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Rencontre des Entrepreneurs de France : « God save the boss »

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Rencontre des Entrepreneurs de France : « God save the boss »
© Isabelle Auzias pour Pour Réso Hebdo Eco

Un MEDEF punchy et punky pour cette université d'été transformée en REF -Rencontre des Entrepreneurs de France- pour le deuxième round de Geoffroy Roux de Bézieux. Et c'est le grand coup d'époussette sur le rendez-vous estival du patronat français rassemblé sous la bannière No(s) Futur(s).

« On ne guérit pas les plaies en les léchant avec une langue de bois ». Une citation empruntée à VGE, Valéry Giscard d'Estaing, par RGB, pour étancher une soif de changement qui de 1974 à aujourd'hui a toujours bien du mal à s'apaiser. Sociétalement, durablement, économiquement.

Tenir le cap de sa politique en faveur des entreprises : la supplique du MEDEF au président Macron, à l'heure où le grand défi patronal se résume en un principe, réduire les inégalités sous peine de trop peser sur l'économie. La nouvelle mission des entreprises qui ne devront plus, désormais "se replier dans un entre-soi confortable." Avis à celles et ceux qui prendrait cette REF pour une foire au networking et non pas pour cette cousinade géante annuelle où se confrontent réflexions et ambitions alors que le monde économique s'embrase façon Amazonie ou Gilets jaunes... Que l'on parle la langue de Poutine ou de Hulot, « au fond, derrière tout ça, c'est
l'idée libérale qui est profondément remise en cause par tous et de tous
les côtés. L'idée libérale au sens originel du terme, c'est-à-dire la conviction que la liberté, et particulièrement la liberté d'entreprendre, est créatrice à la fois d'épanouissement pour les individus mais aussi de progrès collectif. » Alors ? « Nous avons choisi ce titre un peu provocateur de No(s) Futur(s), avec la conviction que les entrepreneurs réussiront, comme à chaque fois, à retrouver un futur, à réinventer le modèle économique de l'économie de marché. Et non, M. Poutine, l'idée libérale n'est pas obsolète, bien au contraire. Elle doit certes se réinventer, être régulée, mais elle est la seule qui concilie prospérité et consensus démocratique. »

L'actu, c'est aussi le Brexit, pressenti l'an passé à Jouy-en-Josas, presque digéré à Longchamp, et le patron des patrons se veut ferme : « on ne peut pas laisser l'Angleterre être en dehors de l'Union et avoir les avantages de l'Union, en particulier dans les services financiers, mais pas que... » No pain, no gain, et à chacun ses arguments.

Une grand-messe où la baisse des charges n'est pas érigée en sainte patronne, ça aussi, c'est du tout neuf. Et c'est assumé. Quand bien même, il faudra faire bouger les lignes, « car l'Etat n'a plus le monopole de l'intérêt général. Au même titre que les syndicats de salariés, que les ONG, les entrepreneurs sont dépositaires d'une partie du bien commun. »

A 97 %, les Medefiens ont compris et adoubé le message d'une grande réforme, profonde, sincère, un rien provocante. Passer d'une posture de combat à une fabrique de propositions, c'est l'ambition de ce président new age qui étonne et détone dans la galaxie de la croissance responsable. Et... punk.

« Nous sommes là pour réinventer le modèle de l'économie de marché » La question de fond, à répercuter sur toutes les autres thématiques ? Doit-on remettre le principe du libéralisme en cause ?

Et la réponse ne peut être que nuancée. Pour preuve que le changement ne fait plus peur aux patrons, ce nouveau format de REF19, après 20 ans d'Universités d'été. « Il y a un an, je vous disais que des sujets brûlants surgiraient partout, en France et dans le monde », rappelle Geoffroy Roux de Bézieux, qui, par le truchement de ces nouvelles Rencontres des Entrepreneurs Français, veut franchir la lice des adhérents pour galoper plus large, notamment du côté de la société civile. L'atmosphère, à Longchamp, s'en ressent, et si l'on promet des débats sans langue de bois, l'option provoc' est somme toute légère, tant politique et capitaines d'industrie ont adopté la méthode Macron consistant à faire fi des partis et chapelles en se revendiquant constructifs plutôt qu'aigris. « Nous sommes là pour confronter des points de vue, pour débattre, pas pour créer des polémiques », précise le président du MEDEF en direction des moins attentifs.

Sortir de la zone de confort

Et le changement ne concerne pas que la forme : surprise, pour les 5 000 participants, ni clim' ni bouteilles d'eau en plastique, mais la promesse d'un bilan carbone final, extérieur et postérieur à l'événement, pour ne rien coûter à la planète. Symbolique et assumé, appuyé même par la centaine d'entreprises venues en feu d'artifice de clôture présenter leurs actions et engagements pour la protection de l'environnement.

Autre sujet « hautement inflammable », les inégalités dans une phase de mondialisation accélérée. Si « les inégalités sont nécessaires pour faire émerger les talents », point trop n'en faudra, surtout dans une société mature où les classes populaires trinquent plus que de raison. « Il faut le dire, parfois la prospérité n'a pas toujours été justement partagée, c'est un phénomène mondial qui a pris une résonance particulière en France avec les gilets jaunes, sous la forme d'une violence un peu paradoxale dans le pays occidental qui redistribue le plus, où les inégalités sont les plus faibles et les plus stables. » La solution ? L'entreprise, pour sûr. « En France, l'ascenseur social –pas plus que l'escalier- ne fonctionne, il faut six générations pour qu'un fils d'ouvrier change de catégorie sociale, et c'est ça, le véritable scandale français. » Et d'affirmer qu'en dix ans aujourd'hui de syndicalisme patronal exacerbé, son axe de combat n'a pas changé : « l'entreprise doit offrir sa chance à tous. »

Une nouvelle guerre froide en cours ?

Et ça n'est pas la géopolitique qui éteindra l'incendie. Pour GRB, le côté inflammable des relations entre Chine et USA ne tient pas à la personnalité marquée de leurs dirigeants, mais bien à une guerre froide économique qui se gagne ou se perd désormais à découvert, rendant vaine les préoccupations plus sociales visant à réconcilier citoyen et libre échange. Dans ce contexte, les tactiques évoluent : ainsi le MEDEF millésime 2019 soutient-il la taxation sur le chiffre d'affaires des GAFA, « un signal politique pour une concurrence stimulée par l'innovation », une taxation que l'on souhaiterait d'ailleurs européenne, voire appliquée dans tous les pays de l'OCDE.

Emancipation

Autre constante, la conviction réaffirmée que « l'Etat n'a pas le monopole de l'intérêt général » et que « au même titre que les syndicats de salariés, les ONG, les entrepreneurs sont dépositaires d'une partie du bien commun. » Une tâche qui ne doit en rien les effrayer, « dans un monde en mutation où il est indispensable que nous montrions l'exemple, en évoluant nous aussi. » En réformant bien sûr, et c'est le job de Patrick Martin, en s'imposant aussi, en préférant Prime Patron à Prime Macron, question de principe. Et de payeur. Ce sera aussi le cas pour ce chèque mobilité appelé des vœux du syndicat et étudié par le gouvernement, qui en sus du coup de pouce au salarié aura également la vertu de creuser l'écart entre travailleur et chômeur côté pouvoir d'achat.

L'épine de la retraite

« Je suis vraiment convaincu que les français sont intelligents, qu'ils ont compris que dans un système basé à 100% sur la répartition, avec le vieillissement de la population, il faudra travailler plus. Les sondages montrent qu'ils sont prêts à faire l'effort. Mais sous conditions : d'abord que cet effort soit justement réparti entre le public et le privé, régimes spéciaux compris. Et que nous, entrepreneurs, fassions aussi un véritable effort pour conserver nos salariés au-delà des 60 ans. Là-encore, le MEDEF fera des propositions. »

Jusqu'à la veille de cette REF19, le syndicat patronal aura soutenu la vision gouvernementale dictée par Jean-Paul Delevoye, « nous soutenions globalement la réforme. » Mais la volte-face présidentielle du 27 août, avec une préférence affichée pour une hausse de la durée des cotisations aura laissé un goût amer. « Emmanuel Macron a réaffirmé l'objectif de rééquilibrer les régimes d'ici 2025. Même en appliquant la réforme de 2015 sur la durée de cotisations, une accélération sur cinq ans ne rapporterait que 5Mds€, pour un déficit compris entre 9 et 12Mds€ en 2025… A moins d'aller au-delà des 43 ans de cotisation, on n'y arrivera pas. Mais faire travailler jusqu'à 70 ans les plus diplômés, est-ce la bonne solution ? Je ne le crois pas. » Et d'avancer la voie du compromis entre l'âge et la durée de cotisations pour éviter l'impasse financière, pour retomber, finalement, aux préconisations de Jean-Paul Delevoye. Un pas en avant, un pas en arrière, visiblement le MEDEF ne souhaite pas entrer dans cette danse-là. « Je le redis sans polémique, avec calme et détermination, la seule logique de durée de cotisations ne suffira pas. Nous sommes prêts à prendre en compte les carrières longues, c'est juste et nécessaire, sur le principe d'un âge pivot. Nous resterons aussi attentifs à l'équité de la réforme, notamment dans l'utilisation des réserves, il ne faudrait pas que les régimes “ fourmis” paient pour les régimes “cigales”. Moins poétiquement, pas question que les salariés du privé financent les retraites des fonctionnaires. » Avertissement devant ce régime universel appelé des vœux de l'Etat, « il ne faudrait pas encore une fois que la vertu ne soit pas récompensée. »

Prospectives économiques contrastées

Ce qui n'aura pas remis en cause un certain « courage » dans les réformes menées, si ce n'est l'ombre de la dépense publique, qui plane toujours sur le pays. « Et son corollaire, la dette. Une tradition –malheureusement- française, bien établie, depuis 1974. » Et les taux négatifs ou la relative bonne santé de l'économie française ne doivent pas être considérés comme des sursis. « Un sursis jusqu'à quand ? Que se passera-t-il si nous entrons en récession ? » Un sujet abordé par le conseil exécutif du MEDEF en introduction à la REF19, dans une ambiance « contrastée » suivant les secteurs d'activités évoqués. « Les difficultés sont devant nous, et ces 57 % de la richesse nationale qui partent dans la dépense publique nous interdisent à nous, entrepreneurs, une fiscalité compétitive. Pour autant, nous abordons cette rentrée d'une manière constructive et optimiste. Conscients de nos devoirs et de nos responsabilités. A chaque fois que les pouvoirs publics nous font confiance, nous répondons présents. Entre le 1er janvier 2015 (début du pacte de compétitivité/baisse des charges, NDLR) et le 30 juin 2019, les entreprises françaises privées ont créé 936 000 emplois. » Fierté et applaudissements dans les tribunes de Longchamp pour ce finish patriote et ambitieux.

Pour Réso Hebdo Eco - https://reso-hebdo-eco.com/




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