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Pierre Martinet : "Une entreprise familiale, c'est avant tout une histoire humaine"

Pierre Martinet :

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Pierre Martinet, veggie, flexitarisme, bio, réduction des plastiques et nutriscore : ces nouvelles règles sont-elles des opportunités ou des contraintes pour le charcutier de formation que vous êtes ?

"Ce n'est pas une contrainte, tant qu'on conserve le goût comme priorité. C'est vrai que nous poussons les gammes végétales de façon très fortes, avec une gamme de six recettes végétales aujourd'hui, toujours sources de protéines, et parfois de fibres.

Dans nos salades végétales, on cherche le meilleur équilibre nutritionnel, tout en réduisant la part de protéines animales.

Depuis 1994, nous travaillons avec les nutritionnistes de Sprim. Et pour le goût, la « mise en musique » est faite avec Guy Savoy. Sans oublier nos équipes internes pour l'élaboration : huit ingénieurs, et mon fils, qui est cuisinier."

Avez-vous mis en place des dispositifs pour vous approvisionner en produits français ?

Ça a toujours été ma valeur - agricole d'une part et charcutière d'autre part – que de rechercher la qualité des produits, et autant que possible les produits de proximité. C'est inscrit en moi. Il est clair que faire venir des produits de loin augmente l'empreinte carbone.

Il y a 10 ans, nous avons fait des travaux pour réduire cette empreinte dans nos bâtiments, il serait idiot d'annuler ces efforts en allant chercher nos produits trop loin. Sur les carottes par exemple, une grande partie est achetée en France. Cela génère des difficultés, notamment en cas d'intempéries climatiques.

Nous ne sommes pas à l'abri d'inondations, de sécheresse, ou, comme nous l'avons vu récemment, de gel. Les cultures de betteraves viennent d'être très perturbées. Les producteurs vont être obligés de ressemer. Durant quelques semaines, nos fournisseurs seront peut-être obligés de se fournir en Espagne, car il n'y aura plus de production française à cause du retard dû au gel.

© Caroline Thermoz-Liaudy / Le siège social de l'entreprise Martinet à Saint-Quentin-Fallavier.

"Je ne suis pas contre le plastique"

Et pour la réduction des emballages plastiques ?

"Je ne suis pas contre le plastique. Je ne suis pas forcément favorable à emballer dans du carton, car je ne suis pas pour le fait de déforester pour créer des emballages. Oui il y a des cartons recyclés, mais il y a aussi des plastiques recyclés. Et dans l'alimentaire, le plastique reste la meilleure sécurité.

Le plastique qu'on utilise dans l'alimentaire est aussi fabriqué à partir de résidus de pétrole, qu'on ne sait pas utiliser autrement. Je ne comprendrais pas l'intérêt de cultiver des hectares de manioc ou de maïs destinés à la réalisation d'emballages. Les sols doivent être cultivés pour l'alimentation."

Ce qui vous ne vous empêche pas d'adapter votre chaîne d'emballage, puisque vous être en train d'investir dans le passage du PVC au PET.

"Absolument. Et nous sommes même bien avancés sur le passage au PET monocouche, qui permet une meilleure recyclabilité. On a engagé beaucoup de travaux et ce n'est pas fini. Mais je ne peux pas vous répondre sur ce que cela va coûter. Il faut le faire, donc on le fait et on comptera après."


Ses dates clés

1968 Reprise d'une boucherie-charcuterie à Jujurieux (Ain)

1977 Fondateur de Martinet SAS

1994 Président du CS Bourgoin-Jallieu Rugby pendant 13 ans

2020 Publication de son autobiographie "Intraitable"


"Au fond, nous sommes des artisans..."

© Caroline Thermoz-Liaudy

Qu'avez-vous fait pour réduire votre empreinte carbone ?

"Dès 1992, nous avons investi, pour le site de Saint-Quentin-Fallavier, sur la récupération des gaz qui produisent de l'eau chaude. Sur la plupart des sites, on utilise les eaux grises pour irriguer les champs. Sauf ici, puisque nous sommes raccordés à la station d'épuration."

Vous êtes en train de repositionner votre image, la faisant pivoter du traiteur industriel à celle de traiteur artisanal. Ne peut-on pas opposer à cela les chiffres de votre production : 35 000 tonnes de salades produites chaque année en Isère (dont 25 000 tonnes de taboulé), et jusqu'à 1 400 palettes stockées à Saint-Quentin-Fallavier ?

"On a toujours été sur du produit artisanal. Mais à la différence de l'artisan que j'ai été, on a ici une équipe de 50 personnes dédiée au contrôle des produits. Aucun artisan ne fait autant de contrôles qualité. Nous donnons à nos fournisseurs des cahiers de charges qui contractualisent la qualité.

On ne cherche pas à amoindrir le coût à tout prix, mais on veut fidéliser nos fournisseurs. C'est ça pour moi la logique de l'artisan. C'est vrai que notre communication a plutôt, jusqu'à présent, montré nos aspects industriels, mais au fond, nous sommes des artisans."

"Il me semble essentiel que le capital reste majoritairement détenu par la famille"

Pourquoi est-ce important pour vous que Pierre Martinet reste une entreprise familiale ?

"Une entreprise familiale, c'est avant tout une histoire humaine. C'est respecter ses salariés, les fidéliser, favoriser la capacité de promotion interne. Plus de 200 salariés ont 20 ans d'ancienneté. Ils ont développé cette entreprise avec moi, alors je leur dois d'assurer le lendemain."


Assurer le lendemain, ça exclut la présence d'investisseurs ? Comment est constitué votre actionnariat aujourd'hui ?

"Autant que possible, il faut conserver la gestion en « bon père de famille ». Il faut pérenniser la fidélisation des salariés comme des fournisseurs. Aujourd'hui, je détiens 86 % des parts de l'entreprise, le reste étant détenus par deux fonds spécialisés dans l'agroalimentaire, qui détiennent 7 % chacun : Agro Invest et Sofiprotéol.

Ça ne veut pas dire qu'à un moment l'entreprise ne doit pas être managée par un membre extérieur à la famille. Mais il me semble essentiel que le capital reste majoritairement détenu par la famille, qui pourra siéger au conseil d'administration pour s'assurer que la ligne directrice soit la bonne, et conserver l'identité."

© Caroline Thermoz-Liaudy / Le couple Nurdan et Pierre Martinet est à la tête d'une entreprise familiale

"Une opération de croissance externe d'ici la fin de l'année"

Vous êtes le leader des salades traiteur en France. Quelle est votre stratégie à l'international ?

"Dès 1998, nous avons vendu le savoir-faire au Canada. Nous avons aussi monté une entreprise au Brésil en 2003. Aujourd'hui nous nous recentrons sur l'Europe. Nous avons des sociétés en Espagne et au Portugal. Nous avons beaucoup de référencements pour la péninsule ibérique.

Et nous sommes aussi présents en Belgique et en Allemagne. Nous sommes présents sur six pays. Et aujourd'hui nous réfléchissons à une opération de croissance externe en Espagne."

Peut-on en savoir plus sur ce projet de croissance externe ?

"J'ai eu plusieurs dossiers qui n'ont pas abouti, mais je suis sur un dossier qui avance plutôt bien, même s'il est beaucoup trop tôt pour en parler. Mais ce sera une entreprise évidemment similaire à la nôtre, sur de l'élaboration de produits alimentaires prêts à consommer.

On n'a pas de calendrier, mais cela pourrait aboutir en fin d'année ou début d'année prochaine."

"Tout est produit en France"

Toute votre production est-elle commercialisée sous la marque Pierre Martinet ?

"Non, nous produisons aussi pour des marques distributeurs, en France comme à l'étranger. Sur notre chiffre d'affaires, la répartition est à 50-50, alors que sur le volume, on est plutôt sur 60 % de production de MD, contre 40 % de Pierre Martinet. Nos salades distributeurs sont à base de produits et recettes plus basiques. Tout est produit en France."

Votre chiffre d'affaires était, en 2020, de 178 M€. Comment envisagez-vous 2021 ?

"En 2020, on est resté globalement sur le CA de 2019, avec peut-être - 3 % en volumes. Ce qui était un peu moins que nos objectifs, mais nous avons plus valorisé, notamment grâce au développement de nos gammes évasion, végétales, et bio.

Pour 2021, nous sommes pour le moment optimistes même si la situation ne cesse d'évoluer. En mars, nous avons rattrapé le retard pris en janvier et février. En avril, nous sommes un peu en avance sur les objectifs, ce qui prouve que nous, comme nos clients, commençons à nous rôder sur la crise du Covid-19. Je vois une belle année 2021, avec une croissance de 3 à 4 %, à périmètre constant. Si on opère la croissance externe, ce sera plus."

© Caroline Thermoz-Liaudy / Chaîne de production de taboulé à Saint-Quentin-Fallavier

Crise du Covid-19 : "L'Etat a beaucoup aidé"

Vous partagez la vision qui avance que s'il y a des mesures restrictives sur le quotidien, l'économie a pu se maintenir ?

"L'Etat a beaucoup aidé, à la fois les salariés avec le chômage partiel, et les entreprises avec le PGE. Tout cela a permis à l'économie de repartir plus facilement que dans d'autres pays. Nous avons souscrit un PGE, qu'a priori, nous devrions rembourser prochainement."

Vous allez investir 5 M€ en 2021, sur un rythme d'investissement que vous qualifiez d'assez classique. Sur quels projets ?

"Oui, c'est le montant que nous investissons régulièrement, et c'est un chiffre que l'on donne avec toute la prudence de mise à cause du Covid-19. Peut-être qu'on le dépassera. On fera essentiellement du renouvellement matériel."

Entre nous...

Son style de management... Un management instauré sur la confiance. C'est une gestion en « bon père de famille ».

Ses lectures... En ce moment je lis "Une Terre promise", les mémoires de Barack Obama. Et hier on m'a offert un livre sur les Beatles, qui sera le prochain.

Son lieu ressource... J'aime être partout ! J'aime être chez moi. J'aime être à Chamonix où j'ai fêté mes 20 ans. J'aime être en Turquie qui est le pays de ma femme. Et j'aime les circuits automobiles.

Ses inspirations... Un grand monsieur, Serge Kampf, fondateur de Capgemini. Je le dis d'ailleurs dans mon livre.

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