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Pour Raphaël Appert, patron du Crédit Agricole Centre Est, "la capacité de relance existe"

Publié le - - Grand témoin

Pour Raphaël Appert, patron du Crédit Agricole Centre Est, "la capacité de relance existe"
© Marine-Agathe Gonard - La crise a freiné les projets du Crédit Agricole Centre Est sans pour autant les stopper net.

Directeur général du Crédit Agricole Centre Est depuis 2010, Raphaël Appert occupe également des fonctions à la fédération nationale. De quoi lui donner une vision transversale sur le fonctionnement d'une banque qu'il décrit comme autonome et puissante en raison de son caractère coopératif. Une force selon lui en temps de crise.

Quelle est votre analyse de l'évolution de la crise que nous traversons ?

"D'autres crises ont marqué l'histoire comme celles, financières, de 2008 et 2010. Celle que nous connaissons est d'abord sanitaire, de surcroit à l'échelle mondiale. Elle a découlé ensuite sur une crise économique. Personne n'était préparé à vivre ça. Il reste difficile d'avoir du recul car nous sommes encore loin d'en sortir. Nous entrons dans un nouveau tunnel de plusieurs mois."

De quelle manière les prêts garantis par l'Etat (PGE) vous ont-ils mobilisés ?

"Les mesures mises en place à la fois par la Banque européenne et les pouvoirs publics en France ont été considérables et adaptés, car ils ont permis d'assurer la trésorerie des acteurs économiques. Ces mesures de soutien financier direct, comme aussi le report d'échéance de crédit, ou de dispositifs comme le chômage partiel ont été efficaces. Les banques, en France, ont toutes répondu présentes.

C'est le signe aussi que, depuis la dernière crise financière, le secteur est solide avec des fonds propres renforcés. Disposer d'un système bancaire sain est fondamental dans la gestion d'une telle crise pandémique. Avec ce nouveau temps de confinement, il nous faut aujourd'hui proposer et vérifier que les entreprises connaissent ces mécanismes PGE pour les utiliser. En cela, nous restons pro-actifs auprès de nos clients."

© Marine-Agathe Gonard

PGE : "Moins de 20 % de nos clients ont eu recours à ces prêts"

Comment bien utiliser un PGE ?

"Le besoin de PGE doit être analysé individuellement. Chaque entreprise possède un profil et des besoins particuliers. Sur cette première partie de l'année, nous avons proposé 30 Md€ à l'échelle du groupe Crédit Agricole pour 140 000 entreprises (27 % des PGE diffusés en France et 1 Md€ pour le Crédit Agricole Centre-Est, NDLR).

Moins de 20 % de nos clients ont eu recours à ces prêts. La moitié des montants débloqués sont restés disponibles sur les dépôts à vue, c'est-à-dire qu'ils sont venus conforter et sécuriser les trésoreries pour les mois à venir et n'ont pas été utilisés. Notre rôle est d'identifier les entreprises qui auront besoin d'un PGE et de s'assurer qu'elles puissent l'obtenir tout en analysant, client par client, les niveaux de remboursement des premiers PGE contractés en mars."

Proximité et collectif

L'enjeu de structuration de la dette est donc fort ?

"Exactement. D'où l'intérêt et la valeur d'une banque de proximité. Notre approche "universelle" ne se focalise pas seulement sur l'angle du financement. Le conseil tient ainsi toute sa place dans cette approche à la carte, c'est fondamental. Nous connaissons nos clients mais savons aussi travailler avec toutes les parties prenantes de l'entreprise comme les experts-comptables.

Au soutien de trésorerie, via le PGE, s'associent les mises en perspective des investissements possibles pour l'entreprise. C'est essentiel. D'ailleurs, ils n'ont pas cessé cette année, notamment ceux dans les nouvelles technologies."

"Il ne s'agit pas seulement d'aider les TPE, mais plus largement de sauver des territoires aujourd'hui en péril"

Votre attention est-elle plus soutenue pour les commerces de proximité et les TPE ?

"Elle est majeure car nous comptons près de 40 % de professionnels et TPE parmi nos clients. Cela correspond à notre présence locale dans les cantons et quartiers de ville. Ils ont un rôle indispensable dans le dynamisme de l'économie des territoires : c'est pour nous un point d'attention majeur et un vrai sujet de préoccupation.

Il faut pouvoir aussi relancer leur activité. C'est le sens des mesures que nous avons mises en place pour permettre la reprise du business avec des moyens de paiements spécifiques, en permettant d'améliorer leur visibilité notamment en leur faisant profiter de nos propres infrastructures web. Il ne s'agit pas seulement d'aider ces TPE, mais plus largement de sauver des territoires aujourd'hui en péril."


Ses dates clés

1983 Entre au Crédit Agricole

2005 Directeur général de la caisse régionale Val de France et Centre-Est

2010 Directeur général du Crédit Agricole Centre-Est

2017 Premier vice-président de la fédération nationale et VP de Crédit Agricole SA


"L'année à venir restera difficile pour tout le monde"

Quel est l'impact des reports des échéances de crédits ?

"Elles représentent un peu plus de 100 M€ pour la première période de confinement. 90 % des échéanciers, depuis, ont retrouvé un cours normal avec la reprise d'activité dès juin. Nous proposons à nouveau un report d'échéance en cette fin d'année, soit 30 M€. C'est un vrai complément, ou un substitut pour ceux qui ne souhaitent pas s'engager dans un PGE.

Je trouve très sain de la part de certains de nos clients de ne pas souhaiter de tels prêts car il y a une vraie crainte au niveau de l'endettement. Le besoin de protection est réel. Si l'entreprise en a besoin, il faut qu'elle le prenne. Le traitement du remboursement reste "facile", la moitié des montants que nous avons engagé seront remboursés d'ici un an."

Quelles sont vos prévisions pour 2021 ?

"Mis à part quelques secteurs à la marge, l'année à venir restera difficile pour tout le monde. La question est de savoir combien de temps chaque entreprise pourra absorber le choc vécu. Mais la capacité de relance existe."

"Nous sommes autonomes et responsables dans un collectif puissant"

La notion de banque de proximité semble vous tenir à cœur…

"Le Crédit Agricole Centre-Est, c'est 3 000 hommes et femmes qui vivent et travaillent dans cette région (724,1 M€ de PNB au 31 décembre 2019, NDLR). Comme les 38 autres caisses régionales, nous sommes une banque autonome et de plein exercice, avec un conseil d'administration dédié. Nous définissons notre stratégie par rapport à un territoire.

La décentralisation et la responsabilité en proximité ont du sens pour nous et ça se vérifie en cette année particulière. Il ne faut pas opposer "collectif et national" à "région et indépendance". Nous vivons les deux. Nous sommes autonomes et responsables dans un collectif puissant."

© Marine-Agathe Gonard

Nouveau siège à Champagne : "Un ensemble dans lequel il fera bon travailler"

La crise a-t-elle freiné vos projets ?

"La feuille de route a été largement modifiée, car nous nous sommes prioritairement engagés pour la sécurité de nos collaborateurs et l'accompagnement de 1 253 000 clients. Nous avons déterminé notre projet de groupe, à la fois humain, client et sociétal. Nous travaillons un plan à dix ans.

Par exemple, nous continuons notre transformation digitale et technologique. Au niveau groupe, le Crédit Agricole investit 4 Md€ par an dans ses systèmes d'informations. A l'échelle de Centre-Est, nous avons poursuivi la transformation de nos agences à hauteur de 100 M€ d'euros. Et je n'oublie pas le projet de notre site siège du Crédit Agricole Centre-Est dans lequel nous sommes depuis 1986.

Ce projet a plus que jamais de l'intérêt, car il s'agit d'imaginer comment travailler demain, dans un environnement qui réponde aux enjeux de maîtrise et de coût de l'énergie. Nous avons économisé ainsi près de 80 % de nos dépenses énergétiques par la transformation de notre site. Ce site est horizontal dans sa configuration qui bénéficie de 30 000 m2 au milieu d'un parc de 10 hectares. Nous allons créer un ensemble dans lequel il fera bon travailler."

Lire aussi : Futur siège du Crédit Agricole Centre Est à Champagne-au-Mont-d'Or : un projet qui casse les codes

Plus généralement, observez-vous des tensions qui peuvent poindre au niveau des organismes bancaires ?

"La réponse bancaire existe et il faudra continuer de l'adapter. Des réflexions sont actuellement en cours avec le gouvernement notamment sur la mise en place de prêts participatifs ou des fonds, sectoriels entre autres, et régionaux comme celui en Auvergne-Rhône-Alpes auquel nous participons et qui apportera des réponses personnalisées aux entreprises."

Entre nous

Son rituel… La pratique du sport du matin, même sur un temps court.

Son style de management… Avant tout, c'est de travailler l'équipe.

Son livre de référence… J'ai acheté les mémoires de Barak Obama, Terre promise.

Son lieu ressource… La nature, j'aime être dehors.

© Marine-Agathe Gonard




Julien THIBERT
Journaliste

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