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Thierry Fontaine (UMIH du Rhône) : "cafés, hôtels, restaurants et discothèques ont un rôle social"

Publié le - - Grand témoin

Thierry Fontaine (UMIH du Rhône) : "cafés, hôtels, restaurants et discothèques ont un rôle social"
© Julien Thibert - Thierry Fontaine, président de l'UMIH du Rhône.

Thierry Fontaine a pris ses fonctions de président de l'Umih du Rhône en février dernier dans un contexte très difficile pour la filière cafés-hôtels-restaurants-discothèques (CHRD) qu'il représente et qu'il défend ardemment. Au-delà des défis économiques à venir qui se dressent pour tout un secteur, il prône aussi l'objet social qu'incarne l'ensemble de ces établissements avec lesquels les Français n'ont pas tardé à renouer.

Quelles ont été vos motivations pour briguer la présidence de l'Umih du Rhône ?

"J'ai d'abord connu un parcours syndical d'une dizaine d'années. J'ai ensuite intégré l'Umih du Rhône en 2016, aux côtés de Laurent Duc, pour animer la branche "nuit" jusqu'en février 2021. Laurent, après douze années de présidence, a décidé de passer la main pour prendre de nouvelles fonctions nationales en tant que président de la branche restauration de l'Umih.

J'ai donc postulé naturellement. Je suis entouré d'une équipe extraordinaire et très professionnelle. Je suis engagé pour quatre ans. J'ai aussi pris la présidence de la branche "nuit" de l'Umih au niveau national."

Justement, votre actualité brûlante concerne la réouverture programmée des discothèques. Qu'en est-il aujourd'hui ?

"Les négociations avec le gouvernement battent son plein avec la réouverture des établissements de nuit conditionnée par la mise en place d'un protocole sanitaire imposant le pass sanitaire pour chaque client. Nous sommes favorables à ce qu'il soit rendu obligatoire puisque nous serons le seul lieu où les gens auront l'autorisation de danser.

On peut donc comprendre que les gérants de ces établissements, dont je fais partie, fassent cet effort de règlementation. Mais nous souhaitons un pass sanitaire élargi, qui inclut la certification de vaccination mais aussi l'autotest. On sait que fin juin, début juillet, lorsque nous rouvrirons, tous les jeunes n'auront pas leur deuxième dose.

© Pxhere.com / Le pass sanitaire pour chaque client, une règle de base pour rouvrir les discothèques.

Le président de la République nous a donné rendez-vous le 21 juin pour acter d'une date précise, qui pourrait ainsi être le 30 juin ou le 2 juillet. Il ne faut pas mettre trop de freins à cette réouverture sinon les établissements de nuit ne pourront pas tenir économiquement même rouverts, ce qui pousserait alors les gens à favoriser les fêtes privées ou clandestines, forcément moins encadrées.

Le protocole prévoit par ailleurs à l'intérieur des boîtes de nuit le port du masque pour les déplacements, hors piste de danse. Le gouvernement nous a clairement fait comprendre que c'était un enjeu de santé publique que de rouvrir les discothèques. Bercy souhaite, notamment, que tout le monde reparte au travail pour programmer la fin des aides.

Environ 30 à 40 % d'entre elles ne rouvriront pas avant septembre, attendant un allégement des contraintes sanitaires. Pour elles, les aides seraient maintenues (10 000 € ou 20 % du chiffre d'affaires, Ndlr)."

"C'est du gagnant-gagnant que nous souhaitons"

© Pxhere.com / "Les jeunes vont pouvoir retrouver des lieux plus sécurisés et plus encadrés, a contrario de soirées privées."

Comment jugez-vous la teneur des négociations avec le gouvernement ?


"C'est du gagnant-gagnant que nous souhaitons. Ce combat que nous menons ne doit voir émerger que des vainqueurs. Plus globalement, je crois que c'est la France qui va sortir la tête haute avec l'ouverture de nos établissements, car les jeunes vont pouvoir retrouver des lieux plus sécurisés et plus encadrés, a contrario de soirées privées de plusieurs centaines de personnes dans des logements de locations comme on a pu le constater.

Entre le 15 janvier et début mars, le ministre de l'Intérieur a d'ailleurs reconnu qu'ils avaient recensé 300 fêtes privées. Je vous laisse imaginer le nombre réel de fêtes qui ont eu lieu..."

Un mot sur l'hôtellerie qui a aussi souffert ...

"Les hôteliers n'ont pas subi de fermeture administrative et n'ont donc pas pu bénéficier d'aides. Ils ont payé un très lourd tribut. Il faut les aider pour la reprise. L'hôtellerie reste le fleuron du tourisme. Sans elle, pas d'activité touristique.

Des investissements sont globalement à prévoir pour l'ensemble de la CHRD pour rendre cette filière attractive, notamment par le biais de la rénovation d'établissements. Si les hôteliers ne sont pas aidés, ils ne pourront pas proposer des lieux de qualité et sécurisés."

© Pxhere.com / "Les hôteliers ont payé un très lourd tribut."


Ses dates clés...

1990 Devient barman au Factory, à Lyon

1997 Dirigeant de la discothèque Le Loft

2006 Entre à l'Umih du Rhône

2021 Président de l'Umih du Rhône


De la vocation sociale... à la crise des vocations

Le 9 juin a-t-il marqué la date de la vraie reprise pour la restauration ?

"Oui, mais elle est à relativiser. Car pour ceux qui ont eu la chance de rouvrir le 19 mai, parce qu'ils avaient des terrasses, la rentabilité était au rendez-vous. L'administration s'est rendu compte de l'importance que revêtent nos établissements de la CHRD. C'est une prise de conscience essentielle pour l'avenir des relations avec les services de police, les préfectures et les maires, et plus globalement pour la réinvention de nos métiers."

© Pxhere.com / "L'administration s'est rendu compte de l'importance que revêtent nos établissements de la CHRD."

Est-ce à dire que les bars, les restaurants, les hôtels ou les discothèques ont une vocation économique, mais aussi sociale ?

"Clairement oui. Combien de gens commandent un café pour utiliser les toilettes, vaut-il mieux une personne buvant seule chez elle et peut-être à l'excès que dans un lieu animé, convivial et surtout encadré, et où en plus, les consommations sont plus chères qu'en supermarché ? Dans nos établissements, ce n'est pas le client qui a la main sur la bouteille, mais le barman.

Je précise d'ailleurs que le secteur de la CHRD dans son ensemble ne délivre que 8 % d'alcool en France. Nous ne sommes donc pas responsables de tous les maux. Ce cadre, qui réglemente la CHRD, bénéficie à la santé publique, plus qu'il ne l'entame."

La crise des vocations dans vos métiers s'est-elle accentuée avec la crise sanitaire ?

"Elle s'amplifie. Plus les professionnels soulignent le fait qu'ils peinent à embaucher, plus les salariés ont envie de quitter ces métiers, avec cette anxiété latente. Les professionnels du secteur doivent délivrer un message plus positif. D'autres métiers sont aussi contraignants et pénibles par leurs horaires, je pense à ceux du milieu hospitalier, aux services de police, aux militaires.

D'ailleurs, je ne connais pas de métiers sans contrainte. Les nôtres sont un ascenseur social gigantesque. Un serveur sans qualification qui débute peut devenir responsable d'un établissement. On est capable de le former de manière spécifique. Nous devons revoir nos modèles de fonctionnement, profondément.

Il y a quelques années, des start-up américaines proposaient des siestes ou des parties de baby-foot en guise de pauses à leurs collaborateurs, ce qui nous faisait sourire. Aujourd'hui, elles sont devenues des géants planétaires.

© Pxhere.com / La crise des vocations, un problème majeur.

Plus près de nous à Lyon, le modèle de semaine sur 4 jours développé par LDLC me semble pertinent. Pourquoi ne serions-nous pas capables de transposer ce type d'exemple dans nos propres métiers ? Faire travailler un salarié, parfois trop, pour répondre aux rushs de services que nous connaissons souvent et par manque personnel sans forcément leur donner un peu de souffle, n'est pas tenable pour maintenir l'attrait de nos métiers.

Il faut vraiment se tourner vers l'avenir. Des élans timides ont été amorcés par les patrons d'établissement avant la crise pour rendre attractifs ces postes avec de nouvelles méthodes de management, mais il faut aller encore plus loin. Il y a quand même une prise de conscience globale.

Le gouvernement va devoir aussi plancher sur le retour à l'emploi par une baisse de charges pour que nous soyons compétitifs, c'est-à-dire pouvoir embaucher. L'écart est trop important entre le coût pour l'employeur et le salaire perçu par l'employé. Ne faut-il pas que l'État fasse ses calculs en ce sens pour faire baisser le chomage de quelques points et augmenter les salaires plutot que de financer des allocations chomage ?"

Entre nous...

Son style de management... Faire confiance à mes équipes en leur laissant le maximum d'autonomie.

Son lieu ressource... Chez moi, au vert. La campagne me fait du bien.

Ses inspirations... Marc Pigeroulet (Arioste). Il y a 25 ans, il m'a aidé par ses réflexions son calme et sa manière de manager. Je pense également à Nicolas Gagneux (6eme Sens) et à Laurent De La Clergerie (LDCL).

Ses lectures... Je lis énormément de journaux. Je n'hésite pas à creuser un sujet en lisant plusieurs titres pour me faire une idée précise.




Julien THIBERT
Journaliste

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