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Une nouvelle âme pour l'église Saint-Bernard

Une nouvelle âme pour l'église Saint-Bernard

Collectivités Publié le ,


Construite dans les années 1850 par l’architecte lyonnais Tony Desjardins, à la demande des canuts, l’église Saint-Bernard reste inachevée par manque de moyens financiers. Sans clocher, ni parvis, elle s’impose néanmoins dans le paysage croix-roussien d’où elle surplombe la ville. Mais les travaux du funiculaire, en 1889, fragilisent son équilibre. Et l’édifice en pierre, bien que renforcé et stabilisé, s’endort progressivement derrière ses murs et sa végétation.


Le culte n’est plus célébré depuis bien longtemps lorsque l’église Saint-Bernard, propriété de la ville, est désacralisée définitivement en 2016. A l’affût de projets immobiliers atypiques, Damien Beaufils, coordinateur au sein du cabinet Urban Project, est inspiré par ce lieu de culte qu’il va transformer en espaces de travail et de convivialité. Son projet s’inscrit dans cette nouvelle dynamique qui souffle sur les pentes de la Croix-Rousse, un secteur de prédilection pour l’économie créative. Cette reconversion vise à sortir l’église de sa torpeur, de la mettre en valeur et d’offrir le panorama caché dont elle jouit à la vue de tous les citoyens. Le parvis sera une succession de jardins en terrasses, promenade déambulatoire dans la continuité des parcours de traboules, entre la place Colbert le Gros Caillou. Sur ces gradins végétalisés, des cafés et des restaurants contribueront à l’animation du quartier.


Après un soutènement de la construction, l’intérieur de l’église abritera un centre d’affaires avec 2 000 m2 d’espaces de travail partagés, soient 32 bureaux de 25 à 40 m2 réservés aux petites entreprises, des salles de réunion et des zones de convivialité. La restauration des vitraux et la hauteur du monument (18 mètres) procureront une lumière naturelle propice à des expositions, lieux de détente ou de réception.


La nouvelle bâtisse demeurera propriété de la ville de Lyon qui la mettra à disposition par le biais d’un bail emphytéotique de 60 ans. Les travaux, d’un montant global de 10 M €, seront financés par le promoteur immobilier Carré d’Or et confiés à l’architecte Gilles Perraudin, spécialiste de la pierre massive et de la construction écologique. L’ouverture du nouveau site est prévue en 2019.


La désacralisation : un décret de l’évêché

La plupart des églises construites après 1905 appartiennent au diocèse. Avant cette date, loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat, elles sont propriété des communes. Lyon compte 53 églises catholiques, la ville étant propriétaire de 27 d’entre elles. Cependant, pour l’Eglise, toutes sont des lieux de culte sacrés. Aussi, lorsqu’elles sont réduites à un usage profane, à la suite d’une vente, d’une démolition ou d’une désaffectation par l’autorité publique, l’évêque prend un décret de désacralisation. Cette procédure simple, fruit d’une réflexion, conduit à une procédure d’ordre juridique et à une dernière messe. Tous les objets de culte sont alors récupérés et l’église est fermée.
« Quand l’église appartient à une commune, le choix de ne plus l’affecter au culte est pris en accord avec l’archevêque. Ce qui avait été le cas de l’église Saint-Bernard au moment de la désaffectation mais nous n’avons pas retrouvé le décret de désacralisation qui aurait dû être pris en même temps. Pour la bonne règle et afin de compléter les archives de la mairie et du diocèse, nous avons décidé de prononcer cette désacralisation le 8 juin 2016, par simple régularisation », explique Chantal Chaussard, chancelier à l’archevêché de Lyon.


La seconde vie des églises

De nombreux édifices religieux se dégradent lentement et s’éteignent doucement, abandonnés peu à peu par les paroissiens et par les communes qui ne peuvent plus envisager de les restaurer. Mais leur richesse patrimoniale suscite des projets qui permettent de ressusciter ces bâtiments d’une autre époque et d’éviter ainsi leur disparition. Parfois un peu curieux, comme l’église Saint-Siméon de Bordeaux reconvertie en cinéma ou comme Saint-Etienne de Dijon transformée en bibliothèque et en musée.


Dans le diocèse de Lyon, les reconversions avaient, jusqu’alors un objectif social ou culturel. L’église Sainte-Marie de la Guillotière est devenue une église catholique en 2008, tandis que la chapelle des Bruyères de Décines est aujourd’hui un espace de formation musicale. Projet d’une autre envergue, l’église du Cœur Immaculé de Marie de Villeurbanne, désacralisée en 2015, a été partiellement démolie et les travaux de réhabilitation en logements sociaux et centre d’hébergement d’urgence sont actuellement en cours. Un projet identique est d’ailleurs prévu avec l’église Notre-Dame de l’Espérance, à Villeurbanne également. Quant à l’église du Bon-Pasteur, située dans les pentes de la Croix-Rousse, si elle est fermée au public et aux fidèles depuis plus de trente ans, elle n’est pas désacralisée. Alors, qui sait, peut-être retrouvera-t-elle un jour sa vocation initiale de lieu de culte ?

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