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Industrie : une équipe régionale soudée

Industrie : une équipe régionale soudée

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Annabel André-Laurent et Philippe Guerand : « L'industrie, c'est la croissance de demain »

Conscients du phénomène de désindustrialisation et vigilants sur la conjoncture actuelle tant domestique qu'internationale, Annabel André-Laurent, vice-présidente de la Région Auvergne-Rhône-Alpes déléguée aux Entreprises, à l'emploi, au développement économique, au commerce, à l'artisanat et aux professions libérales, et Philippe Guerand, président de la Chambre de commerce et d'industrie de région Auvergne-Rhône-Alpes, assument un discours offensif. Ils voient dans l'industrie, un formidable secteur de croissance, portée par l'innovation et la belle énergie d'entrepreneurs, ancrés sur des territoires qu'ils animent et dynamisent. L'accueil, à Lyon du 5 au 8 mars, de Global Industrie, salon majeur en France, n'est que la dernière illustration du poids de ce secteur dans notre région et du potentiel de cette dernière sur la scène nationale.

Le déclin de l'industrie est avéré. Ce secteur a-t-il encore un rôle à jouer dans l'économie, notamment régionale ?

Annabel André-Laurent : « Certains chiffres illustrent mieux qu'un long discours l'importance de l'industrie. Auvergne-Rhône-Alpes est la 1re région industrielle de France. Ici, l'industrie représente 500 000 emplois ; 18 % des emplois régionaux sont industriels. Ce n'est pas rien. L'industrie, c'est de la production. Les industriels innovent, investissent, initient de la R&D, recrutent… L'industrie, c'est la croissance de demain ! Et la vie des territoires. Un exemple : quand Iveco construit un bus, cela représente des milliers d'heures de travail. C'est un emploi direct, un emploi indirect et deux emplois induits pour chaque bus ».

Philippe Guerand : « La désindustrialisation ? C'est une réalité, mais en aucun cas, une fatalité. L'industrie en Auvergne-Rhône-Alpes, c'est 18 % de la valeur ajoutée [Ndlr : contre 14 % en France]. Mais aussi 14 % des dépenses de R&D du pays. Des investissements supportés à 70 % par les entrepreneurs. On le voit, les industriels ont compris la nécessité d'innover, pour créer des produits ou monter en gamme, mais également pour transformer leurs process en misant sur la digitalisation. Sans oublier la formation, initiale et continue, indispensable pour façonner des talents et faire croître les compétences. Les entreprises ont besoin de recruter des profils adaptés ».

Et pourtant les industriels éprouvent les pires difficultés à recruter…

A. A-L. : « Un constat : il y a des milliers de postes à pourvoir et des milliers de demandeurs d'emploi. Seulement, il n'existe pas forcément d'adéquation entre l'offre et la demande. D'où nos efforts en termes de formation. Deux exemples : le campus aéronautique à Ambérieu-en-Bugey, qui permettra de former des soudeurs ou d'autres techniciens dans le numérique, et le Hall 32, à Clermont-Ferrand, porté par Michelin. Avec ces structures, nous voulons faire progresser les talents et les compétences et surtout montrer aux jeunes que l'industrie a de l'avenir et abrite des perspectives d'évolution. L'industrie, ce n'est pas Germinal. On a des pépites, des locomotives, qui entraînent tout un écosystème de co-traitants : des centres de recherche, des pôles de compétitivité et des clusters, des collectivités, des entreprises… »

Quelles sont les branches en croissance, quid de la revitalisation de certaines filières en région ?

A.A-L : « Il n'y a pas de secteurs en danger mais il y a des enjeux, je pense à la sous-traitance automobile notamment. Il est nécessaire d'avoir une vision commune pour accompagner les entreprises dans leurs transformations, dans le cadre par exemple du passage du moteur thermique au moteur électrique. Il faut anticiper les enjeux du futur. Nous sommes d'ailleurs tous en ordre de bataille, avec les pôles de compétitivité, les chambres consulaires et les élus locaux pour pouvoir créer une dynamique collective.

Il ne faut pas perdre de temps dans cette phase amont de préparation nécessaire. C'est ce que nous avons fait avec Aeroprint et la filière aéronautique pour certifier des pièces mécaniques en impression 3D. Nous fléchons ainsi toutes les compétences pour inscrire nos entreprises dans la compétition mondiale ».

P.G : « Si on regarde l'année 2017, on constate une croissance dans tous les secteurs de l'industrie régionale. 2018 a été aussi une belle année de croissance mais on constate un début de dégradation en fin de période.

Nous restons donc vigilants pour 2019, mais ce n'est pas une situation catastrophique. Cette décroissance est due à une baisse de la demande interne, à la mobilisation des gilets jaunes et au contexte international délétère : luttes entre les géants américains et chinois et le Brexit par exemple.

Il ne faut cependant pas bouder notre plaisir car les entreprises industrielles de la région ont profité de ces deux dernières années de forte croissance.

Parmi les secteurs les plus dynamiques, citons le décolletage, l'aéronautique ou l'électronique.

Auvergne-Rhône-Alpes est une région qui excelle dans de nombreux domaines, et c'est pourquoi nous sommes solides et résilients car diversifiés ».

Il s'agit en outre d'une question de marketing territorial pour rendre visible les compétences industrielles de la région ?

A A.-L : « Il y a deux choses. D'abord la marque Auvergne-Rhône-Alpes, une bannière sous laquelle nous emmenons des entreprises sur des grands salons nationaux et internationaux.

Il faut montrer que notre région pèse. Sur le salon Global Industrie, nous aurons une délégation d'entreprises diversifiées et compétitives pour montrer notre compétence.

A l ‘international nous injectons 4 M€ dans le cadre des plans de développement à l'international (PDI) via les pôles de compétitivité au bénéfice de nos entreprises.

La région est le bon échelon pour développer une visibilité, avec l'élan déjà donné par les quatre moteurs de l'Europe (Bade-Wurtemberg, Catalogne, Lombardie et Auvergne-Rhône-Alpes). Ce sont des tailles et des échelles identiques qui permettent de parler de financements, de programmes spécifiques et de dynamique collective. Et puis il y a la marque entreprise qui compte aussi dans la visibilité de nos expertises locales ».

P.G : « Le marketing, ce n'est pas un gros mot pour un chef d'entreprise ! L'alliance entre l'industriel et le territoire sur lequel il est implanté est fondamentale. L'activité économique de demain sera assise sur l'enracinement d'une entreprise sur son territoire. S'il n'y a pas de dialogue sociétal entre ces deux parties, l'entreprise ne grandira pas. Ce marketing territorial se joue au niveau régional mais aussi au niveau des villes. Ce sont elles qui seront les acteurs du dialogue international économique de demain. C'est pourquoi nous appelons de nos vœux une libération des énergies dans notre pays encore trop centralisé. Donnons de l'air aux collectivités territoriales (Régions, métropoles et EPCI) pour qu'elles puissent jouer ce rôle là.

Je n'oublie pas le rôle majeur de la centralisation au sortir de la Seconde Guerre mondiale avec le poids de la région parisienne ; mais aujourd'hui il faut inverser la tendance pour que la France ne devienne pas un colosse aux pieds d'argile. Les délégations étrangères ne viennent plus voir la France mais des territoires économiques forts ».

La tenue à Lyon du salon Global Industrie est un signe fort du poids industriel d'Auvergne-Rhône-Alpes. Finalement, cette organisation coule presque de source ?

P.G : « Pour la 1re région industrielle de France, accueillir ce salon est naturel. Mais c'est aussi le résultat d'un travail collectif. Les collectivités, les entreprises, le milieu consulaire et économique… Tout le monde a œuvré pour Global Industrie. Sur le Midest, le rendez-vous de la sous-traitance, un collectif de 70 entreprises, animé par la Région et la CCI Auvergne-Rhône-Alpes, sera présent sur un stand de 700 m2. En s'appuyant sur l'expertise de la CCI Haute-Savoie, les 13 CCI de la région ont recensé, attiré et accompagné nos entreprises pour qu'elles bénéficient de la visibilité de l'événement. Il faut innover pour vivre, et surtout être solidaires et travailler en équipe pour avancer ».

A. A-L. : « Parallèlement à ce stand, la Région a regroupé douze entreprises du futur qui présenteront, notamment à quelque 2 000 lycéens ou apprentis, des lunettes 3D, un exosquelette, une trappe d'avion… Des produits très visuels pour susciter l'envie et les vocations. Global Industrie est une opportunité pour aborder les sujets variés du développement durable, de l'énergie, de la mobilité, des technologies… N'oublions pas cependant que c'est l'endroit parfait pour faire des affaires, avec des rendez-vous BtoB ».

On loue souvent le modèle collectif de développement de la région ? Quel est votre avis ?

A.A-L : « Que l'on aille à Clermont Ferrand, à Thiers, à Grenoble, ou dans la vallée de l'Arve il y a un modèle collectif local dans lequel les élus sont proches des entreprises et ont une connaissance accrue du monde économique. Les entreprises régionales ont été intelligentes pour travailler entre elles et montrer qu'elles existaient.

Nous avons ainsi des territoires spécialisés. Par ailleurs, les élus locaux, les centres techniques, les universités, les chambres consulaires ou encore les syndicats patronaux, intègrent cet écosystème collectif. Nous avons fait en sorte de créer des passerelles entre tous ces acteurs pour qu'ils communiquent ensemble.

P.G : « Il y a plusieurs modèles : lyonnais, clermontois ou grenoblois. On constate que chacun de ces territoires n'a pas été conduit par un pouvoir politique souverain. Pas de duc de Lyon ni de prince de Clermont-Ferrand. Sans compter une vie difficile dans les espaces reculés des vallées qui ont conduit leurs habitants à être innovants et solidaires pour vivre dignement. Ils ont su, de plus, commercer avec l'extérieur. In fine, ce sont les ingrédients de l'entreprise. Cette histoire a forgé notre culture collective ».

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