Tableau noir

Où l’on s’émeut - doux euphémisme - de la situation des agriculteurs, dont les finances, exsangues, sont asséchées par une pression fiscale asphyxiante et une gangréneuse densité normative.

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Aucune anhélation dans la lutte, comme en attestent les manifestations organisées sur tout le territoire hexagonal, y compris durant ces semaines de léthargie économico-sociale. Des opérations escargot ? Soit. Des barrages filtrants afin de distribuer des tracts et ainsi sensibiliser le grand public ? Admettons. Des actions « péage gratuit » ? Pourquoi pas. L’automobiliste y trouvera un certain contentement, a contrario, on s’en doute, de la société d’exploitation autoroutière dépossédée de plusieurs milliers d’euros. Des blocages de sites touristiques ? Ici s’arrête la tolérance. Lascaux 2 (fac-similé de la célèbre grotte) inaccessible le temps d’une journée, plus de 2 000 visiteurs potentiels évaporés, et forcément déçus, la société gestionnaire du lieu qui accuse une perte sèche de 35 000 €…

Le mouvement des agriculteurs périgourdins, dont les revendications sont légitimes, ne doit d’aucune manière obérer l’outil de travail des autres acteurs de la région. La liberté des uns s’arrête… visiblement où d’autres le décident ! Et peut-on tolérer les dégradations, récurrentes, qui accompagnent trop souvent les manifestations. Dernier exemple en date : à Grenoble, ce 5 août, la déprédation de la Direction départementale du territoire par des agriculteurs, à cran. Jets de projectiles divers, accès obstrué… Les dégâts sont légion. Et cette antienne : qui va payer ? On attend toujours les réactions indignées…

Des établissements publics pris pour cible. Des cimetières aussi. Pas de nouveauté véritable : la lecture d’un bilan 2014, fourni mi-avril par le ministère de l’Intérieur, révèle que « près de deux lieux de culte ou sépultures chrétiens sont profanés chaque jour en France ». La profanation d’une quarantaine de tombes à Labry (Meurthe-et-Moselle), en ce même 5 août, est venue « enrichir » une liste désormais bien garnie d’actes malveillants. Ce qui est notable dans ce triste événement, c’est l’absence de motifs. Adolescents âgés de 14 et 15 ans, les auteurs ont reconnu les faits, à savoir la violation de sépultures et la dégradation en réunion. Cependant, ils ont été dans l’incapacité de produire le moindre début d’explication. « Ils ne savent pas pourquoi ils ont fait ça », précise, lapidaire et quasi désabusée, une source proche du dossier. Face à de tels agissements, on scrutera les sanctions. Et corrélativement, les réparations à venir… Les services de la protection judiciaire de la jeunesse esquissaient, en guise de peine, « le nettoyage de cimetières ». Un moindre mal à l’heure où nos illusions sur l’être humain, et sa propension à devenir meilleur, sont, chaque jour, un peu plus enfouies…

Alors forcément, à travers le prisme des dégradations produites par ces adultes et ces adolescents, comment ne pas remettre en cause la maxime qui stipule que « l’exemple vient d’en haut ». Comment la justifier auprès des plus jeunes ? La litanie des saccages d’établissements scolaires de cette semaine est effarante : une école élémentaire vandalisée dans la cité Bel-Air à Marseille, une autre incendiée dans le quartier de la Pompignane à Montpellier, une école primaire détériorée à Cesson-la-Forêt. Partout, d’identiques scènes de désolation : vitres brisées, portes fracturées, murs et sols ravagés. Sans omettre les vols de matériel.

Il n’en reste pas moins que l’acte de vandalisme le plus symptomatique concerne l’école maternelle de Melun. Pour deux raisons. On touche ici à un espace de sociabilisation, dédié dans son entièreté à l’apprentissage de la vie en commun. Sans note, sans appréciation, sans évaluation. Grandir, juste grandir, ensemble. Second point, l’âge des fauteurs de trouble interpelle. Vingt-deux enfants se sont introduits dans l’école pour mettre à sac les salles de classes : le plus vieux a 13 ans, le plus jeune… seulement 5. Le préjudice est estimé à 30 000 €. Les parents devraient prendre en charge la facture des travaux ; les jeunes sont, eux, passibles de sanctions éducatives.

Tous ces évènements témoignent assurément d’un « ensauvagement de la société ». Reste à trouver les réponses idoines, tant judiciaires que disciplinaires. Voilà en perspective des devoirs de vacances pour nos législateurs. Avec un passage au tableau noir dès la rentrée…


L.O

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