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Théâtre : Philippe Vincent, Müller machine

Théâtre : Philippe Vincent, Müller machine
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CultureSpectacle vivant Publié le ,

Depuis Quartett, en 1987, Philippe Vincent a monté une douzaine d’oeuvres d’Heiner Müller. Le dramaturge allemand colle à la peau du metteur en scène stéphanois qui fut longtemps le poil à gratter de Philippe Faure au Théâtre de la Croix-Rousse. Pour comprendre cette complicité, il faut remonter au début des années 80, lorsque ce petit-fils d’inventeur, que sa mère destinait à des études de mécanique, découvre le théâtre. Un stage d’une semaine le met en selle. Quinze jours plus tard, il crée sa première compagnie. Jusque là, Philippe Vincent, qui a 18 ans, ne connaissait de l’art dramatique que ce qu’en montrait Au théâtre ce soir !
Au début, ce bassiste voulait faire du rock. Il concilie les planches et les scènes musicales alternatives. Il rate aussi son bac, comme il « rate » l’Ecole de la Comédie de Saint-Etienne où il entre en 1984 pour en sortir l’année suivante. Il venait de mettre « la main dans l’eau froide ». La découverte d’Heiner Müller, en 1986, marque un tournant décisif. « La découverte de ses textes a bouleversé ma vision du théâtre en même temps qu’elle me ramenait sur les chemins du rock, aux années Abbey Road de John Lennon, où l’on se laisse gagner par la violence de la poésie même si on ne comprends pas tout. Müller a fait entrer le théâtre dans le post-modernisme, en le libérant de la narration»
Philippe Vincent, qui rencontrera le dramaturge allemand à deux reprises, monte Quartett puis lit Hamlet Machine. « Je ne comprenais rien compris ». Jusqu’au jour où il accepte l’idée de ne pas comprendre. Et surtout l’idée que « le théâtre se fabrique avec des éléments dont le texte n’est qu’un des matériaux. Cette approche a définitivement déteint sur ma manière de faire du théâtre. ». Les nouvelles technologies font partie de son univers. Il sature d’effets visuels et sonores des spectacles auxquels collaborent musiciens et chorégraphes et dans lesquels le public peut entrer sans effraction.


Depuis 1984, ce trublion de la scène régionale a eu les honneurs d’Avignon, créé une cinquantaine de spectacles et tourné une dizaine de films. Outre Heiner Müller, dont il a signé quatre versions de Hamlet Machine, Philippe Vincent a travaillé sur les Grecs, Shakespeare et d’autres auteurs contemporains notamment Riad Ghami, dont, ces jours-ci, il reprend Où et quand nous sommes morts au Théâtre du Point du Jour. Cette nouvelle résidence –sa compagnie Scènes occupe les lieux pendant le premier semestre 2016- s’inscrit dans son parcours d’artisan d’ « un théâtre qui se fabrique». Son compagnonnage à la Croix-Rousse, au Théâtre de Vénissieux puis aux Subsistances témoignent d’un engagement dans la recherche d’une esthétique pas toujours accessible. « Roger Planchon disait que pour ne pas s’ennuyer au football, il faut connaître les règles du jeu. Il y a un peu de cela au théâtre », renvoie-t-il à ses détracteurs.
Ces dernières années, sollicité sous d’autres cieux, il a pris ses distances avec la scène lyonnaise où il conserve des amitiés artistiques, particulièrement Maguy Marin et de Jean-Paul Delore. L’aventure internationale a commencé sur la place Tahrir, en plein Printemps arabe où il venait, à l’invitation de Riad Ghami présenter un spectacle sur 11 décembre. Pas le moment ! Alors, avec son hôte, il co-écrit Un arabe dans mon miroir. D’autres projets prennent le relais, aux Etats-Unis, au Portugal et même au Burkina Faso. A la fin du mois de mars, Philippe Vincent rendra les clés du théâtre à Gwénaël Morin. Mais l’aventure se poursuivra, cet été au festival Montpellier Danse, puis la saison prochaine au TNP où il présentera Gonzoo, un spectacle coproduit par la Comédie de Saint-Etienne.

L’Etranger

Comédie politique, sombre « et de droite », Où et quand nous sommes morts met en scène un «arabe de banlieue » au milieu d’un groupe de bobos des beaux quartiers, démocrates et antiracistes. Cette pièce fustige une gauche bien pensante qui laisse transpirer son sentiment de supériorité. Seul un auteur arabe pouvait écrire un tel texte que Philippe Vincent rapproche de Affreux sales et méchants de Risi. Par la suite, du 3 au 11 mars, le Point du Jour affiche Total(e) indépendance. Ce spectacle s’inspire de la faillite de la Grèce et de la possible privatisation d’un pays.

Théâtre du Point du Jour jusqu’au 20 février

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