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Véhicule autonome : une réalité expérimentée à Lyon

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Véhicule autonome : une réalité  expérimentée à Lyon
Pierre Salomé Aishuu

Une collaboration forte entre des partenaires publics et privés lyonnais a transformé le mythe du véhicule autonome en réalité. Plusieurs expérimentations font avancer les technologies mais aussi l'appréhension de ces nouveaux modes de déplacement qui résoudront, en partie et dans un futur proche, les questions de mobilité urbaine.

Dominique Gruyer : « Pousser les cas aux limites »

Dominique Gruyer est directeur de recherche et coordinateur du programme de recherche sur le véhicule autonome et connecté à l'Ifsttar, qui dispose d'un site à Bron.

A quelle problématique est confrontée la recherche sur les véhicules autonomes ?

Elle doit prendre en compte plusieurs paramètres de l'écosystème routier pour avoir une perception globale : la technologie du véhicule, les infrastructures, les usagers de l'espace public tels que les piétons, les cyclistes mais aussi les deux roues, les bus, les tramways…, la mobilité en elle-même et l'environnement. Le Livic, le laboratoire sur les interactions véhicules-infrastructure-conducteurs de l'Ifsttar [Ndlr : Institut français des sciences et technologies des transports, de l'aménagement et des réseaux], est parti du constat que 93 % des accidents impliquent le facteur humain pour bâtir sa mission : prototyper, tester et évaluer les systèmes d'assistance à la conduite informatifs et/ou actifs permettant de réduire l'impact de ces défaillances.

Comment expliquez-vous l'accélération de la recherche et des innovations ces dernières années sur ce sujet des véhicules autonomes ?

Des études internationales estiment le marché lié aux développements des véhicules autonomes à 100 Md$ par an. Il semble logique que les industriels se mettent sur les rangs. L'Ifsttar travaille sur ces concepts depuis les années 2000. Google, par ses développements et sa stratégie de communication, a fortement poussé les constructeurs automobiles à s'emparer du sujet. Tesla a renchéri avec sa voiture électrique munie d'un co-pilote. Plus globalement, le coût de la mobilité ne cesse de croître et l'environnement est une préoccupation grandissante. Le véhicule autonome électrique est une réponse éco-responsable à ces problématiques.

Comment la recherche est-elle valorisée au sein de l'Ifsttar ?

Via des thèses Cifr, des contrats de collaboration bilatéraux directs avec des industriels, des expertises... Des produits ou des services perçus comme pré-industrialisables peuvent faire l'objet de brevets conjoints, d'accords de licence ou de création de start-up. L'Ifsttar s'implique également dans de nombreux consortiums, aux côtés des industriels et des académiques, pour répondre à des appels à projets français, européens et internationaux.

L'Ifsttar est membre fondateur de Transpolis. Quel est l'intérêt d'un tel site pour vos recherches ?

Transpolis est indispensable puisqu'il réunit un écosystème complet en prenant en compte les paramètres évoqués précédemment. Le site permet d'aider efficacement et en environnement contrôlé à construire des systèmes et des services de mobilité automatisée et connectée sur des cas d'usage critiques et/ou singulier. La filière dispose ainsi des moyens pour développer des certifications et des homologations. Un tel outil ouvre des champs intéressants pour pousser les expérimentations et les systèmes aux limites.

Lyon territoire d'expérimentation

Google travaille le sujet de la voiture autonome depuis 2009. L'autopilote de Tesla était commercialisé jusqu'en octobre 2018. Devant « la confusion dans l'esprit des utilisateurs », Elon Musk a décidé de différer le service. Car pour ce sujet révolutionnaire de la voiture autonome, la technologie est au point. Les comportements humains et l'écosystème un peu moins.

A Lyon, avec prudence mais assurance, les expérimentations avancent. La volonté de la Métropole de Lyon et du Sytral associée à la performance des constructeurs locaux tels que Navya, aux acteurs de la recherche comme l'Ifsttar et Centum Adeneo et aux utilisateurs comme Berthelet et Keolis créent un environnement favorable au développement.

L'expérimentation démarre à Transpolis et se poursuit à Lyon Confluence, dans la ZAC des Gaulnes et jusqu'au Groupama Stadium. Des cas d'usages qui font de Lyon un territoire observé au niveau national et international pour ses progrès dans ce sujet d'avenir.

Transpolis : 80 hectares dédiés à l'expérimentation

Opérationnel depuis début 2019, Transpolis, implanté dans la Plaine de l'Ain, monte en puissance pour tester, dans toutes les configurations et les cas d'usage possibles, les véhicules autonomes.

Près de 18 M€ ont été engagés par des partenaires publics et privés pour l'aménagement de ce site qui vise à devenir une référence en Europe pour l'expérimentation des véhicules autonomes et leur dialogue avec les infrastructures associées.
« La vision des fondateurs, des industriels et des chercheurs, est de disposer d'un outil permettant de se projeter dans le futur de la mobilité urbaine, en abordant les problématiques des villes et du dialogue entre les véhicules, de plus en plus autonomes et connectés, et les infrastructures », indique Stéphane Barbier, directeur du développement de Transpolis, société fondée en 2011 et composée de quatorze actionnaires (Renault Trucks, Ifsttar, Colas, Berthelet…). L'entreprise, soutenue par les collectivités locales, a pour mission de créer un environnement systémique alliant la recherche et la technologie pour tester des innovations à l'échelle 1.

Pour cela, Transpolis propose 30 hectares aménagés comme un centre-ville, des intersections à moduler avec des feux, des ronds-points, des abris-bus, des automates pour simuler les piétons, un périphérique de 3 km, des voies exposées aux quatre points cardinaux pour l'éblouissement solaire, 300 km de fibres optiques et des bornes tous les 50 m pour la connectivité, la 5G sur tout le site à partir de mars 2019, des chaussées carottées pour insérer des capteurs… Ce laboratoire à ciel ouvert peut être loué par des entreprises qui viennent avec leur matériel et leurs compétences. L'équipe Transpolis, composée d'une vingtaine de collaborateurs, peut assurer l'ingénierie de projet, réaliser les tests, les mesurer et les analyser pour choisir les meilleures solutions technologiques à mettre en place. « 2019 est une année de déploiement où de nombreuses visites de prospects français et étrangers seront réalisées. Il faut venir sur site et se rendre compte de toutes les possibilités d'expérimentation », expose Stéphane Barbier qui ne communique pas sur le chiffre d'affaires et ses potentiels de croissance.

Navya : plus de 100 navettes autonomes en circulation

Testée en première mondiale à Lyon en 2016, l'Autonom® Shuttle de Navya circule aujourd'hui dans le monde entier. Toujours conçue en partie à Villeurbanne, l'innovation s'améliore au fil des utilisations. Le robot-taxi Autonom® Cab est en test, avant un lancement au premier trimestre 2019.

Créée en 2014 par Christophe Sapet et Robolution Capital (Bruno Bonnell), Navya a germé en terres lyonnaises avant de connaître un déploiement international. Les premiers tours de roue de sa navette autonome s'effectuent sur un trajet de 1 300 m dans le quartier de Lyon Confluence. « Circuler dans un environnement réel, nous permet de faire évoluer la technologie. Nos navettes apprennent à se déplacer, à se repérer grâce à une carte 3D. Elles savent détecter les obstacles. Cette expérimentation a permis d'améliorer la navigation. Nous avons aussi pu confronter la technologie aux usages et à l'expérience utilisateurs : mettre nos véhicules sur l'espace public permet de savoir comment les gens se comportent par rapport à cette navette sans chauffeur », explique Diego Isaac, directeur marketing de Navya. Lyon Confluence servira également de terrain d'expérimentation à Autonom® Cab, le taxi sans chauffeur de Navya lancé au premier trimestre 2019

L'entreprise avance « par itération, très progressivement ». Un tel véhicule engendre des questions technologiques mais également législatives et humaines. « Pour rouler dans de nouvelles zones, la législation doit nous accompagner », explique Diego Isaac.

Navya a conservé son siège à Villeurbanne. Elle dispose d'un site de production à Vénissieux. « Nos ingénieurs R&D sont à Paris et nous possédons des bureaux et une usine aux Etats-Unis, près de Détroit. Navya compte 250 collaborateurs. » Plus de 100 véhicules ont été vendus dans 20 pays pour 300 000 personnes transportées.
« Lyon a servi de benchmark. Nous recevons d'ailleurs toujours des délégations étrangères pour venir voir le fonctionnement de Navly. Près d'une centaine par an : des gouvernements, des municipalités… s'intéressent de près à ce qui se passe à Lyon. Sur ces sujets, la compétition est mondiale »

Navya évoque un chiffre d'affaires « entre 17 et 19 M€ pour 2018, en croissance de 65 à 85 % par rapport à 2017 ».

Keolis : « répondre à la mobilité de demain »

Navly est détenue à 50 % par Keolis et 50 % par Navya. La navette autonome qui roule à Lyon Confluence sert d'expérimentation aux deux partenaires pour franchir l'étape 2 : proposer une navette dans la circulation générale qui relie un arrêt du tram et le Groupama Stadium.

« Nous avions trois objectifs en lançant Navly à Lyon Confluence : appréhender la réaction du grand public face à un véhicule autonome sans chauffeur mais avec un accompagnant à bord, tester la pérennité du service et sa fiabilité dans le temps et nourrir nos réflexions sur la mobilité de demain », expose Pascal Jacquesson, directeur général de Keolis Lyon, qui opère, en partenariat avec la Métropole de Lyon et le Sytral, la navigation des deux navettes Navly. « Les voyageurs la plébiscitent. Nous ne déplorons aucun incident. La technologie a évolué en 2,5 ans. Les ministères concernés, dont celui de l'Environnement, nous suivent et analysent de près cette expérimentation. »

Devant le succès, une seconde étape est engagée pour lancer un trajet entre un arrêt du tram à Décines et le Groupama Stadium, hors des jours de match. « La complexité monte d'un cran, affirme Pascal Jacquesson. La navette roulera dans la circulation générale. Elle devra franchir un rond-point et dialoguer avec des feux tricolores. Nous testerons également le transport à la demande pour les passagers. » Testé à Transpolis, le service devrait être lancé, en marche à blanc, au printemps 2019.

Ces expérimentations visent à étudier les possibilités de mobilité pour les premiers et les derniers kilomètres. « Ces navettes ne remplaceront jamais des métros ou des tramways mais elles viennent compléter un dispositif, sur des zones moins denses par exemple. Devant l'avancée rapide de la technologie, tous les partenaires sont convaincus de l'utilité de ces nouveaux modes de transport. »

Autre atout relevé : « il y a peu d'investissements en infrastructures, affirme le directeur général de Keolis Lyon, le véhicule autonome n'a pas besoin d'installations de guidage comme les tramways ou les bus, mais simplement d'interfaces pour dialoguer avec son environnement. » L'investissement d'environ 250 000 € actuellement pour une navette d'une capacité de 15 places semble être « une réponse rapidement compétitive aux enjeux de mobilité urbaine », en escomptant aussi la baisse des coûts de production au regard du déploiement commercial de ces nouveaux engins.

Berthelet : un autre métier pour l'autocariste

D'abord en expérimentation sur un site de Total à Dunkerque, le groupe familial Berthelet lance, courant février, Mia, une navette autonome dédiée aux salariés de la ZAC des Gaulnes à Jonage. Au regard de ces deux expériences, Aurélien Berthelet évoque « une rupture par rapport à nos métiers historiques ».

« Ces services existeront et seront les nouveaux marchés de demain. Nous devons nous les approprier le plus tôt possible. » Aurélien Berthelet, dirigeant du groupe familial Berthelet, a compris que les marchés du futur passeront par les innovations d'aujourd'hui. En février 2018, il décroche un premier contrat avec Total pour acheminer ses salariés sur son site de Dunkerque, « un centre de stockage et de formation mondial », dans une navette autonome. Depuis, l'entreprise a formé 25 chauffeurs. « Les navettes sont des véhicules de plus de neuf places qui nécessitent des accompagnants dotés du permis D. Ce sont forcément des chauffeurs », indique Aurélien Berthelet. Une dichotomie qui s'inscrit pourtant dans l'avenir de cette profession.

S'il a fallut « convaincre mon actionnaire principal, mon père, et sans cesse informer sur le sujet en interne », Aurélien Berthelet croit au déploiement de la navette autonome. Il a candidaté à l'appel à projets de l'Ademe Evra (Expérimentation du véhicule routier autonome) pour huit cas d'usages avec un consortium d'une dizaine de partenaires publics et privés locaux. Les résultats sont escomptés pour avril 2019. Berthelet est également devenu actionnaire de Transpolis en janvier 2018. « L'équipe m'avait démarché commercialement. Il était plus intéressant de devenir actionnaire à la fois pour s'engager de manière plus importante et pour avoir accès à un écosystème innovant. »

Pour le dirigeant, « il faut passer au-delà de l'expérimentation et travailler sur de vrais business model ; la rentabilité sera là quand on arrivera à enclencher des projets sur le terrain ». Il compte faire du véhicule intelligent « une activité à part entière » pour son groupe, avec des retours sur investissement espérés en trois ans. « L'année 2019 est une année charnière avec la concrétisation de projets sur le terrain qui ouvrent la voie à de nouveaux services pour amplifier l'expérience client. »

Centum Adeneo : 12 % de l'activité en automobile

L'ETI installée à Ecully réalise 12 % de son chiffre d'affaires dans trois domaines du secteur automobile : le véhicule autonome, le véhicule connecté et le véhicule électrique. Spécialiste de l'ingénierie des systèmes électroniques embarqués, Centum Adeneo déploie ses méthodes, notamment sur la sécurité, éprouvées dans l'aéronautique, le ferroviaire ou encore le médical, au service du véhicule de demain.

« La technologie n'est pas la question. Elle existe même si elle n'est pas exhaustive. Mais elle doit évoluer dans un environnement plus vaste où la confiance doit être de mise. Dans ce cadre, où la sécurité des personnes est en jeu, le sujet du véhicule intelligent intéresse notre entreprise », avance Xavier Benoit, cofondateur de Centum Adeneo, une société de recherche sous contrat qui compte quelque 350 ingénieurs, chercheurs et techniciens entre son siège d'Ecully et ses implantations à Grenoble Toulouse et Palaiseau.

Sous forme souvent collaborative, elle développe des solutions électroniques intégrées dans les véhicules intelligents. « Il est encore un peu tôt pour imaginer une généralisation, estime celui qui est également vice-président PME et ETI du pôle de compétitivité Cara. La technologie reste coûteuse et tout n'est pas prêt. Notamment au niveau des assurances, de la cybersécurité ou du dialogue entre toutes les composantes d'un espace public qui reste très mixte. La formation des personnels de maintenance est également très importante et doit préoccuper les constructeurs. Il faut réfléchir à qui et comment ces véhicules intelligents seront entretenus et réparés. »

Pour avancer sur ces sujets, qui ne sont pas que technologiques, Centum Adeneo mise sur les projets collaboratifs européens. « Les financements y sont plus intéressants qu'au niveau national, à condition d'avoir un projet et un consortium très forts », assure Xavier Benoit qui pousse toutefois le projet Transpolis dans lequel est associée son entreprise. « Ce type d'outil est essentiel pour des PME et des ETI comme les nôtres qui veulent tester des innovations en grandeur nature. » Centum Adeneo a réalisé 38 M€ de chiffres d'affaires en 2018.

Jean-Louis Guyader, président de la Communauté de communes de la Plaine de l'Ain « Attirer de nouvelles entreprises »

Pourquoi avoir soutenu le projet de Transpolis sur votre territoire ?

La Plaine de l'Ain est proche de la Métropole de Lyon, ce qui est à la fois une opportunité et un risque. Quand on étudie les métropoles européennes, on constate que la recherche reste dans les grandes villes mais que l'innovation peut tout à fait se décaler sur des territoires extérieurs. La Plaine de l'Ain est idéalement placée par rapport à la Métropole de Lyon mais également en termes d'accessibilité de Paris, Genève et le reste de l'Europe pour accueillir des projets innovants. Transpolis était donc un défi à relever pour nous. La Communauté de communes de la Plaine de l'Ain a investi 3 M€ sur cinq ans pour contribuer à faire du territoire une ville laboratoire pour les transports urbains de demain.

Quels projets pensez-vous associer à Transpolis ?

Un terrain de 77 hectares, face à Transpolis sur la zone des Fromentaux, a été acquis par la Communauté de communes de la Plaine de l'Ain, pour installer Acmutep, pour Accélérateur de mutation de l'espace public. L'idée est aussi de penser la ville autrement, en s'attachant ici à l'espace public. Une SEM, avec des industriels intéressés par le projet, sera créée au deuxième trimestre 2019. Lors de la déconstruction de certains bâtiments militaires pour aménager Transpolis, des expérimentations sur la gestion intelligente des déchets avaient été menées. C'était les prémices d'Acmutep.

Quelles retombées économiques attendez-vous ?

Le site dispose encore de foncier, sur lequel des entreprises innovantes, en lien avec ces deux thématiques de la mobilité urbaine et de la ville intelligente, pourraient s'implanter. Un bâtiment sera construit dans lequel une vingtaine d'entreprises innovantes sera accueillie. Des entreprises commencent à nous contacter. Nous espérons que ces thématiques innovantes attireront de nouvelles entreprises sur le territoire de la Plaine de l'Ain




Stéphanie POLETTE
Journaliste

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