Quartier latin

C’est reparti pour un tour ! Après les épisodes quérulents d’avril et de mai, les manifestants remettent le couvert.

EconomieServices Publié le ,

Eux, les sycophantes d’un service public en perpétuelle dégradation. Des arrêts de travail dans le secteur de la santé. Des débrayages à la fourrière municipale de Lyon. Des mouvements de grève dans les cantines scolaires de la capitale des Gaules.

Les profs, comme une antienne savamment huilée, réaffirmant, de leur côté, leur opposition à la réforme du collège, nonobstant la publication du décret, effective au lendemain de la journée de mobilisation du 19 mai dernier. Ils n’en veulent pas de cette réforme, un point c’est tout ! Ils le disent, le hurlent, le scandent en battant - à nouveau - le pavé. Un dialogue social igné. A en croire le dernier sondage Ifop, et même s’il s’avère judicieux de modérer les données chiffrées en fonction des « générations », 74 % des profs rejettent la réforme. En bloc ou de façon parcellaire. Notamment l’une des mesures phares : l’abandon des classes bilangues ou européennes.

En filigrane, apparaît l’attachement à la défense des langues, en particulier celle de Molière, chahutée face aux assauts itératifs et nocifs des tchats et autres SMS, arbres scripturaux cachant trop souvent une forêt d’ignorances. Une langue française à choyer alors que foisonnent études et baromètres mesurant peu ou prou la déliquescence du lien entre les Hexagonaux et l’orthographe. Selon l’une de ces enquêtes, le niveau général serait dramatiquement faible, nos concitoyens maîtrisant seulement 45 % des règles d’orthographe. Alarmant, alors que se profilent, la semaine prochaine pour les élèves de première, les épreuves de français, en double volet écrit/oral.

Ce « tour de chauffe » du baccalauréat rappelle l’imminence, pour les pensionnaires de terminale, des examens de philosophie et d’histoire-géographie, chacun ayant conscience de l’importance du français pour les rédactions exigées. A la tête bien pleine, préférons toujours un esprit averti, axiome cher à Michel de Montaigne. L’occasion, en évoquant la philosophie, de porter l’estocade à l’un des pans de la réforme du collège, dont la vocation est d’expédier ad patres le latin et le grec. Ou, pour être moins sibyllin, d’enfermer les deux langues « mortes » au sein de la gangue EPI (ndlr : Enseignement pratique interdisciplinaire), aux contours abscons.

Quand on prend le parti de détruire quelque chose - qui requérait, admet-on le, des ajustements -, il convient d’apporter, sur l’autre plateau de la balance, une solution. L’argument égalitaire de la ministre de l’Education nationale, autrement dit une lutte contre l’élitisme, tient-il ? L’idée reçue, selon laquelle le latin ne serait choisi que par une élite, est, en maints endroits du territoire national, battue en brèche. Doit-on faire la sourde oreille face à « ces enseignants, passionnés, investis et dévoués, qui inculquent latin et grec au cœur de ZEP qui n’ont ni la couleur, ni l’apparat de quartiers favorisés » ? Vox clamantis in deserto…

Détruire ? Oui. Mais pour mieux reconstruire. Il en sera question, le 2 juillet, à La Duchère (neuvième arrondissement lyonnais), avec une étape majeure du Grand Projet de Ville acté dès 2003 et destiné à rénover en profondeur le quartier. Le 2 juillet donc, la troisième, et dernière, barre « des mille », familièrement dénommée la 230 (342 logements, 15 étages, 4 allées) et patrimoine de l’Opac du Rhône, sera démolie par implosion. Un coup de barre vers la modernité. Un moment historique pour un quartier pluriculturel, où les multiples langues entendues constituent autant de fils d’une histoire commune, passée et à venir.


L.O

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