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Théâtre barbare et émotionnel

Romeo Castellucci divive le public avec une reprise de « L'Orestie », d'après Eschyle. Un spectacle violent et provocateur à l'esthétique époustouflante. Retrouvailles avec l'un des enfants terribles d'Avignon.
Théâtre barbare et émotionnel
© : DR - Castellucci raonte l'émergence d'une Humanité qui a du mal à abandonner sa part de bestialité

CultureSpectacle vivant Publié le ,

Vingt ans après, Romeo Castellucci remet « Orestie (une comédie organique ?) » sur le métier. Ceux qui ne connaîtraient pas le travail de la Societas Raffaello Sanzio, sa compagnie ont intérêt à avoir le coeur bien accroché. Héritier du théâtre de la cruauté, le metteur en scène et plasticien italien, à qui le festival d’Avignon doit quelques unes de ses soirées les plus chahutées, multiplie les provocations et les images à la limite du soutenable. Pour lui, la parole s’efface devant le pouvoir des images et des sons, devant la brutalité des corps, les voix distordues, les musiques travaillées comme les premiers accords du prélude final de « Tristan et Isolde » de Wagner, dans un univers où un théâtre de bouts de ficelle cohabite avec les nouvelles technologies.
La force des images submerge le plateau où Castellucci brise les codes et met en images les sentiments. On peut entendre les cris de Cassandre, otage d’Agamemnon ramenée en Grèce après la chute de Troie. Mais les mots de la douleur de la fille de Priam n’exprimeront jamais autant de souffrance que cette actrice opulente, frappant de toutes ses forces contre les parois de la cage de verre dans laquelle on l’a enfermée. Aucun mot ne réduira la figure du roi à cet acteur trisomique éructant les mots devant le micro du protocole que lui tend un Egisthe habillé » de cuir, façon SM. Aucune image n’aura autant d’impact de ces singes, droit sortis d’un tableau de Bacon, qui évoquent les Erinyes.
Dans ce qui ressemble à une chambre de torture, Castellucci nous raconte l’émergence du monde, l’avènement d’une Humanité qui abandonne une part de sa bestialité. Et l’accouchement se fait dans la douleur. Comme les autres, ce spectacle, qui divise le public et qu’il est impossible de rattacher à d’autres esthétiques, ne laisse pas indifférent.

Théâtre des Célestins, 20 au 27 janvier

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