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Philippe Valentin (président CCI Lyon Métropole Saint-Étienne Roanne) : "Nous préparons le rebond"

Publié le - - Grand témoin

Philippe Valentin (président CCI Lyon Métropole Saint-Étienne Roanne) : "Nous préparons le rebond"
© Marine-AGathe Gonard - Philippe Valentin estime que la crise accélère la transformation du modèle économique de la CCI.

En remplaçant au pied levé son prédécesseur en septembre 2019, Philippe Valentin a engagé un vaste mouvement de "réinvention" de la CCI Lyon Métropole Saint-Étienne Roanne. Le contexte chahuté de crise sanitaire n'a pas freiné les velléités du président de la chambre consulaire.

De quelle manière avez-vous positionné votre mandat ?

"Nous avons fait le choix de nous réinventer. En gardant nos fondamentaux sur l'accompagnement des entreprises mais en réorganisant nos services en mode agile, en mettant le client, c'est à dire l'entreprise, au centre de nos logiques d'accompagnement. Nous sommes en prise directe avec le terrain pour bénéficier de remontées issues de nos territoires afin de cibler nos actions. Nous souhaitions également être en cohérence avec nos partenaires et le nouvel écosystème politique local.

Aussi, la CCI est sortie d'un modèle économique "artificiel" avec un résultat d'exploitation toujours négatif, mais qui était compensé par la gestion des équipements dont nous sommes actionnaires, comme l'aéroport Lyon Saint-Exupéry par exemple. La crise que nous connaissons a montré les limites d'un tel fonctionnement avec des revenus quasiment nuls issus de l'aéroport. Du jour au lendemain, notre modèle financier a été impacté avec 8 millions d'euros de rentrées en moins du fait de sa faible activité.

Depuis 2015, nous fonctionnons avec 75 % des ressources fiscales en moins, soit 50 % de chiffre d'affaires amputés. Aucune entreprise classique ne pourrait maintenir une activité à travers ce modèle. Sur ce mandat, nous disposons d'un budget de 50 M€, soit une baisse de 11 M€. Mais il semble que cette baisse de revenus soit jugulée, l'État ayant compris depuis le début de la crise que les CCI avaient un vrai rôle pour être le bras armé de l'État dans l'accompagnement des entreprises."

La crise a finalement accéléré votre mutation ?

"Dès le premier confinement, beaucoup d'informations émanaient tous azimuts, à tel point que les chefs d'entreprise étaient perdus dans les démarches à suivre, qu'il s'agisse de chômage partiel, de PGE ou encore de sécurité au travail avec notamment les mesures sanitaires alors en vigueur. D'où la démarche "CARE" qui rassemble 50 partenaires aujourd'hui et enregistre 40 000 appels sortants, avec près de 100 personnes à pied d'œuvre en back-office.

Il s'agit d'une plateforme digitale et physique sur laquelle les chefs d'entreprise vont bénéficier d'un accompagnement sur-mesure, en obtenant rapidement des conseils et des pistes vers des dispositifs ou des programmes qui leur permettent de traiter leurs problématiques du moment."

© Marine-Agathe Gonard

Filiale d'investissement : "Lancement en juin"

Que devient l'offre de services gratuits qui vont devenir payants ?


"Nous y travaillons actuellement. C'est un travail important de changement des mentalités en interne et puis auprès des entreprises qui nous sollicitent. Il faut aussi veiller à ne pas concurrencer inutilement d'autres structures d'accompagnement en lançant des produits similaires. Nous voulons apporter de la valeur ajoutée à nos offres de services.

Nous avons chiffré à 7 M€ le montant des revenus issus de ces nouvelles prestations."


Ses dates clés

1991 Conservatoire national des Arts et Métiers

1999 Fonde le groupe de construction Valentin

2017 Crée la société spécialiste du Bim, Bimsky

2019 Élu président de la CCI Lyon Métropole Saint-Etienne- Roanne


Où en est la création de la filiale d'investissement que vous aviez annoncé en septembre ?

Le contexte Covid a repoussé son lancement, mais elle est juridiquement sur les rails. Cette filiale d'investissement, qui sera lancée fin juin, est la continuité de Novacité, un accélérateur fondé en 1987 par la CCI de Lyon et qui a pour objectif de faciliter l'émergence et la croissance d'entreprises innovantes.

L'ambition, aujourd'hui, est d'offrir une valeur ajoutée via la puissance consulaire, avec une entrée au capital de la CCI des entreprises accompagnées. Un levier qui permet de légitimer des programmes de financements avec d'autres investisseurs."

Un plan assumé

Quelles seront vos actions en 2021 ?

"Au début de la crise, notre mission était de diffuser les informations qualifiées qui nous parvenaient de différents organismes. Nous agissons en fonction de la problématique du moment des entreprises. Nous préparons la phase de rebond des entreprises en leur ouvrant de nouveaux champs de réflexions et de prospections.

Je pense aux segments de l'écologie, de l'environnement ou de l'énergie. Il faut trouver des solutions innovantes quand la reprise apparaitra, eu égard déjà aux besoins en fond de roulement."

Malgré tout, vous n'avez pas pu éviter un plan social ?


"Dès mon arrivée, j'avais clairement établi que la masse salariale de la CCI (+ 50 % des charges de son fonctionnement) n'était pas compatible avec nos ambitions de transformation. Nous avons souhaité limiter au maximum la casse sociale. Et avant de nous attaquer aux ressources humaines, nous avons œuvré d'abord à la baisse des charges fixes, des frais généraux, sur l'optimisation de l'immobilier, et au développement de nouveaux produits à commercialiser. Nous avons opéré en toute transparence et assumons pleinement cette politique.

J'aurais pu faire un choix plus structurant de ne pas agir et donc de ne pas faire de vague dans ma prise de fonction au pied levé suite au départ d'Emmanuel Imberton. Ce n'est pas dans ma nature d'agir de la sorte. Une centaine de postes étaient ciblés par ce plan de réduction des effectifs. Nous avons pu aboutir finalement à 60 départs (40 à Lyon, 14 à Saint- Étienne et 6 à Roanne, Ndlr), et donc avons pu maintenir 40 postes grâce à un travail intense sur les RH."

"Les professionnels doivent avoir un objectif de reprise"

Pourquoi exiger une date précise de reprise, spécialement pour le secteur de l'événementiel, comme vous l'avez fait ?

"Les professionnels doivent avoir un objectif de reprise, car il n'y a rien de plus mortifère que d'avancer au coup par coup en entretenant de faux espoirs avec des échéances trop court-termistes. Et pourquoi ne pas se préparer, par exemple pour fin avril, et se mettre en ordre de marche sur une possible reprise en ayant- tenu compte des évolutions sanitaires avec la gestion du variant de la Covid-19 ?

Tout en étant conscient, mature et honnête, de reporter la reprise en cas de nouvelle vague forte ? Il faut donner des perspectives aux chefs d'entreprise qui commencent à être fatigués et usés.

© Marine-Agathe Gonard

Certains acteurs économiques "se sont émus" de la victoire des écologistes à la mairie et à la métropole de Lyon. Est-ce votre cas ?

Le jeu politique ne m'intéresse pas. En tant que président de la CCI, je discute avec tout le monde, hors de toute considération politique. C'est le jeu de la démocratie. Je sais bien sûr que l'on ne pourra pas être en phase sur tout, ce n'est pas le sujet. Il faut que nous avancions tous pour plus de cohésion."

Vous évoquez une perte de légitimité des CCI en France. L'ont-elles retrouvée ?

"Notre logique est de nous rapprocher encore plus du tissu économique, qu'il s'agisse de start-up, de TPE ou de PME, en tant interface, et pour globalement aiguiller les entreprises. Nous n'avons pas la prétention d'accompagner tout le monde sur tout. Ce positionnement clair et transparent, a eu de l'écho auprès de l'État qui a retrouvé dans le réseau consulaire, un acteur de premier plan.

D'ailleurs, dans le cadre du plan de relance, la préfecture nous a clairement identifiée pour être le point d'entrée dans l'écosystème économique qui rassemble environ 150 000 entreprises sur notre territoire. Le fait de qualifier les informations de terrain, de les compiler et de les rediriger en très peu de temps à nos partenaires a permis de retrouver une légitimité.

Les CCI sont revenues au centre du jeu. Il était nécessaire de réinventer ce modèle consulaire né au XVIe siècle. On initie, on fédère, on impulse : on revient finalement à la genèse de nos actions."

Entre nous...

Son rituel du matin... Je fais du vélo avant de commencer ma journée de travail.

Son style de management... Je suis dans la confiance, je délègue beaucoup. Expliquer, convaincre et faire adhérer.

Ses inspirations... La musique classique, les romans de Houellebecq et les dessins-animés.

Son lieu de prédilection... La mer, le fait de changer de temps et d'espace, c'est une vraie passion.




Julien THIBERT
Journaliste

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