-up studio de Waoup. Et autour, des experts, des free-lance, des consultants, des entrepreneurs qui sont rémunérés. Nous travaillons avec une vingtaine d'experts proches, et 200 personnes que l'on consulte régulièrement.

Quel est l'environnement financier de Waoup ? A quoi servent vos récentes levées de fonds ?
Jusqu'à maintenant, le modèle économique de Waoup est de travailler pour des entreprises qui nous rémunèrent. Quand nous dégageons de la rentabilité et du temps nous investissons dans nos projets. Nous nous sommes développés jusqu'à présent sur nos fonds propres. Nous voulions d'abord démontrer que nous n'étions pas dépendants de levées de fonds. Nous développons un chiffre d'affaires de 2 M€ et avons créé une dizaine de start-up dans lesquelles nous ne sommes pas à chaque fois actionnaires.
Aujourd'hui, nous évoluons. Nous travaillons toujours pour des entreprises qui nous demandent d'ouvrir notre start-up studios pour déployer leurs innovations. Nous facturons le fonctionnement de cette structure et nous partageons les gains futurs si les projets réussissent, sous forme de success fees ou de montée au capital.

80 % de nos levées de fonds vont servir à financer le développement de nos propres projets. Ces investissements vont se faire à travers des secteurs ciblés : la santé, l'alimentation, l'habitat, l'énergie-environnement, l'industrie et la dynamisation du territoire. L'idée est donc de créer des pôles thématiques. Pour chacun de ces thèmes, nous allons réaliser des levées de fonds complémentaires pour faire des effets levier sur les 2,5 M€ déjà collectés.
Nous allons annoncer d'ici quelques semaines la création d'un premier pôle thématiques, avec de nouveaux investisseurs et des moyens financiers importants.
A notre capital, nous avons des gens qui partagent cette vision comme la Banque des Territoires (CDC), la Caisse d'Epargne Rhône Alpes, MP Deloche & Associés (actionnaire de référence de Mecelec Composites, Socomore, MGA Technologies) qui croient en notre démarche et notre ancrage territorial. En Auvergne Rhône-Alpes, nous avons une chance incroyable d'avoir toutes les industries présentes : data, IA, plasturgie, mécanique… Toutes ces expertises convergent. Elle a vu en nous une infrastructure territoriale qui unit les entreprises, les start-up, les laboratoires de recherche et les institutions.

Pourquoi avoir intégré H7 ?
Nous soutenons depuis le départ le projet même si n'étions pas l'aise avec leur positionnement initial. En France, un focus trop important est mis sur les start-up et la start-up nation. Il y a un risque à faire croire que tout le monde peut-être entrepreneur ou startuper. Par exemple, il faut compter environ quinze ans pour qu'une start-up de l'alimentaire puisse pleinement se développer, précisément à un échelon international. C'est le cas de Michel & Augustin. Pour un grand groupe comme Bledina, un projet déjà éprouvé à un endroit est déployable en 18 mois ailleurs... L'évolution du positionnement de H7 vers une innovation globale et pas uniquement digitale et pro start-up mais a été un tournant dans notre positionnement et notre intégration dans H7. On ne voulait pas être mis dans une case. Or, tous le marché de l'innovation est organisé sur les fintechs, agritech, … alors que nous sommes positionnés marchés. Nous sommes organisés pour gérer les aspects industriels, d'infrastructure, de business des projets. Les grandes entreprises ont éprouvé l'open innovation avec les start-up ou l'intrepreneuriat sans réel succès. Cela peut fonctionner dans le numérique pour que des start-up puissent fabriquer des briques digitales qui manquent aux grands groupes. Mais il est plus compliqué de faire évoluer des modèles économiques.

D'où l'émergence de votre start-up studio ?

Ce modèle trouve effectivement sa légitimité. Les entreprises excubent et veulent des extrapreneurs. En France, l'innovation est arrivée sur un pan très technologique
Nous disons aux entreprise qu'elles peuvent innover sur le business modèle, c'est à dire innover dans la recherche de nouveau clients, le canal de distribution, dans le mode de monétisation, dans l'offre, dans la relation client, dans la manière de produire ou sur la structure de coût. Les entreprises se demandent aujourd'hui à quoi doivent-elles servir sur leur marché, autrement dit quelle est leur raison d'être. A partir du moment où les entreprises se posent cette question, l'univers de l'innovation devient infini. Par exemple, un constructeur automobile ne sert pas seulement à fabriquer et à vendre des voitures. Il apporte aux gens de la mobilité, de la liberté, un moyen d'aller pouvoir travailler chaque jour…

Auriez-vous pu réussir l'un sans l'autre avec Hervé Kleczewski ?

Absolument pas, car il fallait beaucoup de folie pour y aller et qu'un seul fou ça ne suffisait pas. Il fallait une vision globale embrassant la notion d'innovation. Ce qui nous rend crédible aujourd'hui dans un projet c'est que nous sommes capables d'industrialiser une batterie pour des camions, standardiser la gamme, réduire les coûts pour réussir une mise sur le marché, développer les surcouches digitales pour monitorer à distance, et ainsi ne plus vendre seulement des batteries mais des kilomètres, construire une usine... Il faut appréhender plusieurs dimensions d'innovation, de design to cost, de design to value, de marketing d'entrepreneuriat de financement et il n'y a pas une seule personne au monde qui puisse seule appréhender tout cela. Et puis notre duo a également évolué. S'il était avant difficile de s'immiscer entre nous, aujourd'hui nous sommes une vraie équipe, avec des associés et des collaborateurs.

Ses dates clés

2014 : Création de Waoup

2013 : coach associé chez Axeleo

2011 : Président de Bluebiz United

2000 : Mastère en management de la technologie et de l'innovation - emlyon business school

1998 : Diplômé de l'Ecam Lyon

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