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Solidarité : le nouveau credo des entreprises

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Solidarité :  le nouveau credo des entreprises

Créées par la loi du 4 juillet 1990, les fondations d'entreprise ont pour but de réaliser ou de contribuer à une œuvre d'intérêt général à caractère philanthropique, éducatif, scientifique, social, humanitaire, sportif, familial, culturel ou concourant à la mise en valeur du patrimoine artistique, à la défense de l'environnement naturel, à la diffusion de la culture, de la langue et des connaissances scientifiques françaises. Ces fondations, qui ont semblé pendant de longues années dépendre des aspirations personnelles et des goûts des dirigeants, sans souci particulier des enjeux sociétaux, participent désormais directement de la stratégie globale des entreprises, contribuant plus spécifiquement à leur stratégie RSE. Selon une étude réalisée en 2016 par le cabinet EY, elles sont aujourd'hui centrées majoritairement sur les problématiques d'éducation, d'action sociale et d'insertion professionnelle. Dans le même temps, leur nombre a littéralement explosé, passant de 293 en 2011 à 400 en 2017, selon des chiffres présentés par la SCOP Ça me regarde, et leur budget annuel moyen s'est envolé pour s'établir à plus de 1,2 M€ en 2016.

Christophe Copard : « Nous attendons beaucoup des entreprises sur le volet emploi »

Initiateur et cheville ouvrière des Journées Solidaires au sein de la communauté au niveau local, le vice-président Emmaüs Lyon en charge des partenariats se félicite de l'implication grandissante des entreprises locales et de leurs salariés aux côtés des compagnons et de leur cause.

Qu'attendez-vous des entreprises de la région lyonnaise et comment se traduit concrètement leur soutien ?

Aujourd'hui, les partenariats que nous avons noués tournent autour de quatre grandes thématiques : finance, emploi, fourniture de produits et mécénat de compétences. Mais à l'origine, en 2015, notre idée initiale était juste de structurer la recherche des dons de produits. Il existe bien entendu des accords de ce genre au niveau national, mais il y a très peu d'exemples de bénévoles chargés d'assumer cette fonction au niveau d'une communauté. A Vénissieux, nous avons initié des partenariats avec des enseignes comme Leroy Merlin ou But. Cette première démarche nous a donné une nouvelle visibilité auprès des entreprises du territoire. Elles m'ont identifié comme interlocuteur et m'ont sollicité pour organiser du « team building intelligent » au sein de notre communauté, dans le cadre de Journées Solidaires.

Quel bénéfice tirez-vous de ces opérations ?

C'est tout d'abord valorisant pour nos compagnons, qui sont heureux de constater que des gens s'intéressent à eux et à leur travail… Car le plus important ce n'est pas le travail que fournissent les salariés de ces entreprises aux côtés des compagnons, mais la relation humaine qui se crée. Le travail n'est qu'un prétexte pour favoriser la rencontre entre les uns et les autres. D'autant que de cette relation découle un deuxième bénéficie pour nous, puisque les salariés qui viennent participer à ces journées deviennent un peu nos ambassadeurs auprès de leur entourage, familial ou professionnel. C'est essentiel, car la communauté a besoin de dons pour vivre, mais aussi d'attirer des acheteurs dans nos magasins.

Quelle est la part de ces achats dans votre budget ?

100 % ! L'intégralité de notre budget repose sur les ventes que nous réalisons dans nos magasins de Vénissieux, Lyon et Villeurbanne. Cela représente 2,5 M€ de chiffre d'affaires, qui sont employés pour assumer nos deux missions : l'accueil inconditionnel de personnes en difficultés et la solidarité locale et internationale. A Vénissieux, nous hébergeons 90 compagnes et compagnons de 27 nationalités, que nous logeons, nourrissons, et auxquels nous assurons un pécule de 350 € par mois, en échange de 40 heures de travail hebdomadaire. Par ailleurs, nous leur donnons des cours de français pour qu'ils soient en mesure de bien s'intégrer sur le territoire.

Qu'est-ce que les entreprises pourraient vous apporter de plus à l'avenir ?

Le sujet sur lequel je les attends c'est celui de l'emploi. A la communauté nous avons beaucoup de jeunes et nous ne voulons pas leur proposer comme seul projet de vie de rester des compagnons d'Emmaüs à tout jamais. Dans les faits ils peuvent le faire. L'abbé Pierre a voulu que l'on puisse être « compagnon pour un jour ou pour toujours » et nous avons d'ailleurs actuellement 6 retraités parmi nous. Mais nous devons aider nos compagnons à se reconstruire, à se réinsérer dans la société et à fonder une famille.

Les entreprises qui vous accompagnent ont elles entendu le message ?

Les choses se mettent en place petit à petit. A l'image d'Engie, de Maia Sonnier, de Gruau, de Byblos… elles sont attentives à notre démarche et sont prêtes à jouer le jeu. De notre côté, nous avons structuré notre parcours pour l'accès à l'emploi, en créant une commission devant laquelle doit se présenter un compagnon qui porte un projet. Nous l'aidons alors à préparer un CV, puis à formaliser son projet en l'orientant vers notre banque d'emplois ou vers une formation.

Au-delà de celles que vous citiez il y a un instant, est-ce qu'il se dégage un profil type des entreprises qui vous soutiennent ?

Non, il peut aussi bien s'agir de grandes entreprises comme EDF, le Crédit Agricole, Sanofi, Seb, Bayer… que de PME comme le cabinet Lamy Lexel, l'agence Keller Williams de Lyon, Opteven, L'Auxiliaire…

Emmaüs en bref

Emmaüs compte 117 communautés en France, qui hébergent 4 400 compagnons dont 60 % de sans papiers. Quelque 5 060 salariés, dont 1 460 en insertion, et 8 600 bénévoles travaillent pour Emmaüs.

A Vénissieux la communauté Emmaüs Lyon héberge 90 compagnes et compagnons de 27 nationalités et s'appuie sur le travail de 130 bénévoles et 8 salariés. Elle dispose de 56 chambres sur site, auxquelles s'ajoutent 26 T1 et T2 à proximité immédiate de la communauté. Elle propose également 4 chambres d'urgence pour offrir des solutions de court terme aux SDF : douche, repas, mise en sécurité

EDF : la solidarité dans l'ADN de l'entreprise

Naturellement sensibilisé aux causes solidaires, l'acteur historique de la fourniture d'énergie électrique dans l'Hexagone déploie une action solidaire multiformes sur la thématique insertion / inclusion.

« Chez EDF, Il y a une véritable culture sociétale dans l'entreprise », rappellent Christelle Champion et Dominique Asselot, en charge de la RSE chez EDF SA Auvergne-Rhône-Alpes. Du Téléthon, imaginé par un salarié EDF, à Électriciens Sans Frontières, qui a vu le jour il y a plus de 30 ans, en passant par la création de la FIR (Force d'Intervention Rapide) au moment de la tempête qui avait balayé la côte atlantique en 1999, l'entreprise et ses salariés ont toujours répondu présent sur les grandes problématiques de solidarité.

Bien avant que la RSE soit formalisée, EDF s'est donc est positionné sur l'ensemble des sujets qui la composent, même si la démarche n'avait pas été conceptualisée comme elle l'est aujourd'hui. « C'est dans notre ADN, insistent-ils. Mais c'est aussi une façon de répondre aux attentes de nos salariés, notamment les plus jeunes, qui nous ont massivement rejoint ces dernières années et chez qui la quête de sens dans le travail quotidien n'est pas un vain mot. »

Engagé désormais auprès de plusieurs acteurs œuvrant sur le terrain de la solidarité, d'Emmaüs aux Escales solidaires, en passant par L'École de la deuxième chance, EDF a décidé de focaliser ses efforts sur l'axe insertion / inclusion. « Nous avons défini 4 thèmes sur lesquels nous essayons de fédérer les différentes entités de la région : insertion par les achats responsables, accompagnement ou parrainage de personnes bénéficiaires du RSA ou de décrocheurs de l'Education nationale, accompagnement des personnes handicapées avec des achats auprès des entités spécialisées, soutien aux jeunes issus des quartiers défavorisés pour éviter le décrochage scolaire », indiquent Christelle Champion et Dominique Asselot.

Concrètement, sur la thématique des achats responsables, EDF a ainsi demandé que 5 % des heures travaillées de ses fournisseurs soient réservées à des personnes en insertion professionnelle. « En 2016 et 2017, nous avons fait 145 000 heures d'insertion dans ce cadre-là, soulignent-ils. Pour l'accompagnement de bénéficiaires du RSA ou de décrocheurs de l'Education nationale, nous sommes impliqués dans la démarche « 100 chances 100 emplois », créée par Schneider et que nous essayons de développer sur le territoire. De même, nous avons décidé que 10 % des 500 apprentis que nous faisons rentrer chaque année pourraient être issus de ces profils atypiques. »

Cette année, Christelle Champion et Dominique Asselot souhaitent étendre leur action sur un autre domaine qui leur semble primordial : « Tout devient numérique et des personnes qui sont déjà exclues vont l'être encore davantage si nous n'agissons pas pour réduire la fracture qui se creuse à ce niveau. »

Autant d'initiatives et d'engagements résolument solidaires et tournés vers les autres. « Ce n'est pas dénué d'intérêt pour l'entreprise non plus, ajoutent-ils enfin. Car nous partons du principe qu'une entreprise ne gagne pas sur un territoire qui perd. Une vision des choses que nous partageons avec d'autres grandes entreprises comme Michelin, Engie, Danone… »

L'Auxiliaire décline la solidarité sur tous les fronts

Pour la troisième année consécutive, L'Auxiliaire invitera ses salariés à participer à des Journées Solidaires en 2019. Une formule élargie cette année aux problématiques environnementale et animale.

A L'Auxiliaire, tout est parti d'un projet interne baptisé Déclic. « Nous voulions faire remonter à la surface des projets venant des collaborateurs et portant sur divers sujets. C'est ainsi que nous avons trouvé l'idée des Journées solidaires, qui s'est finalement concrétisée en 2017 », racontent Florence Giraudet, responsable marketing communication, et Carole Vandra, chargée de missions marketing. Résultat, pour la troisième année consécutive, les équipes de cet assureur lyonnais tourné vers les entreprises du BTP se mobiliseront au profit d'associations comme Les Petites cantines et L'école de la deuxième chance. Une mobilisation qui n'est pas anodine, puisque les participants de ces Journées Solidaires prennent sur leurs congés.

« La première année, un total de 29 journées ont été données par les salariés. Certains ont pris 2, voire 3 jours, pour participer à toutes les sessions », indiquent-elles. Pour cette première année d'engagement au service des autres, L'Auxiliaire avait déterminé trois associations bénéficiaires : Emmaüs, Les Petites Cantines et L'école de la deuxième chance.
« La deuxième année, nous avons également intégré Odynéo, qui se penche sur le bien être des personnes en situation de handicap et sur celui de leurs proches. Au total, nous avons mobilisé 35 personnes, sur les 170 qui travaillent au siège. »

Cette année, deux nouvelles structures viendront compléter l'offre proposée aux salariés de L ‘Auxiliaire : la Frapna et L'association des guides de chiens d'aveugles. « La dimension écologique et la dimension contact avec les animaux étaient très demandées par nos équipes. Cela devrait générer des demandes encore plus nombreuses », estiment Florence Giraudet et Carole Vandra.

Désormais bien réglé, le processus d'inscription est lancé chaque début d'année à l'occasion d'un petit déjeuner organisé dans les locaux de l'entreprise. « Nous présentons le programme à nos collègues et les associations avec lesquelles nous sommes susceptibles de travailler. Les inscriptions courent jusqu'à la fin du mois de janvier et ensuite nous prenons contact avec les associations pour bloquer une date et préparer l'intervention de nos équipes », ajoutent-elles.

Pour Florence Giraudet, la grande diversité des participants n'est pas la moindre des satisfactions. « Nous arrivons vraiment à intéresser tous les niveaux de collaborateurs et toutes les fonctions, y compris des managers, puisque notre directeur général adjoint Gilles Martin a participé aux éditions 2017 et 2018 », souligne-t-elle. Avant de conclure : « De toute façon, pour que des opérations de ce type soit viables, il est impératif d'avoir le soutien de la direction. »

Christophe Dutel, responsable Pôle Communication & RSE Crédit Agricole Centre-Est : « L'engagement solidaire fait partie de notre histoire »

Pourquoi le Crédit Agricole a-t-il décidé de s'impliquer dans des actions solidaires ?

Tout simplement parce que cela fait partie de notre histoire. Nous venons d'ailleurs d'éditer un ouvrage intitulé : « La joie d'être mécène », qui raconte 25 ans de mécénat. Nous sommes une banque coopérative, une banque mutualiste, étroitement liée à son territoire et depuis toujours attachée à son développement. Notre propre pérennité passe par celle de nos clients, d'où notre engagement auprès des entreprises, mais aussi auprès des associations qui aident les plus démunis. J'insiste d'ailleurs sur le mot engagement, car nous ne sommes pas seulement impliqués dans des actions solidaires, mais réellement engagés.

Au-delà du soutien à l'économie de votre territoire, que retirez-vous de cette politique solidaire ?

Pour nos salariés c'est un élément de fierté. Je reviens sur la notion de proximité, car elle est essentielle : nos salariés sont proches géographiquement, mais aussi « relationnellement », de ceux qui habitent le même territoire qu'eux. D'ailleurs au-delà des actions que nous menons à travers la banque, leur engagement dans des associations locales est très important

Pas d'insertion sans logement décent

Clé d'entrée indispensable à une bonne insertion dans la société, le logement des plus démunis est au cœur des missions d'Habitat et Humanisme.

Confronté à des difficultés pour trouver un logement aux compagnons qui veulent quitter la communauté, Emmaüs Lyon a fait appel à Habitat et Humanisme pour trouver des solutions immédiates à des tarifs raisonnables. Une sollicitation à laquelle la structure créée par le père Bernard Devert a répondu, proposant d'inclure un service d'accompagnement global pour ces nouveaux locataires. Totalement pris en charge et encadré chez Emmaüs, ils doivent en effet apprendre comment se comporter vis-à-vis de leurs voisins, comment gérer leur budget… Habitat et Humanisme propose de réserver 5 logements par an aux compagnons en cours de réinsertion dans la société. Une convention sera signée entre les deux structures dans le courant du mois de janvier pour officialiser cet accord.

Dans le même temps, Emmaüs Lyon travaille depuis octobre 2016 à un projet de création d'une nouvelle communauté dans l'Ouest de la capitale des Gaules. Pour parvenir à mener à bien ce projet, les équipes basées à Vénissieux sont en recherche d'un foncier de 3 à 4 000 m2, ou d'un local totalisant 2 000 m2 et d'un vaste parking. « Ce sont des conditions qui nous permettraient d'installer un atelier de tri, un espace de vente. Et bien entendu, nous pourrions créer des hébergements au-dessus », indique Emmaüs Lyon.




Jacques DONNAY
Journaliste

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