AccueilImmobilier-TP-BâtimentTransition digitale : vers un tournant pour le BTP ?

Transition digitale : vers un tournant pour le BTP ?

BIM, lean construction, jumeau numérique ou encore maquette 3D, le BTP dispose de tout un arsenal d'outils numérique pour opérer, pleinement, sa transition digitale. Quels bienfaits, avec quels outils et pour quels métiers ? Réponse dans notre dossier.
Transition digitale : vers un tournant pour le BTP ?

EconomieImmobilier-TP-Bâtiment Publié le ,

Sommaire

1-

2-

3- L'entreprise lyonnaise Blanchard & Blazquez expérimente le BIM

4- Smart building academy : vers une ville auto-gérée ?

Dossier réalisé par Marie Maleysson, Julien Thibert, Stéphanie Véron et Éric Séveyrat

Jusqu'où s'étend la transition digitale dans le secteur du bâtiment ? "C'est en fait un domaine extrêmement vaste : le numérique en lui-même est très large et on découvre tous les jours des applications du numérique au bâtiment", livre Olivier Aubert, président de la commission innovation et transition numérique de la Fédération française du bâtiment Auvergne-Rhône- Alpes (FFB Aura). Selon lui, le virage est amorcé depuis longtemps mais pas encore franchi ou, du moins, pas totalement.

"J'ai coutume de dire que le bâtiment est le plus vieux métier d'avenir : il réclame peut-être un peu plus d'inertie dans ses transformations, car il faut du temps pour greffer du numérique à l'intelligence de la main. Cette transformation est également très large : on va à la fois créer de nouveaux outils, qu'il faudra intégrer aux savoir-faire, et à la fois transformer littéralement les façons de faire".

72 % des entreprises auraient ainsi pris conscience de l'importance de la transition digitale pour leur business, quand 22 % d'entre elles prévoiraient de l'opérer dans les années à venir, selon la plateforme spécialisée BIMscreen (chiffres 2018).

Chez ses défenseurs, la digitalisation du bâtiment offre plusieurs leviers permet- tant de gagner en efficacité opérationnelle : visualisation et simulation, dématérialisation des process, rapidité dans la collecte et l'analyse de données (notamment grâce aux outils connectés), optimisation de la performance des machines et industrialisation des process.

Besoin de formation

« Si on ne doit citer qu'un seul des outils phares de la transition digitale, c'est bien sûr le BIM (Building information modeling, ou méthode basée sur l'utilisation d'une maquette numérique 3D intelligente, Ndlr) », note Olivier Aubert.

Pourtant, selon le cabinet d'études Oliver Wyman

32 % des entreprises estimaient, en 2018, disposer d'un niveau de maturité très faible sur le BIM en phase de conception. Un constat plus prégnant chez les TPE (38 %) que dans les ETI et les grandes entreprises (31 %) ou les PME (29 %). "Le BIM réclame une formation particulière. Toutes les entreprises n'ont pas forcément à disposition un BIM manager, c'est-à-dire un chef d'orchestre des maquettes numériques. Aujourd'hui, ce sont surtout de grosses entreprises qui sont déjà efficaces en termes de BIM. Au niveau de la Fédération, nous menons un important travail d'information de nos adhérents pour faire avancer l'ensemble de la profession". Dans la région, la direction ligérienne de la Fédération

a voulu faire de la construction de son nouveau siège un projet phare en termes d'innovation, avec la réunion de process de lean construction et de BIM (lire plus loin). À Domène, en Isère, Nicolas Laye, qui succèdera dans quelque temps à son père à la tête de la société Laye Plâtrerie, dresse un bilan positif de l'utilisation des outils digitaux. "Bien sûr, nous utilisons tous des logiciels pour la partie administrative. Mais cela va plus loin. C'est d'ailleurs grâce à la Fédération régionale que j'ai trouvé un intérêt dans les outils digitaux, et surtout la maquette numérique. Il y a cinq ans, nous avons installé un premier logiciel permettant de faire de la modélisation 3D. Nous avons aujourd'hui un bureau d'étude interne où travaillent deux personnes à temps plein, uniquement sur la modélisation 3D. Nous complétons les plans des architectes avec nos ouvrages". Les bienfaits : « il y a énormément de possibilités avec cet outil. Après nous être appropriés une maquette numérique, nous sommes capables de sortir un plan d'exécution, un comparatif métré, des documents pour bien cibler les quantités nécessaires en approvisionnement, un DOE (dossier des ouvrages exécutés, Ndlr), etc. ». À terme, l'entreprise prévoit de faire de cet outil "un pivot pour la comptabilité analytique, pour vraiment rentrer dans le détail". En attendant, elle équipe ses chefs de chantier de tablette afin qu'ils puissent tous consulter les travaux de modélisation 3D sur place.

Selon le leader mondial du conseil et de la transformation numérique Capgemini, l'utilisation du "BIM lors de l'exploitation permet d'inter- venir à meilleur escient et de réduire ainsi jusqu'à 20 % les coûts de maintenance". À l'échelle nationale, le plan BIM 2022 a été lancé en 2019 par le ministère de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales. Doté de 10 M€, il doit fournir aux professionnels les méthodes et les outils concrets pour massifier les usages numériques autour de deux axes prioritaires : généraliser la commande en BIM dans l'ensemble du secteur du bâtiment, et doter les acteurs des outils nécessaires au travail en BIM à travers la formation, la mise à disposition d'outils collaboratifs adaptés et la diffusion dans les territoires. "Nous accompagnons aussi les entreprises dans la mise en place du lean construction et notamment dans son application aux chantiers, c'est-à-dire un seul process appliqué à la totalité d'une opération. Cette méthode est exigeante, puisqu'il faut faire adhérer plusieurs dizaines d'interlocuteurs à la démarche, et novatrice. Cela demandera encore plusieurs années de mise en pratique pour commencer à être efficace au sein de nos métiers", ajoute Olivier Aubert.

Montée en compétences

La restructuration en cours du siège de la Fédération du BTP ligérienne, alliant des process de travail du BIM et du Lean, se veut une opération pilote en la matière associée à une démarche péda- gogique pour sensibiliser les entreprises à cette nouvelle organisation du travail. Les travaux ont débuté en mars dernier. Treize entreprises interviennent ainsi sur ce chantier qui prévoit la restructuration de la maison du BTP de la fédération de la Loire à Saint-Etienne. Ce projet initié au début de l'année 2020 se veut exemplaire et pédagogique, proposant aux entreprises une montée en compétences sur l'acquisition de nouvelles méthodes de travail. S'agissant de vulgariser le sujet du BIM et du Lean pour le rendre compréhensible, accessible et pratico-pratique. "Mais il ne faudrait pas réduire le BIM à une simple maquette numérique", précise François Bayle, dirigeant du cabinet GBA&Co, bim manager de ce chantier, dont la livraison est prévue en fin d'année.

"Alors qu'auparavant, chaque corps de métier intervenant dans la construction d'un bâtiment redessinait le plan de l'architecte pour l'adapter à ses contraintes, il s'agit dorénavant pour chaque acteur de venir renseigner une ma- quette modélisée », explique- t-il. Pour les méthodes Lean, une gestion de la production et de l'organisation du chantier la démarche a été similaire, se voulant un test grandeur nature. Est-ce que cela permet un gain de temps, une meilleure organisation de travail, une fluidité des flux ? "Le tort serait de tomber dans une argumentation facile qui consisterait à dire que le Lean permet un gain de temps, détaille François Bayle. C'est un environne- ment de chantier qui fait que les choses se passent mieux et éventuellement on gagne du temps si l'orchestration est bien menée". Le coût de l'investissement de 3 M€ HT hors maîtrise d'œuvre est principalement porté par la fédération. La consultation des entreprises a permis de respecter le coût d'objectif de la fédération, sans dérapage. "Ce qui sous-entend, qu'il n'y a pas de surcoût lié au Bim et au Lean", note l'économiste de la construction.

Environnement et productivité

Le premier enjeu de la transition digitale ? "Il est bien sûr environnemental : il est clairement établi aujourd'hui qu'en performant la production, on la rationnalise, on évite le gaspillage et les pollutions de manière générale », répond encore Olivier Aubert. Selon l'Ademe et le Ministère de la transition écologique, le BTP représente en France, et surtout son cycle de vie, "43 % de la consommation d'énergie, 69 % de la production de déchets et 19 % des émissions de CO2". Pour les entre- prises, l'enjeu est aussi celui de la productivité : "dès lors qu'une maquette numérique tourne entre plusieurs inter- locuteurs, le risque d'erreur est largement diminué ». La création d'outils de travail technologiques porte égale- ment un "enjeu de sécurité et de confort de nos compa- gnons". Ainsi, la Capeb note dans une étude qu'au moins la moitié des artisans plébisciteraient le recours à ces outils.

Partage
Envoyer à un ami
Connexion
Mot de passe oublié ?