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Victor en vaudeville masqué

Pour l'avant-dernière mise en scène avant son départ du TNP, Christian Schiaretti a choisi de reprendre Victor ou les enfants au pouvoir de Roger Vitrac qu'il avait déjà expérimenté avec les élèves de l'ENSATT en 2004, dont certain.e.s ont depuis lors intégré la troupe.
Victor en vaudeville masqué
Michel Cavalca

CultureSpectacle vivant Publié le ,

« Dans Victor ou les enfants au pouvoir, la marmite est en ébullition. Le titre seul indique un irrespect de base pour toutes les valeurs établies. » écrivait Antonin Artaud dans la brochure du théâtre Alfred-Jarry en 1928 où la pièce fut montée pour la première fois.

Vitrac et Artaud étaient de grands amis qui ont fondé tous deux le théâtre Alfred-Jarry, où fut expérimenté le concept du « théâtre de la cruauté » inventée par le poète mort en 1948. Ce texte de Roger Vitrac est considéré comme son chef d'oeuvre, entre surréalisme et dadaïsme, absurde et caustique.

Critique féroce des mœurs bourgeoises de son époque, Victor ou les enfants au pouvoir fait voler en éclats toutes les perfidies, les tares d'un milieu pourri de l'intérieur. On fête l'anniversaire de Victor, « terriblement intelligent », qui a 9 ans et mesure 1 mètre 81 mais voilà qu'il casse déjà un précieux vase de Sèvres en voulant faire porter le chapeau à la bonne, alors que jusqu'ici il a « été un enfant modèle, qui donne toute satisfaction ». S'ensuivra la dénonciation de l'adultère de son père, l'arrivée d'un général réactionnaire et (sans doute) pédophile, puis d'une bourgeoise excentrique et pétomane, jusqu'à la chute finale.

Pourtant, la version de Christian Schiaretti, transposée dans les années 90 n'arrive pas à décoller. Malgré une scénographie tout à fait astucieuse de Fanny Gamet, figurant un plan d'architecte dessiné au sol, et les efforts louables des interprètes dont seuls les deux rôles enfantins sortent réellement leur épingle du jeu, formidables David Mambouch et Corinne Martin en Victor et Esther, l'adaptation fonctionne mal. Le texte perd de sa violence pour ne garder que son côté vaudevillesque, vieilli alors qu'il dégage une vraie puissance poétique au départ. Dommage !

TNP, jusqu'au 30 mars, www.tnp-villeurbanne.com

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