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Serge Merlin : le désenchanté

Serge Merlin est, et restera, une énigme.

ActualitéSociété Publié le ,

L’aborder demande patience et constance. Le contact noué, il n’est qu’attention et gentillesse. Mais conserver le fil de la conversation exige de l’empathie. Une forme de respect aussi pour cet immense acteur qui a travaillé avec Patrice Chéreau, Matthias Langhoff ou encore André Engel, à l’affiche d’une quarantaine de spectacles et d’une vingtaine de films ou téléfilms. Un artiste inconnu du grand public avant son rôle dans Le Fabuleux destin d’Amélie Poulain de Jeunet où il incarne le rôle du peintre atteint de la maladie des os de verre. Au gré d’une mémoire capricieuse, le comédien, qui vient de franchir le cap des 81 ans, livre sa vie par brides, fragments isolés qu’il faut reconstituer comme un puzzle. Ses souvenirs l’entrainent en Afrique où l’enfant, abandonné, a vécu avec les pères blancs qui le forment à la rigueur et au chant grégorien. « Je chantais à la messe. On venait de très loin pour entendre ma voix de soprano ». Seulement le petit garçon du fond de la classe à qui on ne demande jamais rien, « très seul, toujours rejeté, en perdition », n’aimait pas travailler. C’est là, aux confins du désert, qu’un jour, hissé sur les épaules d’un religieux, il aperçoit une petite fille en tutu montée sur un escabeau, dansant au son d’un violon joué par un gitan. L’évanouissement. « Mon corps n’arrivait pas à supporter le choc que je venais de subir ». Et lorsqu’il découvre la matière théâtrale, avec le songe d’Athalie, un texte de Jean Racine, son corps cède à nouveau. Après la guerre, il déserte l’Afrique. Seul. « J’étais un pitre qui ne savait rien faire ». Le hasard, une rencontre avec Graham Green, et la nécessité, manger, le conduit sur scène. « Green buvait autant que moi. Mais comme je buvais depuis l’âge de 7 ans, je n’étais jamais ivre. Je quittais la Coupole à 5/6 h du matin. Je menais une vie précaire, sordide ». Il découvre le théâtre avec En attendant Godot de Beckett, qu’il rencontre à l’âge de 16 ans. Il attendra pourtant d’en avoir 60 pour jouer cette pièce, dans une mise en scène de Luc Bondy. Entre-temps, il triomphe dans le Off d’Avignon en 1975, avec Le Dépeupleur, un texte peu connu de Beckett qu’il jouait seul à la lumière de la bougie. Autre rencontre importante, l’oeuvre « rugueuse et musclée » de Thomas Bernhard, un autre désenchanté de la vie, « un homme rare qui rit de tout d’une façon désolante, ténébreuse, croassante ». Tout aussi essentiel, Matthias Langhoff qui lance sa « carrière » et avec lequel il va jouer dans sept spectacles, notamment Le Roi Lear de Shakespeare en 1986. « Cet homme m’a élu, m’a tout donné » …/…


Lire la suite dans le Tout Lyon Affiches n° 5083 du samedi 11 janvier 2014 …

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