Fermer la publicité
Journal d'annonces légales et d'informations économiques pour le département du Rhône

Amour, meurtre, et beauté

le - - Spectacle vivant

Amour, meurtre, et beauté
©Stofleth (Opéra de Lyon - mai 2018) - Stéphane Degout (le roi) et Gyula Orendt (Gaveston)

L'opéra composé par le britannique Georges Benjamin (né en 1960) écrit avec Martin Crimp, pour cette commande de coproduction lyonnaise internationale*, s'inspire de la pièce Edouard II de Christopher Marlowe (1593), un contemporain de William Shakespeare, et parle à notre siècle. A voir sans faute jusqu'au 26 mai à l'opéra de Lyon.

Martin Crimp nous explique (en 2019) qu'il a édulcoré quelques passages particulièrement sadiques du XVI è siècle, notamment le meurtre du roi. Pas par pudibonderie politiquement correcte, mais pour rendre ces passages plus "métaphysiques". Un côté irréel rendu par les ralentis de déplacement des personnages, comme une parenthèse presque dansée. Crimp et Benjamin ont ajouté le personnage au chat, belle trouvaille, dont il est fait mention au XVIè siècle, mais qui n'est pas présent dans la pièce de Marlowe.

Violence, lâcheté, trahison, meurtre, sadisme... A côté de cela, l'alcoolisme désespéré de la reine Isabelle, premier rôle féminin de la pièce (Georgia Jarman), semble être une petite manie bien anodine.

Seuls le roi (Stéphane Degout), homosexuel amoureux et victime, ainsi que ses enfants, pourraient "presque"' être repêchés de cette fange humaine. Seuls l'amour, même un tantinet sado-maso, entre les deux hommes, et l'amour paternel du roi envers ses enfants, semblent sincères dans ce naufrage d'humanité.

Le pouvoir se joue aussi dans les alcôves et les amours adultérines, et comme de tout temps, le pouvoir ne se demande pas, il se prend. L' homophobie destructrice de Mortimer (Peter Hoare) parle aussi à notre époque. La musique de Benjamin (dirigée par Alexander Bloch) ne manque pas de lyrisme, servie par une distribution particulièrement émouvante des six principaux personnages, jusqu'au rôle muet de la fille du roi (Ocean Barrington-Cook).

Le moins que l'on puisse dire, c'est que Lessons in love and violence ne laisse pas indifférent, et la mise en scène de Katie Mitchell sert impeccablement le propos, en conférant une contemporanéité qui saute "à la gorge" du spectateur, pas seulement par la présence (discrète) du téléphone mobile, des somptueux costumes et décors de Vicki Mortimer.

On ne peut pas s'empêcher de penser à quelques dirigeants autocratiques de notre monde actuel, à la façon dont ils ont conquis leur pouvoir, et aux moyens avec lesquels l'exercent. On ne peut pas s'empêcher non plus de penser aux gilets jaunes lorsque le peuple miséreux fait irruption sur la scène face à une reine richissime, dont une seule de ses perles pourrait payer "à chacun une maison de 14 pièces".

Mais, comme rien n'est manichéen chez Benjamin, la reine leur retourne une leçon cruellement et cyniquement illustrée (scène de l'acide), sur le mode 'L'argent ne fait pas le bonheur" (dans son cas, on ne peut pas mieux dire...), mais elle leur assène aussi : "N'insultez pas la musique !"

Est-ce que c'est elle ? La musique, qui pourrait contribuer à sauver la misère de ce monde ? En tous cas elle est une planche de salut pour cette reine aux abois . Et pour nous ? Une question que nous pose, en beauté, l'opéra de Benjamin.

*Création, commande et coproduction de l'Opera de Lyon, Covent Garden de Londres, l'Opéra d'Amsterdam, le Staatsoper de Hambourg, l'Opéra de Chicago, le Liceu de Barcelone et le Teatro Real de Madrid.

© Stofleth (Opéra de Lyon - mai 2018)




Ses derniers articles

Abonnez-vous à l'offre Papier + Numérique

Le Tout Lyon Journal d'annonces légales et d'informations économiques pour le département du Rhône

  • ›   Pour plus de contenu, papier + web
  • ›   l’accès aux annonces légales,
  • ›   l’accès aux ventes aux enchères.
Je m'abonne

À lire également


Réagir à cet article

Message déjà envoyé Adresse e-mail non valide


Fermer
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies et de technologies similaires par notre société ainsi que par des tiers, afin de réaliser des statistiques d'audiences et de vous proposer des services éditoriaux et la possibilité de partager des contenus sur des réseaux sociaux. En savoir plus / paramétrer