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INTERVIEW Paul-Alan Dollinger, directeur général délégué de Sanofi Pasteur : "Nous avons prouvé notre capacité à rebondir"

Avec la préparation de son prochain vaccin, Sanofi démontre sa capacité à répondre à l’urgence vaccinale en mobilisant ses équipes notamment dans le bassin lyonnais. Pour le directeur général délégué de Sanofi Pasteur (filiale du groupe), Paul-Alan Dollinger, l’investissement dans la R&D localement est indispensable à l’émergence d’une filière industrielle européenne puissante et nécessaire.
Paul-Alan Dollinger, directeur général délégué de Sanofi Pasteur : "Nous avons prouvé notre capacité à rebondir"
© Sanofi Pasteur / Jean Fotso - Paul-Alan Dollinger, directeur général délégué de Sanofi Pasteur.

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Quel est votre sentiment sur la situation sanitaire en France et la progression de la vaccination ?

Il faut se dire une chose : nous avons de la chance. Les vaccins sont disponibles et accessible, et en quantité. Les chiffres sont éloquents : 83 % des moins de 65 ans et 89 % des plus de 65 ans sont aujourd’hui vaccinés. Bien que le virus circule toujours, l’ombre d’une quatrième vague n’est pas d’actualité. Pour autant, il faut rester vigilant car si on a beaucoup parlé du variant Delta, on peut aussi se poser la question de la résistance d’autres variants comme le variant Mu qui sévit en Colombie. Il faut donc proposer et convaincre encore plus ceux qui ne sont pas vaccinés de le faire."

Sanofi prévoit une fin d’année très dense autour de la préparation du vaccin à protéine recombinante avec adjuvent ? Quelle est sa caractéristique ?

Nous nous sommes associés de manière inédite à notre concurrent GSK pour développer une approche collaborative. Je tiens d’ailleurs à souligner le fait que toutes les solutions vaccinales trouvées pendant la crise du Covid se sont faites sur des modes partenariaux.

Concernant ce vaccin, notre essai clinique en est au stade de la phase 3. D’ici la fin de l’année, nous pourrons fournir un vaccin en deux doses ainsi qu’un vaccin de rappel universel (une dose, Ndlr) pouvant être administré après n’importe quel vaccin initial. Nous nous sommes engagés pour cela à produire à risque, c’est à dire anticipant l’autorisation, que nous avons reçu pour être prêts d’ici décembre. Sanofi fournit l’antigène recombinant et GSK fournit son adjuvant à usage pandémique.

© Jean Fotso

Sanofi dans le Rhône, c’est 5 000 emplois

A quoi va servir votre Centre d’excellence et quel rôle va jouer le site de Marcy-l’Etoile ?

Nous allons investir 400 millions d’euros par an dans les 5 années à venir dans ce Centre d’excellence dédié aux vaccins à ARN messager. Avec l’objectif de développer une nouvelle génération de vaccins. 400 collaborateurs (production et R&D, Ndlr) seront déployés sur deux sites. L’un à Cambridge près de Boston et l’autre donc à Marcy-L’Étoile.

Nos équipes vont par exemple travailler sur l’amélioration de de thermostabilité des vaccins, sur des questions de tolérances ou encore sur l’élaboration du vaccin ARN Messager avec la capsule du vaccin qui puisse accueillir plusieurs antigènes. Il s’agit d’une première étape avant la phase d’industrialisation de nouveaux vaccins candidats.

En deux ans, Sanofi a par ailleurs investi localement dans un nouveau site de production flexible et digitalisé à Neuville-sur-Saône (Plus de 500 M€ d’investissements) et dans un centre de R&D à Marcy-l’Etoile, (120 M€). Nous nous appuyons également sur l’écosystème local de la santé.


Ses dates clés

1992 Doctorat en pharmacie de l’université Claude Bernard Lyon 1

2008 Chef du bureau Asie-Pacifique de Sanofi Pasteur

2017 Chef de la stratégie de Sanofi Pasteur

2021 Directeur général délégué de Sanofi Pasteur


Pourquoi participez-vous à l’Odyssée des Entrepreneurs organisée le 23 septembre par le Medef Lyon-Rhône ?

Sanofi dans le Rhône, c’est 5 000 emplois, quatre sites et trois domaines d’expertise. Nous abritons de plus le siège mondial de l’activité Vaccins. Nous sommes donc un acteur clé de la filière santé sur le territoire et il était important pour nous, compte tenu de cette position de pouvoir partager et dialoguer sur notre propre expérience avec d’autres entreprises et dirigeants du territoire. 

© Google Maps Streetview / "Sanofi dans le Rhône, c’est 5 000 emplois", rappelle Paul-Alan Dollinger.

Que vous inspire la thématique de la table ronde à laquelle vous allez participer : « Les signaux captés pour transformer les entreprises et proposer de nouveaux modèles tournés vers l’innovation ? »

La thématique de la boussole et des signaux nous a déjà plu. Et bien au-delà de la force ou la faiblesse de certains signaux, c’est bien de la capacité à prendre des décisions qui guide nos nouveaux modèles. Parmi les signaux forts de notre temps, la RSE, sur laquelle l’engagement ne peut être partiel. Très tôt chez Sanofi, nous nous sommes engagés dans la défense de notre pla- nète ou la place des femmes en entreprise.

Notre engagement sociétal dépasse de loin les frontières de nos propres expertises de santé puisque nous nous sommes également impliqués depuis trois ans au près des plus vulnérables via l’Entreprise des Possibles. Aussi, à travers notre initiative « Place d’avenir » nous avons proposé près de 1 500 contrats d’alternance et de stages aux jeunes, notamment issus de quartiers défavorisés. La thématique de l’Odyssée des Entrepreneurs à travers le prisme de la boussole nous inspire donc beaucoup sur ce volet sociétal."

"L’engagement et l’implication de nos collaborateurs dans une période compliquée"

Qu’a révélé la crise chez Sanofi en matière de fonctionnement de groupe ?

Depuis trois ans nous agissons autour de deux axes majeurs : le patient et l’innovation avec des problématiques liées à la mauvaise prise en charge, voire aucun prise en charge sur certains traitements. Cette période nous a poussée aussi à engager une collaboration avec GSK qui aurait été totalement impossible en temps normal mais qui s’est révélée absolument indispensable en temps de crise.

Nous souhaitons aussi renforcer nos collaborations locales, notamment avec les HCL qui sont notre deuxième centre d’excellence clinique. Je pense précisément au Centre de virologie dirigé par le professeur Lina à l’hôpital de la Croix-Rousse. Je rappelle également que nous sommes le seul laboratoire pharmaceutique mondial à avoir proposer de fabriquer la vaccination de nos concurrents. Avec nos équipes motivées malgré des situations compliquées et le déploiement du télétravail, nous avons pu ainsi montrer notre capacité à rebondir et que notre outil industriel était puissant.

En tant que grand groupe vous agissez en quelque sorte comme un catalyseur auprès de votre écosystème ?

C’est un rôle des grands groupes qui reste méconnu mais il est important que Sanofi, sur son territoire puisse emmener dans son sillage l’ensemble des expertises locales de la santé. Nous avons la chance de travailler avec 900 entreprises partenaires du bassin lyonnais pour un montant global de 1,2 milliard d'euros par an.

Et puis, en tant que membre fondateur de Lyonbiopôle nous devons nous inscrire en force aux côtés d’autres grands groupes comme Biomérieux, Boiron ou encore Boehringer Ingelheim, afin d’engager de vraies réflexions sur une meilleure prise en compte de la filière santé en tant que filière stratégique à l’échelon national et européen.

"Le groupe Sanofi travaille sur quatre segments majeurs : la vaccination, l’oncologie, l’immuno-inflammation et les maladies rares"

Un point d’actualité sur la stratégie de développement de Sanofi ? Quels sont les leviers de croissance du groupe ?

Notre nouvelle stratégie s’inscrit avec l’arrivée de Paul Husdon comme directeur général de Sanofi en 2019. Il a opéré des choix impactant et parfois difficiles avec par exemple l’arrêt de la recherche contre le diabète, une expertise historique chez Sanofi. Mais au regard de notre portefeuille, nous n’étions pas les mieux placés.

Aujourd’hui, le groupe travaille sur quatre segments majeurs : la vaccination, l’oncologie, l’immuno-inflammation et les maladies rares. Nous sommes à présent dans une phase d’implémentation et le développement de nos produits phares comme par exemple le Dupixent (médicament biolo- gique pour le traitement de la dermatite atopique modérée à sévère, Ndlr) qui représente aujourd’hui 4,5 M€ de chiffre d’affaires."

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