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Tourisme : la touche François Gaillard

Tourisme : la touche François Gaillard
Photo : Céline VAUTEY

ActualitéGrand témoin Publié le ,

Après l’Euro de football, peut-on tirer un premier bilan de la saison estivale ?

Le mois de juin a battu tous les records de fréquentation, avec un taux d’occupation hôtelière de 77 % et un RevPar (revenu par chambre disponible) qui a progressé de 25 %. Juillet devrait être sur la même tendance. L’Euro est le principal responsable de cette performance économique. Cet événement est une formidable carte postale sur la ville, vue par des millions de personnes dans le monde entier. Enfin, l’Euro nous a permis de recevoir une clientèle que nous n’aurions jamais touchée autrement. Le fan de foot a, en effet, joint l’utile à l’agréable et a acheté de la visite guidée sur de très courts créneaux. L’Euro a été une très belle vitrine pour Lyon.
Mais le premier semestre a été également très bon. Le nombre de nuitées est en progression de 8 % par rapport à l’année précédente. Lyon est une destination à la mode et continue à performer en dépit du contexte actuel délicat. Les arrivées aux aéroports de Lyon sont également en hausse de 8 %. Les ventes de visites guidées, qui sont un très bon indicateur, progressent elles aussi, entre 6 et 8 %. Même tendance pour les musées dont la fréquentation augmente de 1 à 2 %. On constate donc que ce trend est général.

La baisse de la fréquentation touristique marquée à Paris et à Nice, en raison des attentats, a-t-elle eu un écho à Lyon ?

Paris et Nice ont souffert mais les autres destinations urbaines ont bien tenu. On assiste plutôt à une évolution des modes de consommation qui a sans doute été accélérée par les événements terroristes parisiens. Nice n’est pas en concurrence avec Lyon, la destination est différente. Les visiteurs de court séjour recherchent des villes à taille humaine. Ils veulent aller à l’essentiel et découvrir le plus de choses à pied. Ils veulent de l’authenticité et du contact sans stress ni insécurité. Aujourd’hui, Lyon a tous les avantages d’une grande ville sans les inconvénients. Plus que le fruit d’une conjoncture, c’est donc davantage le fruit d’une évolution des attentes des clients qui permet à Lyon de bien se positionner.

" Lyon a tous les avantages d'une grande ville sans les inconvénients "

Quel a été le déclencheur de l' " envol " touristique de Lyon ?

Lyon a 2 000 ans d’histoire, pourtant elle est une destination touristique jeune. Mais elle est la deuxième ville de tourisme d’affaires en France, après Paris. C’est une ville de salons, de congrès et d’échanges. Quand je suis arrivé en 2004, l’objectif était d’en faire également une destination de tourisme d’agrément, pour qu’on vienne y passer un week-end. Lyon a connu une impulsion en 1998, lorsqu’elle a été inscrite au Patrimoine mondial de l’Unesco. Cela a donné le point de départ au développement réel de l’industrie touristique et a changé le regard que les gens portaient sur cette destination. Les Lyonnais et les décideurs locaux ont commencé à se rendre compte du potentiel touristique de la destination. La préservation et la valorisation du site historique, les plans lumière, la mise en charme de la ville, la réhabilitation de la Confluence, tout un ensemble et une mobilisation ont contribué au rayonnement de Lyon et ont amélioré la perception des visiteurs et des Lyonnais eux-mêmes. Car ce sont eux les meilleurs ambassadeurs de leur ville.

Lyon a désormais acquis ses lettres de noblesse. Quels sont ses mérites ?

Le buzz est très important dans le tourisme urbain. Le bouche-à-oreille est très porteur. Pour qu’il soit positif, les clients doivent être contents, donc les prestations doivent être de qualité. A Lyon, la promesse que je porte depuis plusieurs années, est celle d’un concentré d’art de vivre à la française. Quand nous faisons la promotion de Lyon à l’étranger, nous nous appuyons sur sa gastronomie, c’est notre point fort. Dans un court séjour urbain, les visiteurs lui accordent une importance particulière. Pour prendre le pouls d’une ville, quoi de mieux que de s’intéresser à ses produits, à son terroir et à sa cuisine ? Plus que jamais, à l’aube de l’ouverture de la Cité de la gastronomie, Lyon aurait tort de ne pas surfer sur cette vague. Le bien manger est inscrit dans l’ADN de la ville.
Le premier regard que les visiteurs portent sur la ville est un regard de surprise. Nous avons construit l’image de Lyon aux yeux de la clientèle internationale et lui avons fait découvrir une vraie pépite. Nous avons rattrapé le temps perdu.
Les touristes restent essentiellement dans l’hyper-centre, le Vieux Lyon, Fourvière. Une ambiance générale s’y dégage, ils ressentent un bien-être et sont contemplatifs. Depuis cette année, le tram-train touristique est un outil supplémentaire qui valorise le plateau de la Croix-Rousse. Ils s’intéressent aussi au grand projet urbain de la Confluence. Ils aiment flâner et avoir un aperçu général de la ville en 48 heures.

Quels sont les leviers qui ont permis à Lyon de s'ouvrir encore plus à l'extérieur ?

La démarche de marketing territorial OnlyLyon a commencé en 2007. Elle a su tenir compte des notions de développement durable et s’est préoccupée de la qualité de vie des touristes, des habitants et des entreprises. Tout le monde doit tirer profit de l’attractivité de la ville. C’est un équilibre fragile, il faut le préserver. A la même époque, l’implantation de la troisième base nationale d’Easyjet à Lyon a été un marchepied fabuleux. Lyon s’est trouvée connectée à tout un réseau de villes européennes en lowcost, ouvrant la porte de la destination week-end. Enfin, le développement d’Internet et des sites participatifs a contribué à l’amplification du phénomène d’ouverture de Lyon. En 2016, trente nouvelles lignes aériennes ont ouvert à l’aéroport LyonSaint-Exupéry qui a connu une hausse des arrivées de 8 %. L’ouverture de la liaison Eurostar jusqu’à Marseille a également permis à Lyon de tirer son épingle du jeu, mettant la ville à seulement 4 h 40 de Londres. Nous avons alors constaté une hausse de 36 % de visiteurs britanniques au pavillon d’accueil.

Le tourisme lyonnais est-il saisonnier ?

La saisonnalité de Lyon est certes moins marquée que dans une ville comme Nice. C’est notre force. Nous avons développé, parallèlement au tourisme de week-end, la destination Lyon lors des vacances scolaires. En cinq ans, les taux d’occupation ont progressé de 20 % sur les mois de juin, juillet et août. Pour y contribuer, certains événements viennent compléter l’offre estivale, comme le Congrès mondial des bibliothécaires, les Championnats du monde d’athlétisme vétérans, des manifestations qui attirent des milliers de gens. Cette année, c’était l’Euro. En 2017, ce seront les Championnats du monde de bridge.
L’activité touristique est lissée sur l’année avec des périodes faibles en janvier, juillet et août. Cela répond à un travail de longue haleine, de dix ans.

Comment répondent les commerces et les restaurants à ce tourisme constant ?

Nous avons fait un effort en prouvant aux commerçants et restaurateurs qu’on pouvait attirer des touristes toute l’année, notamment pendant l’été où certains fermaient. En organisant ainsi de grands événements comme ceux cités précédemment, en développant la promotion et en les incitant à une politique d’ouverture progressive qui ne génère pas de frustration et permet à chacun de trouver son compte.
Il y aura toujours des établissements fermés pendant l’été car le personnel aime prendre ses vacances en été. Mais de plus en plus choisissent de rester ouvert. A titre d’exemple, Le Café des Fédérations a fait le pari d’ouvrir l’été. Il ne le regrette pas et essaie de convaincre ses collègues. C’est un bel exemple d’une stratégie qui se met en place progressivement.

" Je pense que l'offre hôtelière est bien calibrée, en dépit de toutes les rumeurs "

L’offre hôtelière est-elle suffisante ?

Aujourd’hui, nous avons 14 000 chambres au sein de plus de 250 établissements hôteliers, dont 65 % sont des trois, quatre et cinq étoiles. Pour faire face à la progression constante du nombre de nuitées, depuis deux ans, plus de 3 000 chambres ont ouvert. Je pense que l’offre est bien calibrée, en dépit de toutes les rumeurs.
Bien sûr, comme dans toutes les villes, nous avons des pics de fréquentation, lors du Sirha, de Pollutec, des grands salons. Mais on ne construit pas un schéma hôtelier en fonction de ces phénomènes.
On reproche à Lyon de ne pas avoir de gros porteur. Les organisateurs de grands congrès recherchent souvent des hébergements regroupés sur un seul site. Oui, on peut perdre parfois des congrès parce qu’il nous manque un hôtel de 500 chambres. Mais cela ne nous empêche pas d’en gagner des très beaux. On ne peut pas construire des hôtels juste pour un ou deux événements par an. Je suis partisan d’un développement prudent pour que tous les acteurs locaux continuent à bien vivre.
Le plus grand hôtel lyonnais est le Radison Blue avec 250 chambres. De nouveaux concepts comme Mama Shelter, Mob Hôtel et Oko Hôtel, ont eu envie de s’implanter à Lyon et ajoutent une note de séduction à la destination Lyon. Cela crée une dynamique positive auprès des hôtels existants, poussés à la rénovation. Un hôtel Intercontinental avec 150 chambres verra le jour au sein du site de l’Hôtel-Dieu.

La Fête des Lumières a-t-elle tourné une page ?

Ce ne sera plus comme avant, c’est certain. Les événements doivent continuer d’exister. Mais ils ne peuvent plus s’organiser de la même manière. Ils répondent à des contraintes de sécurité, de gestion des flux, etc. Le défilé de la Biennale de la danse a été déplacé dans l’enceinte du stade de Gerland. La Fête des Lumières aura lieu et sera organisée sur une approche légèrement différente afin de garantir des conditions de sécurité et un bon déroulement.
Mais cela, tout le monde le comprend. Le report de la Fête en 2015 n’a suscité aucune agressivité, mais plutôt de l’émotion, de la compassion. Finalement, beaucoup de visiteurs ont choisi de venir quand même. Les Lyonnais sont restés et ont profité de leur ville. Les restaurants ont assez bien marché. En revanche, les hôtels et les prestataires de loisirs ont souffert.

L’élargissement de la région Rhône-Alpes à l’Auvergne apporte-t-il de nouvelles ambitions et des ouvertures pour Lyon ?

Plus que jamais, Lyon est la ville centrale, elle doit être la capitale touristique. Nous avons une vraie volonté de faire peser le tourisme urbain comme une activité importante, au même titre que l’industrie des sports d’hiver. Nous voulons également positionner Lyon comme un point de rayonnement, un camp de base pour les touristes dans la région. A terme, nous voulons augmenter la durée de séjour moyenne de 48 heures, afin que les visiteurs puissent élargir leur champ d’excursion autour de Lyon.
Nous souhaitons aussi développer l’itinérance en créant un vrai réseau urbain en Auvergne-Rhône-Alpes. Nous avons réuni toutes les villes, les préfectures et chefs-lieux pour essayer de se fédérer et réfléchir ensemble à ce qui peut être générateur de lien entre nous, comme le patrimoine ou certains produits, notamment la City Card, le passeport de découverte de la ville. Lyon possède un réel savoir-faire dans ce domaine et veut le partager avec les villes de sa région.


2007

Création de la démarche marketing OnlyLyon

2004

Arrivée à Lyon au poste de directeur de directeur de l’office de tourisme

2002

Directeur de l’office de tourisme de La Plagne lors de la naissance du domaine Paradiski

2000

Diplôme d’études d’ingénieur maître en marketing des services

1975

Naissance à Chambéry

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