AccueilActualitéGrand témoinSamuel Riblier, directeur général de Jazz à Vienne : "Être présents, quoi qu'il en coûte"

Samuel Riblier, directeur général de Jazz à Vienne : "Être présents, quoi qu'il en coûte"

Samuel Riblier, directeur général de Jazz à Vienne :

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Comment se porte votre budget ?

"Le budget voté en 2019 et 2020 est de 6 M€ pour l'Epic Jazz à Vienne. Il s'est réalisé, in fine, à 1 M€. Pour 2021, 6 M€ ont été votés. En revanche, le résultat final, pour cette année, reste un gros point d'interrogation. Avec toutes les modifications que nous opérons au rythme des restrictions sanitaires, des annulations et changement de programmation, nous avons dû élaborer des dizaines de budgets. Avoir de la visibilité reste très difficile.

C'est pourquoi, avec les élus, nous avons décidé de nous concentrer sur le Théâtre antique et avons annulé la scène de Cybèle. Même s'il n'y a pas eu de festival en 2020, l'Agglo, la Région et le Département ont maintenu leur subvention, conformément aux décisions nationales. Notre Théâtre accueille 7 500 personnes dont une majorité de places assises et l'esthétique musicale peut s'accommoder de concerts assis. On a donc décidé d'aller jusqu'au bout et d'être les derniers à annuler.

Dès l'annonce de notre programmation, le 6 avril, le retour du public a été revigorant, il a répondu présent en termes de billetterie mais également au travers de messages de soutien et d'encouragement. Cela nous a fait un bien fou. Quant aux ventes, les jauges étant diminuées, les concerts étaient complets et nous avons dû établir des listes d'attente. À l'heure actuelle, la billetterie est difficile à lire à cause des modifications de programmation et de ces listes d'attente."

Moins d'adhérents au Club des partenaires

À cause de ce manque de visibilité, allez-vous solliciter le soutien de l'Etat ?

"Oui, certainement. Il existe plusieurs dispositifs en cours qui prennent en compte les pertes d'exploitation et de billetterie des festivals. Les dossiers sont récents et Jazz à Vienne sera parmi les premiers festivals à solliciter ce soutien."

Où en sont les partenariats avec les entreprises ?

"Ils sont satisfaisants même s'il y a moins d'adhérents au Club des partenaires, car, pour les entreprises le pass sanitaire représente une entrave à l'invitation de leurs clients. En temps normal, l'espace entreprise accueillait entre 3 000 et 3 500 personnes, cette année, ce sera moitié moins. En 2021, nous avons aussi initié une politique de mécénat limitée à une dizaine d'entreprises."

Concerts sous pass sanitaire

Cette année hors normes vous a-t-elle conduit à créer des nouveautés ?

"En matière de billetterie, nous avons inauguré le pack intégral donnant accès aux 16 soirées et une centaine d'habitués en ont profité. Nous avons entièrement écoulé les packs 7 soirées, dont le nombre a été volontairement limité à 1 000, contraintes sanitaires obligent. Ce pack permet d'assister aux soirées, sans inscription préalable, même si les concerts sont complets. Un exercice particulier pour l'équipe de la billetterie, dont les estimations du nombre d'abonnés présents ne doivent pas dépasser la jauge. Jusqu'au 29 juin, elle est à 3 700 festivaliers et à partir du 30 juin la jauge passe à 5 600, car la distanciation d'un siège vide ne sera plus imposée."

Le couvre-feu a-t-il également été un problème ?

"Oui, jusqu'à sa levée le 16 juin, nous avions deux horaires différents de début et de fin du festival. Avec le président de l'Agglo, Thierry Kovacs, nous avions même écrit au Premier ministre pour demander sa levée, sans résultat, contrairement à Roland-Garros… Le public de Jazz à Vienne est testé avant d'entrer au Théâtre, alors pourquoi avoir refusé sa levée ?

Heureusement, la fin du couvre-feu avec 10 jours d'avance a été une excellente nouvelle. On est revenu aux horaires classiques : début des concerts à 20 h 30, ouverture des portes à 18 h 30. Quant au port du masque, c'est un autre paradoxe car le public aura son pass sanitaire et respectera la distanciation, une fois assis en plein air. Quant aux circulations, tout a été mis en place pour éviter les effets de foule."

"Nous nous adaptons aux circonstances au jour le jour"

Quel a été l'investissement financier pour ces mesures anti-covid ?

"J'ai arrêté de compter, car nous nous adaptons aux circonstances au jour le jour. Nous avons des dépenses de personnel pour la sécurité et les contrôles du pass sanitaire, des dépenses d'aménagement pour la distanciation, etc. Nous allons également tester le live stream avec des concerts disponibles sur notre nouvelle plateforme de streaming accessible depuis notre site Internet. Il sera possible de suivre en direct un concert de Jazz à Vienne depuis son canapé ou partout dans le monde. Notre volonté était d'être présents quoi qu'il en coûte…"

Que représente le pass sanitaire pour l'organisation du festival ?

"C'est LE point noir. L'accès à des rassemblements de plus de 1 000 personnes est conditionné à la présentation d'un pass sanitaire, à partir de 11 ans. Cela signifie : avoir reçu il y a plus de 14 jours sa 2e injection, ou sa 1ère injection si on a eu le Covid ; être immunisé ; ou avoir un test PCR ou antigénique négatif de moins de 48 heures. Sauf que nous avons 16 soirées et effectuer un test tous les 48 h est une contrainte qui peut démotiver les festivaliers.

Pour alléger cette contrainte, nous sommes en discussion avec un laboratoire afin de mettre en place un stand de dépistage salivaire au sein du théâtre. Par ailleurs, depuis le site de Jazz à Vienne, les festivaliers pourront prendre plus rapidement un rendez-vous pour se faire dépister dans un laboratoire Biogroup à Lyon ou à Vienne, grâce à des créneaux réservés."

"Ce festival est un combat"

Et puis il y a aussi les annulations de tournée en cascade qui vous obligent continuellement à vous adapter…

"Malgré toutes ces contraintes et mauvaises nouvelles, nous avons réussi à assurer une belle programmation et ne proposons pas un festival en mode dégradé et au rabais. À l'heure actuelle, encore quelques artistes anglais restent sources d'inquiétude… Mais nous avons acquis une souplesse rare pour nous adapter en toutes circonstances.

Cette édition 2021 nous a forcés à réfléchir autrement et je suis persuadé que des nouvelles choses mises en place resteront pour les années suivantes. L'histoire retiendra que cette 40e édition sera exceptionnelle, parce qu'elle aura lieu. Ce festival est un combat, une relance de la dynamique et de la générosité dont fait preuve nos équipes pour que le public retrouve son festival."

Un renouveau du festival est-il envisagé ?

"Nous avons entamé une démarche pour obtenir, cette année, la certification ISO 20121 « Management responsable appliqué à l'événementiel », et avons mis en place une réflexion à cinq ans. La Maison du festival lancera également une nouvelle ère avec le déménagement de Jazz à Vienne. Les espaces extérieurs et intérieurs plus vastes et accessibles en toute saison, permettront d'organiser des événements à l'année et seront mis à disposition de nos partenaires et mécènes."

Entre nous...

Son premier geste du matin... Allumer la radio.

Son mode de management... Je suis au service de mes collaborateurs. Je les mets dans les meilleures dispositions pour qu'ils fassent preuve de créativité. Jazz à Vienne est une aventure humaine.

Son inspiration... La réplique d'Ed Harris dans Apollo 13, qui en mauvaise posture, réplique à la Nasa : "Ce sera une de nos plus grandes heures de gloire". C'est ce qui m'anime pour le festival : malgré les difficultés, on sera encore plus fiers du résultat que pour d'une édition "normale".

Son rituel... Un café pris à 8 h sur une terrasse au pied du Temple d'Auguste et de Livie, le samedi après le marché.

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