AccueilActualitéGrand témoinStanislas Lacroix, PDG du groupe Aldes : "Nous n’avons pas attendu pour réaliser des économies d’énergie"

Stanislas Lacroix, PDG du groupe Aldes : "Nous n’avons pas attendu pour réaliser des économies d’énergie"

Le groupe lyonnais Aldes, spécialisé dans l’aéraulique, affiche une croissance forte (285 M€ de CA, 1 500 collaborateurs) malgré le contexte. Les annonces liées au rationnement de l'énergie n'apaisent pas les inquiétudes du PDG Stanislas Lacroix.
Stanislas Lacroix, PDG du groupe lyonnais Aldes, spécialisé dans l'aéraulique en France et à l'international.
© Julien Thibert - Stanislas Lacroix, PDG du groupe lyonnais Aldes, spécialisé dans l'aéraulique en France et à l'international.

ActualitéGrand témoin Publié le ,

Stanislas Lacroix, guerre en Ukraine, problématiques d’approvisionnement, recrutement… Dans quel état d’esprit entamez-vous cette rentrée à la tête d'Aldes ?

Ce qui est perturbant, pour un entrepreneur, c’est l’incertitude. Et ce que nous vivons depuis le début d’année et plus encore en cette rentrée, ce sont de nouveaux paramètres d’incertitudes. La crise du Covid nous a fait vivre, à ses débuts, des mois terribles, car nous n’avions justement pas la lecture des paramètres d’un nouveau monde qui se mettait en place.

Aujourd’hui, nous sommes devant le même phénomène, avec une première partie de l’année où nous avons vécu une évolution du prix des matières, des difficultés d’approvisionnement, qui ont changé les paramètres de « jeu ». Là, nous sommes devant un cumul de nouveaux paramètres, qui constituent cette incertitude.

Tant que nous ne serons pas capables de piloter ces nouveaux paramètres, nous resterons inquiets. Et l’installation durable de l’inflation, même s’il elle atteignait 5 %, n’est pas le sujet. Car c’est un paramètre que l’on connaît et que l’on prend en compte.

La difficulté par rapport à l’énergie en revanche, c’est que l’on est devant un champ nouveau d’incertitude et de risques. Si malheureusement on se retrouve d’ici quelques mois face à une rupture d’approvisionnement énergétique, ce sera une vraie difficulté pour les entreprises.

© DR

Elisabeth Borne "nous prend un peu pour des bleus"

Elisabeth Borne réclame que les entreprises mettent en place des plans de sobriété énergétique dès septembre… Comment réagissez-vous ?

J’ai tendance à penser qu’elle nous prend un peu pour des bleus. Je trouve que son ton professoral est décalé. Quand vous avez des cours de l’énergie qui ont été multipliés par dix, voire par 20, que voulez-vous qu’un chef d’entreprise fasse d’autres que de réduire sa consommation d’énergie ?

C’est insupportable sur le plan économique, car de toute façon, par le facteur du coût, vous êtes obligés de regarder votre consommation.

« Avoir un autre regard sur nos modes de consommation énergétique »

A l’échelon du groupe Aldes, justement, de quelle manière vous mobilisez-vous pour réduire les coûts de l’énergie ?

La tâche est complexe, car de nombreux paramètres s’inscrivent dans le temps long. Quand on est sur une consommation de bâtiment, on peut baisser sa température de 1°C, par la régulation de la climatisation ou du chauffage. Sur un outil productif, il faut réinvestir dans de nouvelles machines plus modernes et moins énergivores, avec un temps long associé.

Ce sont des sujets que nous travaillons depuis des années, et ce n’est pas à quelques mois de l’hiver qu’il fallait se préoccuper de ce problème. Je pense précisément à l’amélioration de notre empreinte carbone sur nos activités.

Accélérer cette démarche sur l’outil productif est en revanche impossible. Car ce n’est pas par les consommateurs, générateurs de valeur, qu’il faut traiter le sujet à court terme, mais plutôt sur les gestes liés au gaspillage collectif. Il faut donc apporter un autre regard sur nos modes de consommation énergétique.

Aldes et Meersens au service de la qualité de l'air des bâtiments

Stanislas Lacroix, dates clés

1995 : Intègre Calor (Groupe Seb)

1999 : Rejoint Aldes

2011 : Devient président d’Aldes

2022 : Ouverture de capital et rachat d’Aereco

Aldes, innover pour anticiper

Sur le plan de la fabrication et de l’innovation, de quelle manière un groupe tel que le vôtre répond-il à ces enjeux de nouvelle gestion des énergies ?

Dans nos métiers positionnés sur la qualité de l’air et le confort thermique, nous travaillons déjà depuis de nombreuses années sur ces paramètres.

Nous avons ainsi développé des solutions pour des bâtiments moins énergivores, avec le défi de répondre aux contraintes imposées par les réglementations thermiques successives, et récemment la réglementation environnementale (RE2020), qui obligent à avoir des bâtiments encore moins consommateurs d’énergie et orientés bas carbone. Cette dynamique-là est déjà en place.

Ensuite, nous concevons des produits qui, par eux-mêmes sont moins consommateurs, avec, par exemple, de nouveaux moteurs et d’autres intelligences qui permettent de piloter des systèmes et d’effectuer des mesures via la data, afin d’ajuster la consommation de nos équipements.

Plus on est précis dans le pilotage d’un produit, plus on est adapté sur la fonction de base que l’on recherche, qui est, en ce qui nous concerne, la qualité de l’air, et plus on évite la déperdition énergétique. Modulation, pilotage, intelligence, data, digital sont des éléments qui permettent d’apporter des réponses.

© Julien Thibert

Dans cette dynamique, Geoffroy Roux de Bézieux a évoqué le capitalisme décarboné qui anime le Medef. Que veut-il exprimer concrètement ?

C’est un bon résumé de ce que dans nos métiers, nous pratiquons déjà depuis longtemps. Décarboner par nécessité ou par obligation, les deux champs se travaillent de pair. D’un côté le champ de l’obligation par les contraintes normatives et par cohérence, l’autre champ qui consiste à pousser vers des productions et fabrications moins énergivores.

D’ailleurs, nos clients nous attendent sur ce terrain-là et nous demandent des comptes : "Etes-vous vertueux ? Si je travaille avec vous, avez-vous la même philosophie que je dois avoir ou que je cherche à avoir ?". Cette dynamique collective est en train de se mettre en place.

"Le manque de compétences ralentit l’économie française"

Le recrutement apparaît comme une autre problématique qui freine le développement des organisations. De quelle manière êtes-vous impacté par cet enjeu ?

Nous avons clairement un problème d’adéquation entre l’offre et la demande. On ne peut pas se contenter d’avoir 7 % de la population qui aurait du mal à être remise au travail. Ce n’est pas un sujet d’entreprise, ou de l’Etat, c’est un sujet conjoint. Nous avons des besoins de compétence, il faut que l’on parvienne à mieux les exprimer.

Que l’Etat les entende et ne soit pas fermé sur la façon dont nous avons besoin d’orienter les compétences de demain et mettons en place ce qui permettra de former et d’accompagner un certain nombre de personnes pour venir combler nos manques. Je pense qu’une partie de l’économie française aujourd’hui est ralentie par le manque de compétences.

Avec, en toile de fond, la question de la valeur travail ?

C’est important effectivement. On constate que plusieurs facteurs ont sociologiquement fait évoluer les choses. Les 35 heures ont ainsi modifié le rapport de chacun au travail. Le Covid a aussi bouleversé les habitudes de travail. L’ensemble de ces paramètres fait que la relation au travail a évolué.

Vouloir trouver un équilibre professionnel-personnel n’est pas le sujet, et il n’y a pas de débat dessus, mais il faut redonner ses lettres de noblesse à l’acte de la création, au travail. Nous avons au sein d’Aldes entre 50 et 70 postes à pourvoir à l’échelon de la France. Il y a des secteurs où nous sommes perpétuellement en déficit, notamment sur les parties commerciales et techniques.

Dans quelle dynamique s’inscrit Aldes, dans ce contexte incertain ?

Nous sommes sur des régressions de volumes compensées par des hausses de prix. L’acquisition, en juillet dernier, du groupe Aereco a permis de nous renforcer, aussi bien sur le plan géographique que technologique.

Une opération permise par notre ouverture de capital avec le soutien de Siparex et Demeter. Une étape qui s’inscrit dans notre stratégie de développement forte du groupe pour passer de 300 M€ de CA à 500 M€ d’ici 2025.

Entre nous...

Son style de management... Donner envie à mes collaborateurs

Son lieu ressourçant... La montagne

Sa personnalité inspirante... A la tête d’une entreprise familiale, je citerai la filiation paternelle (Bruno Lacroix, Ndlr)

Ses lectures... Trois jours, trois nuits (collectif d’auteurs dont Frédéric Beigbeder, Ndlr) qui m’a beaucoup inspiré.




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