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Serge Deygas/Joëlle Forest-Chalvin : « Nous défendons le justiciable, la société et la démocratie »

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Serge Deygas/Joëlle Forest-Chalvin : « Nous défendons le justiciable, la société et la démocratie »
© J.T. - Serge Deygas, bâtonnier et Jöelle Forest-Chalvin, vice-bâtonnière du barreau de Lyon

Serge Deygas (spécialiste en droit public) et Joëlle Forest-Chalvin (spécialiste en droit de la famille) débuteront officiellement leurs mandats respectifs de bâtonnier et vice-bâtonnier du barreau de Lyon, le 1er janvier 2020 et ce, pour les deux prochaines années. Un duo qui ambitionne de répondre aux enjeux qui animent la profession. Entre autre : le numérique, les nouvelles manières de travailler ou encore l'accès du droit pour le plus grand nombre.

Les motivations qui vous ont conduits à vous présenter ?

Serge Deygas : il s'agit d'abord de m'inscrire dans un collectif. J'étais membre du conseil de l'Ordre il y a une quinzaine d'année et étais présent aussi dans plusieurs commissions. J'ai souhaité me présenter tandis que la profession est entrée dans une période charnière, avec de nouveaux défis autour du numérique et des nouvelles façon de travailler face à une concurrence importante. Je voulais apporter ma pierre à l'édifice.
Joëlle Forest-Chalvin : j'ai effectué 15 ans de collaboration libérale avant de créer ma propre structure. Je me suis aperçue que notre profession se métamorphosait : nous sommes de plus en plus nombreux, la relation avec les magistrats a perdu de sa proximité. Nous ne sommes plus autant dans la transmission qu'avant. Il me semblait intéressant de valoriser et de défendre ma profession dans son positionnement et garante de la démocratie qui rende accessible le droit au plus grand nombre. C'est aussi un moyen de porter la parole des mes confrères.

Comment envisagez-vous ce duo ?

S.D : on l'envisage comme un travail en commun. Les rôles entre le bâtonnier et le vice-bâtonnier sont clairement établis par la loi mais ce travail à deux me semble nécessaire pour appréhender ensemble des sujets difficiles et éviter de commettre des erreurs. Joëlle s'occupera plutôt des questions relatives au droit civil tandis que je me positionnerais sur les compétences régaliennes. Mais nous fonctionnerons toujours en harmonie. C'est un mode opératoire assez nouveau à l'Ordre puisque le premier « duo » de bâtonniers remonte à l'époque de Philippe Meysonnier et Frédérique Paoli en 2012. Il aura fallu attendre notre élection pour remettre au goût du jour ce fonctionnement, devenu indispensable, au regard de la taille des notre barreaux (3 500 membres).
J. F-C. : Je m'inscris pleinement dans les propos de Serge Deygas. De plus, nous nous connaissons bien ce qui devrait faciliter notre fonctionnement.

Quels sont les enjeux de la profession et comment allez-vous y répondre durant votre mandat ?

S.D. : il y a la nécessité de prendre ce virage qui concerne les nouveaux exercices du droit : s'approprier l'outil numérique, répondre à la concurrence posée par les legaltech et modifier l'image de l'avocat. Dans l'esprit du public, ce dernier apparaît comme un ténor barreau. Il doit être considéré comme un professionnel qui accompagne les gens et les entreprises dans leurs problématique et projets du quotidien. L'avocat doit être en cela un facilitateur. Le règlement amiable est l'un de nos chevaux de bataille de notre mandat. Il faut poursuivre ce travail entamé depuis plusieurs années sur Lyon.
J. F-C. : la justice, et ce n'est pas nouveau, reste difficile à rendre dans des temps acceptables pour le côté judiciaire. A Lyon, certaines chambres de tribunaux sont saturées (immobilier, social, famille) et ont du mal à donner des dates d'audience, car le nombre de contentieux augmente, les postes de magistrats ne sont pas tous pourvus. L'amiable est une solution qui incarne la force exécutoire d'un jugement rendu plus rapidement. La demande est forte aussi sur le volet juridique.

Quelles sont vos relations avec le Conseil national des barreaux (CNB) et le ministère de la Justice ?

S.D. : le Conseil national des barreaux nous représente pleinement. Nous avons au sein de notre barreau des élus et certains sont aussi membres du conseil de l'ordre. La courroie de transmission est efficace. Le barreau de Lyon est le deuxième de France, il a donc son mot à dire sur certains sujets ! Le bâtonnier est donc entendu mais la représentation politique du barreau reste une prérogative du CNB. Nous restons force de proposition.

L'incubateur du barreau de Lyon est un moyen de répondre aux enjeux de digitalisation de la profession et à la concurrence des legaltechs. Comment allez-vous le développer ?

S.D. : c'est notre volonté que de poursuivre le développement de la commission innovation qui anime et développe cet incubateur. C'était une volonté affichée lors de notre campagne. Nous allons travailler et renforcer les partenariats avec l'emlyon business school qui nous accompagne pour faire émerger d'autres projets après les 9 qui ont déjà vu le jour. C'est un levier de rayonnement du barreau dans la cité et même au-delà. Avec l'idée de montrer que les avocats se modernisent et qu'ils vont vers les besoins des usagers et des justiciables.
J. F-C. : notre profession est réglementée et incarnée par la déontologie. Deux valeurs ajoutées qui sont une force dans notre volonté d'innover. En cela, notre barreau doit motiver nos membres et d'autres territoires à prendre ce virage du numérique pour s'ouvrir de nouvelles perspectives dans le développement de notre profession.

De quelle manière vivez-vous l'interprofession ?

S.D. : ce n'est pas un sujet tout à fait neuf. Les premiers projets sur Lyon datent du début des années 90. Aujourd'hui, la loi a évolué et permet de concevoir des structures professionnelles intégrées. A Lyon, elles existent, sont puissantes et fonctionnent bien. Nous sommes bien sûr tiraillés entre deux idées : celle de préserver l'identité de l'avocat, la déontologie et les garanties que l'on offre au justiciable. C'est notre force. De l'autre, il faut bien avouer que les besoins du public tendent vers un accès unique à un professionnel capable de répondre à ses préoccupations. Il faut trouver un équilibre. Nous tenons beaucoup à préserver notre système d'autorégulation.
J. F-C. : je partage l'avis de Serge Deygas. Il ne faut pas rejeter l'interprofessionnalité. Chacun doit garder son périmètre du droit et c'est là que l'Ordre retrouve tient tout son rôle. Par le biais de visites chez nos confrères par exemple, nous vérifions que l'interprofession se déploie dans le strict respect de notre profession.

La profession d'avocat a subi de nombreuses réformes ces dernières années. De quelle manière est-elle considérée aujourd'hui ?

S.D. : Nous considérons que le profession n'est pas bien traitée et cela depuis de nombreuses années et que l'avocat n'a pas toute la place qu'il devrait avoir dans une démocratie moderne comme la nôtre. La loi de Programmation de la justice nous a montrés que l'avis des avocats n'était pas la priorité par rapport à l'expertise des praticiens de la haute fonction publique.
J. F-C. : l'avocat garde chevillé au corps les libertés publiques, le droit de la défense et l'accès au droit. Les réformes ne vont pas dans ce sens. Les avocats ont travaillé à l'occasion de cette réforme mais n'ont pas été écoutés. Nous avons par exemple formé des groupes de travail au niveau de la loi Pacte et sur la question de l'avocat en entreprise. Nous ne sommes pas dans le rejet de la réinvention mais nous gardons en tête cette notion des libertés publiques.
On nous reproche au niveau du ministère de la Justice de ne pas savoir nous remettre en question. C'est faux. Nous ne sommes pas des notables qui seraient assis sur un tas d'or. Nous devons montrer l'image de ce qu'est véritablement notre profession : inventive et au plus proche du terrain. Nous ne défendons pas un esprit corporatiste mais bel et bien le justiciable, la société et la démocratie.

Justement, quelle est la place des libertés publiques dans notre société ?

S.D. : nous avons le projet d'élargir justement la commission sur les droits de l'Homme aux libertés publiques. Il faut s'intéresser de très près à ce qui se passe dans notre société où la liberté recule. C'est notre sentiment. Si nous ne la défendons, personne ne le fera. Nous devons donc promouvoir les libertés publiques pour lutter contre toute forme de discriminations.
J.F-C. : notre Ordre possède de nouveaux locaux qu'il faut encore plus ouvrir aux justiciables. L'accès au droit c'est le fil rouge du barreau, depuis le bâtonnat de Myriam Picot (2010-2011) qui a mis en place « Les mercredis j'en parle à mon avocat » (Ndlr : Consultations gratuites pour les mineurs). Le bus du droit mis en place également nous permet de mailler le territoire pour aller à la rencontre des justiciables.

Cette semaine, de nouveaux avocats ont prêté serment à Lyon. Comment se porte la formation. Est-elle de nature à régénérer le barreau ?

S.D. : il y a un renouvellement naturel puisque notre profession n'est pas régie par un numerus closus. Chaque année, nous rencensons en moyenne entre 100 et 150 nouveaux avocats qui s'installent au sein de notre juridiction. Notons cette année quand même un chiffre en baisse (90) en raison d'une réforme de l'examen qui a limité de fait les impétrants au sein de cette nouvelle promotion. Il y a donc du sang neuf qui arrive et il faut pouvoir les accueillir dans leur métier. Au-delà de l'installation, il faut qu'ils fassent vivre les cabinets. Nous faisons en sorte que la formation via l'Ecole des avocats de Rhône-Alpes (EDARA) puisse être adaptée aux nouveaux besoins de la profession. Ce que l'on attend d'un avocat ce n'est pas seulement d'être un technicien du droit mais qu'il puisse appréhender un peu mieux les lois de l'économie, du management, de la communication et des ressources humaines.
J.F-C. : nous souhaiterions aussi recréer un lien entre les avocats partants et les nouveaux arrivants pour assurer une passation de savoir-faire et de clientèle. Une forme de compagnonnage qu'il faut retrouver car on se rend compte que certains jeunes avocats éprouvent des difficultés à pérenniser leurs activités.




Julien THIBERT
Journaliste

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