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Pour le président de Rossignol, "licencier reste désagréable, mais le pire serait de ne rien faire"

Publié le - - Grand témoin

Pour le président de Rossignol, "licencier reste désagréable, mais le pire serait de ne rien faire"
DR - "Pour Rossignol, j'ai toujours défendu les implantations en Europe, et je vais continuer à le faire."

Alors que le groupe Rossignol a annoncé un plan de licenciement, le président Bruno Cercley assume sa décision au regard d'un secteur des sport d'hiver et du ski chahuté par les évolutions des modèles de consommation. Le dirigeant préfère miser sur une stratégie de diversification, tout en prônant un made in Europe militant.

Le 21 septembre dernier, vous avez annoncé la suppression de 92 postes sur les 1 310 que compte le groupe. Qu'est-ce qui a motivé ces licenciements ?

"Il s'agit de s'assurer de rester compétitif et leader sur le marché de l'équipement de sport d'hiver, en particulier sur le ski. Si le marché reste stable, avec, en moyenne, 350 millions de journées skieur par an dans le monde, la demande évolue. Depuis quelques années, la vente de matériel diminue au profit de la location. Ce qui se traduit par une baisse de la production.

Nous devons nous assurer que nous sommes dans de bons niveaux de coûts, pour éviter de se retrouver dans la situation dans laquelle était déjà Rossignol il y a 10 ans : nous étions alors trop gros pour le marché. Nous avons annoncé 77 suppressions nettes - puisqu'il y a 15 créations aussi. Le lendemain de notre annonce, Fischer, notre concurrent autrichien, a annoncé 150 licenciements. Ce sont toujours des sujets très désagréables : nous ne sommes pas là pour supprimer des postes, mais le pire serait de ne rien faire et d'attendre."

Avez-vous envisagé d'autres scenarii, comme la signature d'un accord de performance collective par exemple ?

"Si on avait été dans une situation qui nous permettait d'envisager la situation actuelle comme une situation conjoncturelle qui affecte le marché – comme la Covid-19 – avec la perspective d'un marché qui revient au niveau l'année suivante ou dans un futur proche, nous aurions envisagé des mesures d'attente. Mais nous avons plutôt la conviction que nous sommes dans une évolution qui continue d'être structurelle, et qu'il est préférable d'accompagner.

Par contre, on observe que les commandes sont aujourd'hui à - 25 % par rapport à l'an passé, et cela est clairement un effet Covid. Si dans les mois qui viennent on doit avoir recours à des mesures d'accompagnement, telles que du chômage partiel, on le fera."

Un prêt garanti par l'Etat de 45 millions d'euros

A propos de la crise du Covid-19, comment vous êtes-vous adapté durant les mois qui viennent de s'écouler ?

"Nous avons arrêté nos usines, eu recours au chômage partiel dans l'ensemble des services du groupe… Nous avons sollicité un PGE de 45 M€ pour 370 M€ de chiffre d'affaires, plus comme une garantie que par besoin. Nous les avons provisionnés : nous espérons ne pas avoir à nous servir.

Cette mesure française est unique dans le monde, elle a été très efficace pour l'ensemble des entreprises. C'est quelque chose d'essentiel de savoir qu'on ne va pas se retrouver en cessation de paiement en quelques semaines si la situation venait à se dégrader."

Vous avez été dans l'obligation de réinventer votre façon de travailler, qu'allez-vous garder de cette période ?

"Nous avons été forcés de travailler à distance, et nous avons constaté que dans beaucoup de domaines, c'est très efficace. Il faudra faire attention à éviter deux écueils : le premier, c'est de penser qu'on peut travailler uniquement en télétravail devant son écran, il y aurait trop à perdre socialement. Le deuxième, c'est de veiller à ne pas perdre l'intelligence collective. Il y a des sujets où elle est essentielle. Quand on réfléchit à de nouveaux produits, qu'on travaille sur des prototypes… on confronte des avis différents, on challenge des positions, et ce genre d'échanges et plus difficile à distance."

Textile et réindustrialisation

Justement, quelle est votre stratégie d'innovation à long terme ?

"Dans le ski, il y a des évolutions importantes tous les ans, et on travaille beaucoup sur l'allègement, la recyclabilité, l'IoT… Toutes nos innovations sont guidées par les compétitions sportives. Quand on gagne une course, on sait que le ski est bon et que la technologie peut être validée et développée sur les gammes grand public.

La marque Rossignol est très forte en montagne, elle doit pouvoir supporter le développement sur différentes catégories de produits identifiés "montagne", comme le textile. On développe beaucoup cette catégorie depuis six ans, avec un positionnement très technique, couplé à un design très élégant, avec un code couleur bleu-blanc-rouge.

Il y a évidemment l'autre incontournable de la montagne : la pratique outdoor, hors hiver, avec le vélo. Quand on fait des VTT électriques, comme ceux que l'on fabrique depuis quatre ans, on offre aux gens la possibilité de faire du vélo en montagne en famille, alors que c'était une pratique réservée aux sportifs."

Cette activité textile est-elle vouée à s'imposer face à l'activité matériel ?

"L'activité matériel est aujourd'hui relativement stable. Notre objectif est de protéger notre position. Alors que sur le textile, on est qu'au début d'une grande histoire. Le plus difficile, c'est de passer de 0 à 60 millions de chiffre d'affaires. Je ne peux pas vous donner les chiffres pour l'avenir, mais le textile va sans doute continuer de grandir très fortement dans les prochaines années. Aujourd'hui, cette activité représente 20 % de notre chiffre d'affaires. Ce ratio va progresser."

"Il faut rapatrier du savoir-faire"

Vous évoquez "l'identification bleu-blanc-rouge". En 2010, vous avez décidé de relocaliser au profit de la fabrication française et européenne. Les changements de pratiques que vous observez peuvent-ils remettre en question cette décision ?

"Non. Ce qu'on a ramené de Chine vers Sallanches va continuer d'être fabriqué à Sallanches. Pour ce qui est du textile, il y a de plus en plus de prudence vis-à-vis de la production asiatique. On ne peut pas rester sur un modèle où une moitié de la planète fabrique des biens, et ou l'autre moitié les vend. Il faut rapatrier du savoir-faire.

A mon avis, nous sommes à moyens termes sur le retour d'un certain nombre d'industries, dont l'industrie textile. Sur la partie tissage, on n'a aucune raison d'aller chercher des matières en Asie. Personnellement, j'ai toujours défendu pour Rossignol les implantations en Europe, et je vais continuer à le faire."

Depuis la crise économique, la réindustrialisation est une question brulante. Laurent Wauquiez veut faire d'Auvergne-Rhône-Alpes la première région industrielle de France. Pensez-vous que la France a les moyens de peser dans le jeu européen ?

"J'en suis persuadé. Nous sommes identifiés comme étant un pays avec un potentiel d'innovation énorme, mais avec une faiblesse, non moins énorme, qui est le manque d'ETI. Une des raisons, c'est qu'on a laissé la désindustrialisation se faire pendant des dizaines d'années. L'autre, c'est qu'on a une structure de coûts qui n'est pas compétitive. Le sujet des charges sociales semble un peu "bateau", mais pour un chef d'entreprise, c'est une réalité pénalisante.

Si on arrive à créer les conditions d'une meilleure compétitivité, et qu'on est plus agile et performant en termes de coûts, on recrée les conditions de l'industrialisation. Je crois d'ailleurs qu'il y a une vraie volonté politique en ce sens, et à tous les niveaux, que ce soit national ou régional. Les crises comme celle que l'on vit en ce moment sont toujours des moments propices à la prise de décision rapide. Les coûts de fabrication ont augmenté en Chine comme en Europe de l'Est, et il est de moins en moins intéressant de chercher à aller produire ailleurs."

Ses dates clés

1985 : Diplômé de l'école d'ingénieur ISAE-ESTACA

2002 : Rejoint le groupe Rossignol

2003 : Est nommé président, juste avant la vente à Quicksilver en 2005.

2008 : Retrouve la présidence du groupe Rossignol




Julien VERCHÈRE
Journaliste

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