AccueilDroitRécidive : Les centres éducatifs fermés dans le viseur de Christiane Taubira

Récidive : Les centres éducatifs fermés dans le viseur de Christiane Taubira

L’histoire ne dit pas si la ministre de la Justice Christiane Taubira est retournée cet été en Guyane à Cayenne, sa région d’origine.

Vie juridiqueDroit Publié le ,

Il faut admettre que l’actualité a été plutôt chargée pour la garde des Sceaux.

C’est tout d’abord la «mutation forcée» du Procureur de Nanterre Philippe Courroye comme avocat général à Paris qui a fait la une des journaux, avant la réception place Vendôme du doigt d’un détenu souhaitant se «rapprocher» de sa famille en Bourgogne. Last, but not least, les propos de Christiane Taubira sur la récidive et les CEF (centres éducatifs fermés) ne sont pas en reste. « Les CEF ne sont pas la solution», affirme-t-elle même, alors que François Hollande avait promis leur doublement.

Pour mémoire, créés en 2002, les CEF sont la dernière alternative avant l’incarcération des mineurs délinquants. Aujourd’hui au nombre d’une quarantaine, la ministre joue à leur sujet le statu quo et lance parallèlement une inspection.

Il y a donc doute sur l’évolution

des CEF au ministère, qui travaille sur un projet qui pourrait profondément bouleverser le système pénal et même «décharger» les prisons de bon nombre de courtes peines.

Une sorte de «journées portes ouvertes» qui semble annonciateur d’une tempête automnale. Afin de se prémunir, Christiane Taubira a déjà convoqué le 18 septembre une « conférence de consensus » sur les questions de récidive et de dangerosité, qui devrait rassembler experts, spécialistes institutionnels et autres intervenants.

La pédagogie avant tout

On le comprend, la bouillonnante ministre semble beaucoup plus sensible à la pédagogie ainsi qu’à des peines effectuées en milieu ouvert plutôt qu’à un engorgement aussi dangereux qu’inacceptable dans les prisons. A n’en pas douter, cette pseudo révolution commence à faire grincer des dents ici et là, sans pour autant parler de la «contrainte pénale communautaire », alias la probation, qui fait suite à une recommandation adoptée en janvier 2006 par le Conseil de l’Europe: ne placer les délinquants, pas les criminels s’entend, qu’en dernier recours et leur infliger une peine «dans la communauté».

On le comprend, le chantier est colossal et il ne semble malgré tout pas facile d’éviter la récidive d’un coup de baguette magique.

Ainsi entre 2001 et 2011, le nombre des écroués est passé de 20 000 à 88 000, alors que la durée moyenne de détention est passée de 8 à 10 mois environ. Par ailleurs et pour éviter une surchauffe carcérale, le nombre des aménagements de peines a été doublé et celui des bracelets électroniques multiplié par cinq, sans parler du programme de construction de nouvelles prisons.

Michel Godet

Réactions

Si l’opposition dénonce la «permissivité» du ministre de la Justice, le Syndicat de la magistrature et l’Union syndicale des magistrats se sont félicités de la remise en cause de l’efficacité des centres éducatifs fermés (CEF) par Christiane Taubira. Selon ceux, «les propos de Christian Taubira vont dans le bon sens. Nous n’avons jamais considéré que les centres éducatifs fermés étaient la réponse idéale à la délinquance des mineurs». Comme précisé à notre confrère du JDD, Sophie Combes, la secrétaire nationale du Syndicat de la magistrature (SM), classé à gauche, se réjouit de l’arrêt de la transformation de 18 foyers en CEF et du lancement d’une inspection d’évaluation sur ces centres, voulu par la ministre de la Justice. Pour la magistrate, la justice des mineurs doit donner la priorité à l’éducatif, et non au répressif : «Quand des dispositifs d'éducation et d'insertion sont mis en place pour les mineurs, on observe des résultats. Les CEF, c'est la priorité à la sanction, au répressif. Ils répondent à une logique d'enfermement et nous n'avons aucune étude sérieuse qui ait démontré une quelconque utilité de ces centres en matière de récidive ». De son côté, Virginie Valton, vice-présidente de l'USM, est plus modérée : «Continuer à ouvrir des CEF pourquoi pas, c'est un outil intéressant qui a fait ses preuves mais il faut conserver une pluralité de dispositifs pour s'adapter à chaque mineur et à chaque fait commis». Pour mémoire, les CEF ont été créés en 2002. En dix ans, plus de 4 000 mineurs ont été placés dans ces centres. Aujourd'hui, il existe 44 établissements sur l'ensemble du territoire. L'un des engagements de François Hollande pendant la campagne était de… doubler le nombre de ces CEF.

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