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INTERVIEW Séverine Girardon, nouvelle présidente des Notaires du Rhône : "Remettre de l’humain au cœur du notariat !"

Présidente de la chambre des notaires du Rhône depuis le 24 juin et pour deux ans, Séverine Girardon est la troisième femme présidente de la chambre du Rhône. Elle a débuté comme notaire salariée en 2003 à Tarare, où elle est aujourd’hui notaire associée au sein de l’étude Thivel. Rencontre.
Séverine Girardon, nouvelle présidente des Notaires du Rhône : "Remettre de l’humain au cœur du notariat !"
© Notaires du Rhône - Séverine Girardon

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Séverine Girardon, quels dossiers prioritaires mettez-vous sur votre bureau pour les deux ans qui viennent ?

D’abord, l’humain. Le Rhône compte 551 notaires dans 196 études, 76 installations ont eu lieu depuis 2016. Nous étions environ 200 lorsque j’ai commencé il y a une vingtaine d’années, nous nous connaissions tous lors des assemblées générales, ce n’est plus le cas, il nous faut porter des badges pour nous identifier !

Je vais relancer la commission festivités pour un meilleur partage des expériences entre les notaires historiques et les créateurs récemment installés. Même chose avec les collaborateurs, on entend dire parfois que clerc de notaire est l’un des pires jobs, c’est faux et ce n’est pas ce que nous vivons je crois au quotidien. Nous voulons organiser des Olympiades des notaires au printemps prochain. Quand les relations peuvent être tendues sur un dossier, se connaître hors contexte facilite toujours le travail.

Autre sujet : la fusion des chambres départementales de la cour d’appel de Lyon, qui compte 865 notaires. Il n’y aura pas d’économie d’échelle sur le nombre de salariés permanents. 

Ensuite, le numérique. Notre commission numérique interdépartementale travaille activement sur l’outil, nous souhaitons acquérir une indépendance informatique par rapport à nos SSII (Société de Services et d'Ingénierie en Informatique), qui ne nous donnent pas satisfaction. C’est un problème national, nous n’avons qu’un logiciel, ce n’est pas normal.

Autre sujet : la fusion des chambres départementales de la cour d’appel de Lyon, qui compte 865 notaires. Il n’y aura pas d’économie d’échelle sur le nombre de salariés permanents. Il faudra un site régional unique et des antennes pour conserver la proximité. Les locaux départementaux sont utiles aux notaires. On ne va pas supprimer physiquement tous les lieux.

"Il nous faut faire connaître nos métiers"

Quelle est votre conception du notariat ?

Ma conception du notaire est traditionnelle mais en étant ancré dans son temps, avec deux caractéristiques fortes, le respect de la déontologie, et le respect de la confraternité. Et puis, surtout nous devons remettre le client au centre de tout, avec des relations humaines, tout autant qu’avec les collaborateurs et entre confrères et consoeurs. 

Comme d’autres professions, nous avons des problèmes de recrutement. En France : en 2008, on comptait 50000 collaborateurs dans les études, plus de 65000 aujourd’hui (600 dans le Rhône, 2600 en 2021). A court terme, les études offrent la possibilité de 5000 emplois en France, sur 2500 offres d’emplois actuellement en cours, les études françaises n’ont reçu que 500 candidatures.

Il nous faut faire connaître nos métiers à travers une campagne de communication que nous lancerons avec le conseil régional des notaires. Nous pouvons aussi favoriser la reconversion pour remplir les postes dans nos études par de la formation adaptée dans nos centres dédiés aux métiers du notariat.

© E.S.

"Un notaire pour 3500 habitants dans le Rhône"

Vous dites que la population des notaires a plus que doublé en 20 ans, mais la population générale du Rhône n’a pas doublé. Comment expliquez-vous le phénomène ?

On peut l’attribuer, au-delà des notaires « Macron » depuis 2016, et des nouvelles cartes d’installation, à un changement de mentalité où les jeunes installés veulent faire moins d’heures que les anciens qui faisaient parfois 70 heures par semaine. C’est une période que j’ai vécue en tant que jeune notaire, c’était exagéré. 

Ensuite les actes ont connu une inflation législative et une complexification : quand un acte ordinaire pouvait compter 10 pages, il en fera 45 aujourd’hui, avec tous les diagnostics d’un bien par exemple. 

La carte des installations au national, ce sont 250 nouveaux notaires d’ici à 2023, selon le dernier arrêté : on intégrera les nouveaux sans problème, les permanents sont à leur disposition. On a une action envers les jeunes notaires, et une chambre des notaires juniors. Notre département a la chance d’être dynamique. Seuls deux notaires n’ont pas réussi à pérenniser leur installation, sur 76 créations depuis 2016, début de la réforme loi croissance. Globalement tout le monde réussit à avoir suffisamment de travail dans son étude. Et nous avons une belle densité d’un notaire pour 3500 habitants dans le Rhône.

"Le Covid a désolennisé l’acte notarié"

Et l’interprofessionnalité ?

Dans une affaire un peu importante, avec une entreprise par exemple, il ne me viendrait pas à l’idée de ne pas contacter l’avocat ou l’expert-comptable d’un client… Mais nous avons des règles de tarifs et de déontologie différentes…

Nous avons de fréquents échanges avec nos homologues Odile Dubreuil (Ndlr : présidente conseil régional des experts comptables) et Serge Deygas (bâtonnier barreau de Lyon). Nous avons décidé de dépoussiérer les statuts de la commission mixte paritaire. L’un des présidents des trois ordres pourra signaler à un autre un problème concernant un membre d’un autre ordre.

Que reste-t-il des pratiques en distanciel due à la crise Covid ?

Le Covid a changé les mentalités et les pratiques, je n’en tire que du positif, mais ce qui va me gêner, c’est que vendeur et acquéreur vont se désintéresser un peu de l’acte. Les gens veulent gagner du temps, c’est normal, le notaire est là pour ça, parfois on ne sait pas toujours comment intervient la remise des clés. Dans ces actes-là, les notaires vont être deux fois plus vigilants entre eux, a fortiori en visio-confrérence.

On peut juste regretter que le client ne vienne plus à l’étude, on aime le contact, prendre un café et échanger… Ce qui est un peu gênant, c’est de « dévaloriser » l’acte. Du coup, le notaire est encore plus central pour « sécuriser » achat, vente, succession, donations-partages etc. qui plus est à distance.

Toutefois, le distanciel et le numérique nous ont peut-être permis d’absorber l’augmentation du volume annuel de ventes, 1 155 000 en France au second trimestre 2021 après 1 080 000 à fin mars de la même année… On a réduit nos déplacements, mais le gain de productivité est relatif car pour les collaborateurs c’est un stress supplémentaire de gérer la technique, la sécurisation des liens, de guider des clients pas toujours aguerris à la technologie, parfois une connexion compliquée.

En chiffres

Cour d'Appel de Lyon (Ain + Rhône + Loire) : 865 notaires.

Ain : 1500, 3 salariés permanents à la chambre, Loire, 1500 collab., 2 salariés à la chambre ; Rhône, 2600 salariés collaborateurs dans les études, 5 salariés à la chambre.

Conseil régional des notaires, 8 salariés permanents.

 

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