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Un festival pour l'humanité

La Juive, opéra de Halévy, constitue le morceau de bravoure du prochain festival d'opéra de Lyon. Thème retenu, l'autre, la tolérance et le droit à la différence.
Un festival pour l'humanité
© Stofleth - Benjamin, dernière nuit, création de Michel Tabachnik sur un livret de Régis Debray.

CultureMusique Publié le ,

Créé en 1835, La Juive a disparu des écrans radars de l’opéra en 1934, après plus de 600 représentations. Exhumée en 2007, à Paris, l’œuvre de Halèvy est retombé dans l’oubli duquel la tire l’opéra de Lyon. Archétype du grand opéra à la française, l’ouvrage raconte les amours interdites entre un prince chrétien et une jeune juive qui finira sur le bûcher. L’histoire (qui a quelques similitudes avec Le Trouvère de Verdi) est plus complexe, voire tordue. Il faudra près de quatre heures pour en dénouer les fils sous la baguette de Daniele Rustoni et dans la mise en scène d’Olivier Py. Ce dernier relève le défi sans vouloir céder aux stéréotypes liés au nazisme. « Il ne s’agit pas de racisme génétique, mais religieux. Il d’agit d’un antisémitisme catholique et français », insiste le directeur du festival d’Avignon qui, question catholicisme, en connaît un rayon. Rachel Harnisch, Nikolai Schukoff, Enea Scala et Roberto Scandiuzzi (aucun français dans les premiers rôles...) incarnent les principaux personnages.


La veille, Bernhard Kontarsky dirigera la création mondiale de Benjamin, dernière nuit, un opéra de Michel Tabachnik sur un livret de Régis Debray. Cette œuvre ravivera le souvenir de Walter Benjamin, un philosophe juif allemand qui se suicide en 1940 à Portbou, un village catalan, davantage accablé par 20 années d’échec que par la peur d’être pris par la police franquiste et renvoyé » en Allemagne. John Fullhames signe la mise en scène de cette création dont Jean-Noël Briend incarne le rôle-titre.


Arlequin déplore la disparition de la vie, la Mort regrette que l'on ne sache plus mourir. L'empereur Overall (Total) déclare alors la guerre de tous contre tous. Bafouée, la Mort refuse de faire sa besogne. Devant le chaos de ces soldats qui ne peuvent plus perdre la vie, l'empereur accepte de mourir pour que tout reprenne sa place. Troisième volet de ce festival de printemps, L’Empereur de l’Atlantis est une reprise de la production signée Richard Brunel. Viktor Ullmann qui a composé cet opéra à Terezin où il est mort en octobre 1944, est parvenu à sauver la partition qu’il a confié à un compagnon d’infortune. Il faudra attendre 1975 pour découvrir cet opéra, la tragédie humaine d’un homme qui aspire au repos éternel pour ne plus vivre sa condition de prisonnier.


Le dernier acte nous ramène à Terezin où Hans Krasa, un autre compositeur « dégénéré », a été lui aussi déporté. Composée à Prague, Brundibar met en scène des animaux qui aident deux enfants à réunir l’argent nécessaire à la guérison de leur mère et à chasser l’odieux Brundibar qu’interprète Mathieu Gardon. Krasa adapta la partition pour les conditions matérielles du camp où elle fut jouée devant la délégation de la Croix-Rouge. Le lendemain, la plupart des interprètes furent envoyés à Auschwitz. Quatre œuvres pour éveiller les consciences dans un monde qui se dit solidaire mais qui n’est solidaire que de lui-même.


Opéra de Lyon, 15 mars au 3 avril

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