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Quand Google voulait investir dans l’Ain

Le géant américain du web envisageait en 2008 de construire un méga data center de 600 ME sur le Parc industriel de la Plaine de l’Ain.

EconomieServices Publié le ,

Malgré six mois de négociations, le projet n’a pas abouti. Retour sur cet échec. L’information est restée jusqu’à ce jour confidentielle, mais nous sommes en mesure de révéler que Google cherchait activement à installer un data center (centre de données) dans le département de l’Ain. L’affaire, hautement sensible allant jusqu’à impliquer l’Etat, remonte à 2008. A cette époque, la multinationale souhaitait s’étendre en Europe –elle possède une ferme de serveurs à Dublin et en Belgique- et avait mise en compétition l’ensemble des pays du continent susceptibles de proposer la meilleure offre pour accueillir un méga data center. Très vite, la France est entrée dans la course. Face à la Normandie, l’Agence française pour les investissements internationaux (AFII) avait proposé aussi le Parc industriel de la Plaine de l’Ain. Une zone située sur la commune de Saint-Vulbas, à trente minute de Lyon, et favorable aux conditions de Google puisqu’à proximité du Rhône. En effet, comme un data center demande d’importantes ressources de refroidissement car les serveurs chauffent à leur maximum, les Américains voulaient que leur futur site soit construit en bordure d’un fleuve. Toutes les conditions étaient donc réunies pour accueillir ce projet qui devait s’étendre sur une surface de 120 ha.

Discussions « sympathiques »

Une équipe de quatre personnes du Syndicat mixte du Parc industriel de la Plaine de l’Ain avait été mobilisée durant six mois, avec obligation de signer une clause de confidentialité stricte. « Si le projet avait été ébruité, Google avait subtilement signifié à la France qu’elle pourrait être blacklistée de tous projets futurs », nous indique-t-on. Pouvant remettre en cause, à l’époque, l’implantation du siège France de Google à Paris. Anecdote cocasse, et malgré les quatre déplacements confidentiels en terre rhônalpine, le nom du géant américain sera connu tardivement, lorsqu’un des dirigeants, connu uniquement par son prénom, sortit son billet d’avion. « Nous avons tapé son nom dans le moteur de recherche de Google et nous avons vite fait le rapprochement », nous confit un proche du dossier. Mais rien ne transparaît. Même lors des entretiens réalisés sur place entre les deux équipes durant lesquels les membres du syndicat mixte devaient répondre à un questionnaire de 140 critères aidés d’interprètes.
Malgré les bonnes notes du dossier de l’Ain et des discussions jugées plutôt « sympathiques », le projet reste au point mort. La raison ? Les discussions avec la Dreal se compliquent au-fur-et-à-mesure que les semaines passent. En cause, le circuit de refroidissement semi-ouvert (sachant que le circuit ouvert n’est pas autorisé, puisque le rejet des eaux sales dans les fleuves est interdit, ndlr) développé par les ingénieurs de la firme de Mountain View. Les demandes d’information de la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement pour obtenir plus de détails sur cette technologie « secrète » seront vaines. Un courrier du Premier ministre de l’époque (François Fillon) adressé aux Américains afin de les rassurer sur la faisabilité du projet n’y changera rien. La décision du géant du web est prise. Il construira son data center au nord de l’Europe, en Finlande et signifiera au Syndicat mixte du Parc industriel de la Plaine de l’Ain, par simple lettre datée de novembre 2008, que le projet n’aboutira pas invoquant « un site qui n’est pas rectangle mais en forme de L ». Un argument « peu crédible » pour l’équipe rhônalpine « déçue » ne pas avoir été plus loin. Estimé à « 600 ME » (35 ME pour le foncier), ce méga data center devait représenter jusqu’à « 10 MdE » d’investissement sur vingt ans, plusieurs dizaine d’emplois à la clé et des milliers indirects. Contacté, Google s’est refusé à tout commentaire.

Romain Charbonnier

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