AccueilCollectivitésSécheresses / Denis Tessier : "Nous sommes inquiets pour l'avenir "

Sécheresses / Denis Tessier : "Nous sommes inquiets pour l'avenir "

Alors que Suez pourrait passer à terme sous contrôle de Véolia après l'annonce de ce dernier dimanche 30 août de racheter 29,9% de son capital, Denis Tessier, directeur régional de Suez en charge de l'eau, fait le point sur la gestion très concrète dans son réseau.
Sécheresses / Denis Tessier :
DR - Denis Tessier

Collectivités Publié le ,

Vous évoquez une situation de sécheresse dans la région, qu'en est il ?

L'Est de de la France comporte les territoires les plus touchés, parmi eux, la région Auvergne-Rhône-Alpes connaît de nombreuses alertes sécheresse. Nous gérons le court terme, et il n'y a pas de problème d'arrivée d'eau sur les réseaux dont nous avons la responsabilité, mais nous sommes plus inquiets sur le long terme. Les territoires de l'Ouest de l'Ain, de l'Allier ou du Cantal manquent d'eau, viennent ensuite la Loire, le Rhône et l'Ardèche. Le réchauffement climatique a clairement un impact sur le manque de précipitations, le niveau du Rhône à la baisse chaque année, en atteste. (Ndlr : Entre autres territoires de la région Aura, Les nappes souterraines de l'Est lyonnais, du Nord-Isère et jusqu'à la rivière Isère, ont été placés en alerte par les autorités préfectorales fin août*. Les différents niveaux d'alertes selon les territoires touchés s'assortissent d'interdiction et de restrictions : cela va du lavage des voitures à la réduction de 30% des prélèvements pour arrosages agricoles… ).

Quelles solutions du côté de Suez pour limiter l'impact des sécheresses ?

Comme vous le savez, nous gérons l'ensemble du cycle de l'eau, du prélèvement-captage à l'assainissement en passant par la distribution. Du côté des usagers, on constate depuis plusieurs années, une baisse constante de la consommation entre 1 et 2% chaque année, dû à l'impact de la sensibilisation, aux meilleures performances des appareils électroménagers, et à la maintenance en constant progrès de notre réseau télésurveillé.

Toutefois, la déperdition de l'eau par les fuites de réseau est importante partout dans le pays …

Vous avez raison, on évalue à 1 litre sur 5, le volume perdu entre la production d'eau potable et la distribution au client final. C'est pourquoi nous avons 13 000 km télé-surveillés sur 16000 dans nos réseaux. De plus, nous avons aujourd'hui 20% des compteurs en télé-relève en temps réel, vous pouvez sur votre téléphone via une appli être prévenu d'une fuite sur votre réseau individuel après compteur.

En luttant contre la consommation excessive, vous vendez moins d'eau ?

Effectivement, et notre unité de compte reste le m3 d'eau vendu, mais nos contrats de gestion pour les collectivités publiques comportent des dispositions en faveur de la diminution de la consommation, et ce sont des préoccupations environnementales que nous partageons. Ce n'est pas antinomique avec notre modèle économique. Par notre adaptabilité, nos services R&D, nous répondons à la demande du politique, qui garde la main sur le service public de l'eau. L'entreprise a 160 ans d'expérience, à nous d'être inventifs dans nos métiers, en avance sur les besoins et les tendances.

Dans votre activité, quelle est la part de l'assainissement ?

C'est à peu près équilibré entre la fourniture d'eau potable et l'assainissement d'eaux usées. Une tendance encore marginale (20 000 m3 chaque jour en France) tend à réutiliser les eaux usées non potables aux fins d'arrosage d'espaces verts, de lavages automobiles etc. Nous travaillons par exemple avec l'usine Loréal de Vichy pour réutiliser son eau traitée en circuit fermé.

Où en êtes-vous sur la méthanisation ?

Nous sommes pro-actifs sur le sujet et nous y croyons beaucoup, c'est une économie circulaire qui permet de produire de l'énergie d'origine renouvelable, du bio méthane, avec les boues des eaux usées. Nous travaillons pour la Métropole de Lyon (station Aqualyon), sur le site de la Feyssine à Villeurbanne, mais aussi à Roanne et bientôt à Clermont-Ferrand (méthanisation de déchets).

*Ndlr : Les pluies de l'automne 2019 ont permis de recharger partiellement les nappes phréatiques mais l'absence de pluie au cours du mois de mars 2020, d'avril puis fin mai ont induit des difficultés sur des ressources déjà fragilisées par plusieurs années successives de sécheresse . Depuis juin, il y a eu seulement quelques orages ne suffisant pas à une amélioration de la situation. La situation des nappes et des cours d'eau s'est effondrée en août à cause de la canicule, du vent et la quasi-absence de pluies. Une sécheresse automnale est à craindre.

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