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Présidentielle 2022 : une campagne étrange et inédite, l'analyse du politologue lyonnais Paul Bacot

Bouleversée par le contexte de la guerre en Ukraine, la présidentielle s’avance à la suite d’une campagne éclair et inédite. A tel point que de nombreux thèmes demeurent inabordés ou effleurés dans le débat public, à commencer par les questions économiques. Analyse d’une situation pas comme les autres avec Paul Bacot, professeur de science politique à Lyon.
Présidentielle 2022 : une campagne étrange et inédite, l'analyse du politologue lyonnais Paul Bacot
© Julien Verchère - Le spécialiste lyonnais de Science politique Paul Bacot.

ActualitéPolitique Publié le ,

Etrange, inédite, éclair, insaisissable… Les qualificatifs ne manquent pas pour évoquer la campagne en vue de l’élection présidentielle programmée les dimanches 10 et 24 avril.

A une semaine du premier tour, force est de constater que si chaque scrutin à l’élection suprême a toujours récité sa propre histoire, entre candidats venus de nulle part, favoris balayés, petites phrases et coups tordus, cette campagne de 2022 ne ressemble à aucune autre. La cause ? Un événement géopolitique majeur venu percuter le petit théâtre national, dans un contexte déjà troublé par deux ans de pandémie.

En bousculant l’ordre mondial, la guerre en Ukraine a rebattu les cartes de la présidentielle française à un point qu’aucun candidat ne pouvait raisonnablement anticiper. Le conflit a créé un effet de blast sur le débat public dans l’Hexagone, atomisant les quelques rares certitudes d’une période déjà marquée par une forme d’instabilité globale.

Une campagne présidentielle en mode "asymétrique"

Résultat des courses, la campagne présidentielle ne peut se dérouler comme elle devrait, c’est à dire en vertu d’un débat démocratique équilibré. D’ailleurs, dans la « lettre aux Français » ayant officialisé sa candidature, Emmanuel Macron a bien pris soin de souligner qu’il « ne (pourra) pas mener campagne comme (il l’aurait) souhaité en raison du contexte ». Et qu’il n’a d’autre choix que de rester chef de l’Etat jusqu’au dernier instant, cédant par courts intervalles la place au candidat dans une chorégraphie politique presque schizophrénique.

Que peut produire un tel « événement perturbateur » survenant au cœur d’une campagne ? Comment les discours et postures des candidats s’en trouvent modifiés ? Comment ces derniers peuvent-ils adapter, à la marge, un programme bâti avant le début des hostilités ? Quels effets ce contexte international peut-il produire sur les attentes des citoyens ? Enfin, comment faire émerger des sujets potentiellement importants – touchant par exemple à l’économie au sens large - mais qui paraissent secondaires sur le moment ?

Autant d’interrogations que nous avons soumises, pour prendre un peu de recul, à Paul Bacot, professeur émérite de Science politique à Lyon et chercheur à l’UMR Triangle (CNRS, ENS de Lyon). Auteur récent d’un ouvrage intitulé « Les mots de l’élection présidentielle sous la Ve République », il jette un regard aiguisé sur cette campagne présidentielle.

© Shutterstock

Paul Bacot : "Des événements extérieurs ont déjà marqué l’actualité juste avant la présidentielle"

Pour Paul Bacot, il ne faut tout d’abord pas oublier que ce n'est pas la première fois que des événements dramatiques viennent jeter le trouble durant cette période particulière. "Outre les faits de campagne, bourdes ou affaires diverses, des événements extérieurs ont déjà marqué l’actualité juste avant les élections. Je pense à la prise d’otages d’Ouvéa en Nouvelle-Calédonie en 1988, aux attentats de Toulouse et Montauban en mars 2012, voire au 11-Septembre en amont du scrutin de 2002", cite le chercheur lyonnais.

"Rarement la politique étrangère joue sur la présidentielle, mais elle peut néanmoins influer la présidentiabilité des candidats. Or, la guerre en Ukraine accroit l’asymétrie de la compétition en faveur d’Emmanuel Macron, même si c’est à son corps défendant. Autre fait majeur, cela tombe au moment où la France assume la présidence tournante de l’UE, Macron endossant un costume de patron de l’Europe dans un paysage laissé un peu vide après le départ de Merkel", analyse Paul Bacot, ajoutant que le président sortant "dispose sur le sujet du conflit en Ukraine d’informations que les autres candidats n’ont pas, ce qui apparait difficilement compensable".

La situation actuelleaccroits les conflits de priorité, notamment au détriment des préoccupations écologiques

Selon le spécialiste, la guerre en Ukraine modifie en profondeur l’agenda de la campagne, "or cette bataille de l’agenda, des sujets à imposer dans le débat public, est essentielle pour qui veut accéder au second tour". Certains candidats tentent de raccrocher les événements à leurs programmes et propositions. "C’est ce que parvient plutôt à faire Marine Le Pen avec les effets collatéraux de ce conflit sur le pouvoir d’achat", illustre Paul Bacot, soulignant toutefois que la situation "accroits les conflits de priorité, notamment au détriment des préoccupations écologiques".

Et quand on lui demande si l’absence d’espace médiatique pour parler concrètement d’économie, d’emploi ou encore de transport est un phénomène marquant, Paul Bacot nuance largement. "Ce n’est pas nouveau. L’élection présidentielle se joue davantage sur des marqueurs, des slogans, que sur des mesures précises."

Il peut encore se passer des choses au cours des derniers jours. "On ne peut jamais exclure qu’un nouvel élément perturbateur vienne encore modifier la donne au dernier instant", achève Paul Bacot.

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