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Philippe Brossette porte son regard sur un ancêtre visionnaire

Philippe Brossette porte son regard sur un ancêtre visionnaire

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Né à Lyon dans une famille de canuts qui fabrique des rubans à chapeaux, Marius Berliet a le génie de la mécanique. Très vite, il abandonne les métiers à tisser pour fabriquer un premier moteur en 1894, puis une voiture en 1895. C’est alors le début d’une longue histoire qui le conduit à construire, produire, investir, innover et travailler sans relâche. En 1913, il emploie 3 150 salariés et vend 3 000 voitures et 300 camions. Lors de la Première Guerre mondiale, le camion de type CBA s’illustre sur la Voie sacrée à Verdun, tandis que 4 500 obus sortent des usines Berliet. Les difficultés économiques incitent ensuite Marius Berliet à développer le moteur diesel qui fera de son entreprise le leader du transport routier en France. En 1944, il est dépossédé de son usine qui restera sous séquestre pendant cinq ans. Il est assigné à résidence à Cannes où il décède en mai 1949, quelques mois avant que l’affaire soit restituée à la famille par un arrêt du Conseil d’Etat. « Je me souviens, raconte Philippe Brossette, quand nous allions voir mon grand-père à Cannes, je l’entendais taper à la machine à écrire la nuit car pour lui, le temps était un bien éphémère qu’il utilisait au mieux. Il diffusait des documents et menait un combat incessant pour retrouver son usine. C’était un homme strict, très exigeant, avec des principes éducatifs issus de la Petite Eglise à laquelle la famille appartenait. Mais il était aussi paternel et aimant, doté d’une générosité de cœur et d’une ouverture d’esprit exceptionnelles. Il avait instauré un système de protection sociale au sein de son entreprise bien avant qu’elle n’existe dans le paysage français. Il faisait également transporter ses ouvriers en autocar depuis leur domicile jusqu’à l’usine pour leur permettre ainsi de conserver leur lieu d’habitation sans contraintes. Il avait aussi créé une crèche d’entreprise en 1916, car les femmes fabriquaient les obus. Il s’est toujours efforcé de défendre les plus faibles. Dans sa maison, où se trouve actuellement la Fondation, il logeait une grande partie de sa famille élargie. C’était un humaniste et un visionnaire ».
Fils d’Yvonne Berliet, Philippe Brossette a tracé sa carrière professionnelle au sein de l’entreprise familiale, suivant ce destin qui lui a apporté un grand bonheur. Après des études d’ingénieur à l’école polytechnique de Zurich et à l’école supérieure des pétroles moteurs, il intègre tout naturellement la société Berliet. « Je n’ai pas cherché ailleurs ! », avoue-t-il. Il s’occupe de l’inspection des moteurs, puis de l’export. Il développe l’international dans les pays orientaux, installe une base au Nigéria, construit la première usine à Cuba en 1969, démarre des activités en Afrique et en Amérique latine et voyage en permanence. « La formation était le pilier de la culture Berliet. Je suis parti à Cuba pour former des gens. »
Il rencontre Fidel Castro, Saddam Hussein, Kadhafi, découvre la Chine avant qu’elle ne s’éveille, Cuba après sa révolution et l’Afrique en route pour la décolonisation. « Berliet fut la première société au monde à faire du transfert de technologies en Chine », précise Philippe Brossette. Puis la roue tourne et l’entreprise Berliet est rachetée par RVI en 1975. Un moment difficile dans l’histoire paternaliste de la société qui, en 1974, emploie alors 24 500 personnes, dont 17 000 sur ses sites lyonnais. Philippe Brossette poursuit son évolution en Afrique, en Libye et en Egypte, des pays qui n’hésitent pas à investir dans les camions. Il devient ensuite directeur commercial France et Europe, puis directeur du marketing de RVI et enfin directeur du plan produit, une fonction qu’il conserve lors de la fusion avec Volvo en 2000. Lorsque l’heure de la retraite sonne en 2009, son oncle Paul Berliet lui confie la présidence de la Fondation de l’automobile Marius Berliet. Un emploi bénévole à plein temps auquel il se consacre avec une passion et une abnégation ataviques.

Agnès Giraud-Passot

Une année évocatrice

Du 3 au 7 février, un camion Berliet sera présenté au salon Rétromobile à Paris. Le 12 février, un camion CBA sera déposé au mémorial rénové de Verdun. En novembre, des voitures Berliet seront exposées à Eurexpo. La Fondation Berliet sera également présente à la Foire de Lyon. Une mention a été attribuée à Marius Berliet dans le recueil des commémorations nationales.

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