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Patrimoine - Premiers métaux lyonnais

Quand j’ai commencé à travailler dans le domaine de l’archéologie locale, il y a… disons plus de 50 ans, il était généralement admis qu’il ne se passait rien, qu’il n’y avait pas eu d’histoire sur la rive gauche du Rhône, et qu’il fallait atteindre les premiers reliefs sérieux pour s’attendre à y trouver des traces d’occupation humaine.

ActualitéSociété Publié le ,

On est absolument persuadé que la zone est totalement inondable, et par conséquent inhabitable, abandonnée à « Lônes et Brotteaux », c’est-à-dire, aux bras morts et aux prés humides. Seuls n’ont été surveillées que les zones supposées se trouver à proximité des voies antiques et sur des collines morainiques.
C’est ainsi qu’ont été localisés deux habitats différents, qui avaient été occupés autour de 1000 avant J.-C. Afin de limiter les zones archéologiques sensibles, 130 hectares ont été sondés et 20 hectares réellement intéressants ont été ensuite fouillés, sur la commune de Saint-Priest. La ZAC des Perches et celle des Feuilly. Il a fallu beaucoup de minutie et d’attention pour identifier ces sites et leurs éléments constitutifs. Pas de murs, pas de constructions classiques, mais ce que l’on a coutume d’appeler des structures en creux ou en négatif : des fosses, des silos, des trous de poteaux qui ne sont visibles que par la différence de couleur des comblements.
Une fouille très fine et sur tout un relevé attentif permettent d’identifier des alignements révélateurs de constructions en terre et en bois, des habitats regroupés en hameaux avec, autour des foyers et des fours à pierres chauffantes et des fosses d’extraction de matériaux qui ont été ensuite comblés par des rebuts et des dépotoirs. Les plus spectaculaires des vestiges étaient constitués, sur la ZAC des Feuilly, par deux dépôts séparés d’objets en bronze. Le premier qui comprenait 80 objets était contenu dans un vase en terre cuite, et était constitué essentiellement d’objets de parure : anneaux, pendeloques, disques, bracelets, épingles et quelques outils. Le second, beaucoup plus nombreux, comprenait 800 objets ou fragments d’objets, avec encore des bijoux ou des ornements de parure : bracelets, fibules, boucles, mais aussi de nombreux outils et des armes : lames d’épées, pointes de lances etc. Certains de ces objets ont été brisés, ou pliés volontairement très probablement.
Des dépôts d’objets métalliques de cette période ne sont pas rares en Gaule, mais il s’agit en général de découvertes fortuites, or les deux exemplaires Lyonnais proviennent de fouilles méthodiques d’habitat. Ils ont donc été recueillis dans des conditions parfaites, les dépôts ayant été extraits en blocs moulés dans du plâtre, ce qui a permis de les fouiller, ensuite en laboratoire, conditions parfaites d’observation.
Quel pouvait être la destination de ces dépôts ? Deux hypothèses sont retenues. Ou bien il s’agit de cachettes ou d’objets de dépôts de fondeurs destinés à être refondus et moulés pour fabriquer de nouveaux objets, ce qui expliquerait la présence de nombreux objets brisés, issus de récupérations. Mais on peut aussi penser à des dépôts votifs, liés à un culte. L’étude complète permettra peut-être de trancher pour Lyon, entre ces deux hypothèses. La datation de ces ensembles ne pose guère de problème. Ils remontent à la première période où l’homme maîtrise parfaitement la fabrication d’un métal : l’âge du bronze et l’on peut la dater ici assez correctement, aux alentours de 1000 avant Jésus-Christ. Mais nous y reviendrons plus précisément quand nous évoquerons les origines de notre agglomération.

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