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Patrick Martin croit dur comme fer à l'industrie

Patrick Martin croit dur comme fer à l'industrie

ActualitéGrand témoin Publié le ,

Vous venez d’être élu à l’unanimité à la présidence du Medef Auvergne-Rhône-Alpes. Que signifie pour vous cet engagement ?

Je fais partie de ceux qui considèrent que l’on ne peut pas être spectateur ou commentateur, en particulier lorsque l’on est chef d’entreprise et que l’on dépend beaucoup de l’environnement économique et institutionnel. Si l’on ne retrousse pas ses manches et si l’on n’intervient pas dans le débat en défendant des intérêts collectifs, il ne faut pas s’étonner que les choses ne fonctionnent pas comme on le souhaite ! Mon engagement au Medef n’est jamais que le prolongement de mon engagement entrepreneurial. Je pense, en outre, que l’on est dans une période très intéressante. Notre modèle économique évolue et remet en cause beaucoup de choses (les formes de salariat, la digitalisation…). On constate également une véritable évolution des mentalités, notamment chez les jeunes, qui se rêvent peut-être moins fonctionnaires qu’il fut un temps, mais aspirent davantage à se mettre à leur compte, créer leur entreprise… Et découvrent, par la même occasion, les lourdeurs de la législation française. Cette période peut sembler inquiétante, mais je la trouve exaltante.

Cette élection n’est pas complètement une première dans votre parcours…

Effectivement, à 40 ans, j’ai été successivement vice-président délégué, puis délégué, puis président du Medef de l’Ain, entre 2003 et 2007, pour cette dernière fonction. Notre groupement de l’Ain est particulièrement efficace et convivial. De 2006 à 2011, je suis devenu président du Medef Rhône-Alpes. Mon père a également été président de ce qui n’était pas encore le Medef de l’Ain, le CNPF.

D’Auvergne à Rhône-Alpes, il n’y a qu’un pas ?

La région Auvergne-Rhône-Alpes est puissante. Il s’agit de la première région industrielle de France, et je crois dur comme fer à l’industrie. Le nouvel exécutif régional semble à l’écoute et demandeur de co-construction en matière économique, sur des sujets tels que la formation, l’international, l’innovation… Si nous conjuguons nos analyses, nos efforts et nos discours avec d’autres acteurs (chambres de commerce et d’industrie, la Région, les conseils départementaux…), nous donnerons du corps à la supposée régionalisation. Or, pour l’heure, elle n’est pas aboutie.

« Je crois dur comme fer à l’industrie »

Ce qui n’empêche pas certains dirigeants d’entreprises auvergnats de s’inquiéter d’une éventuelle volonté hégémonique de leurs confrères rhônalpins…

Il y a, en effet, de la part de certains dirigeants auvergnats une appréhension quant à la mise en œuvre d’une forme de centralisme régional au profit de la région lyonnaise et au détriment de territoires plus éloignés. Mais je suis originaire de l’Ain, pas de Lyon, et je vais m’attacher à les rassurer. Le Medef Auvergne-Rhône-Alpes défendra chaque adhérent et chaque territoire avec la même énergie et la même conviction.

Quelle « couleur » comptez-vous donner à ce nouveau mandat au sein du Medef régional ?

Je ne prétends pas révolutionner les choses ! Il existe une dimension institutionnelle dans les organisations professionnelles qui est à prendre en compte. L’idée que j’ai défendue, c’est que l’on soit le plus opérationnel possible. Il est également primordial de jouer collectif.

Nous avons identifié un certain nombre de thèmes, qui nous paraissent correspondre à de véritables problématiques pour les entreprises. Parmi eux, je citerai l’international, l’innovation, les infrastructures, l’emploi et la formation.

Une manière d’apporter une valeur ajoutée à vos adhérents ?

L’opérationnalité me paraît réellement fondamentale. On a un vrai sujet sur l’international, par exemple, singulièrement avec la disparition d’Erai. Le rôle du Medef est de rapprocher les gens, les organisations, les offres et de faire du prosélytisme auprès des adhérents dans ce maquis. C’est vrai pour l’international, mais également concernant l’innovation. Notre rôle est de sensibiliser, d’apporter de la pédagogie et des solutions. Oui, tout le monde est pour l’innovation, c’est certain. Mais lorsque vous êtes un dirigeant de PMI et que vous souhaitez vous intéresser au sujet, comment faites-vous ? Et paradoxalement, cela conduit à ce que beaucoup de dispositifs existants, du fait de leur méconnaissance, ne soient pas utilisés.

On a également un sujet conséquent avec les infrastructures, notamment l’aéroport Saint-Exupéry, au carrefour de plusieurs départements (Rhône, Ain, Isère). Il s’agit d’un projet emblématique pour l’attractivité de notre région, pour des investisseurs étrangers, ou pour des touristes. Délibérément, Saint-Exupéry a été jusque-là confiné en deuxième catégorie, ce qui est forcément pénalisant pour la région.

Concernant l’emploi et la formation, le Medef dispose d’ores et déjà d’outils efficaces, notamment pour rapprocher le monde de l’école de celui de l’entreprise. Des branches sont extrêmement bien organisées en la matière, comme la métallurgie ou le bâtiment. Mais toutes ne sont pas équipées. De plus, on constate des besoins émergents très forts sur certaines formations, typiquement sur ce qui touche au numérique. C’est un sujet sur lequel le Medef a un rôle à jouer, étant, par essence, interprofessionnel. Notre syndicat est un catalyseur.

Comment cela va-t-il se passer dans la pratique ?

En face de chaque thème, nous avons identifié un référent, pour porter les sujets, toujours dans cet esprit d’identifier les compétences, les offres, les moyens, les chaînons manquants, pour que l’on construise quelque chose de cohérent, d’opérationnel et de pragmatique. Ensuite, nous mettrons ces outils à disposition des Medef territoriaux et des branches qui composent l’organisation régionale. Le Medef régional, c’est d’abord de l’interprofessionnel, en agrégeant tous les secteurs d’activité et les douze départements de la région. Le Medef Aura n’a pas d’adhérents directs : les 100 000 adhérents sont ceux des branches et / ou des territoires. Cette entité a son utilité, pour mutualiser les attentes des uns et des autres, pour trouver des solutions qui ne peuvent être imaginées qu’à cet échelon régional.

« Saint-Exupéry a été jusque-là confiné en deuxième catégorie… »

Un autre volet d’action concerne la réglementation…

Nous sommes tous bien conscients que les élus politiques ont à gérer des contradictions avec, en particulier, la restriction de leurs ressources. Mais il est important de les aider à être cohérents. Les mêmes qui nous disent que les entreprises, par leurs emplois, par leur rôle en termes d’aménagement du territoire, sont absolument essentielles, sont ceux qui réglementent, augmentent les taux d’imposition… Autant de mesures qui peuvent être dissuasives pour les entreprises. Le Medef a par exemple mis en place, lors de mon premier mandat, un observatoire de la fiscalité locale, qui identifie, par agglomération, par communauté urbaine, par département, les taux d’imposition. Il existe une concurrence fiscale entre les territoires pour conserver, voire amener les entreprises à investir !

Pour clore cet entretien, un sujet d’actualité : que pensez-vous du projet de loi Travail ?

On ignore aujourd’hui à quoi cela va aboutir. Le point qui fait débat, l’article 2 (inversion de la hiérarchie des normes, NDLR), est intéressant, non pas uniquement sur l’aspect technique, mais sur sa portée symbolique. Je crois au dialogue social dans les entreprises ! Une entreprise aspire à une durée de vie longue, à s’adapter. Vous ne pouvez pas vouloir des salariés motivés, formés et qui s’investissent, et d’un autre côté, dans une vision court-termiste et malsaine, leur faire prendre des vessies pour des lanternes !

C’est d’un archaïsme total de prétendre, dans un monde qui bouge tous les jours, tout régenter depuis Paris, savoir ce qui est bon pour chaque entreprise. C’est la négation du monde actuel. Sans oublier cette façon d’infantiliser les gens qui n’aspirent qu’à une chose, prendre leur destin en main.

SES DATES CLES

2016

Election à la présidence du Medef Auvergne-Rhône-Alpes

2006

Election à la présidence du Medef Rhône-Alpes. Il occupe ce poste jusqu’en 2011

2003

Election à la présidence du Medef de l’Ain.

1960

Naissance

Martin Belaysoud : une saga familiale bressane

Le premier président du nouveau Medef Auvergne-Rhône-Alpes n’est pas en peine lorsqu’il s’agit d’aborder la question de sa légitimité. Car le groupe qu’il préside, toujours détenu à 100 % par la famille fondatrice, a été fondé en 1829. Bientôt deux siècles d’existence et un parcours qui laisse rêveur, puisque Martin Belaysoud Expansion emploie aujourd’hui quelque 2 700 salariés et réalise un chiffre d’affaires consolidé de l’ordre de 670 M€. « Nous l’avons multiplié par 13 au cours des 25 dernières années », souligne Patrick Martin avec une légitime fierté.

Désormais numéro 3 français de son secteur d’activité, à savoir la distribution professionnelle de matériel de second œuvre technique du bâtiment, de fournitures industrielles et d’aciers, Martin Belaysoud Expansion dispose également d’un savoir-faire reconnu, en France mais aussi à l’étranger, dans la conception, construction et maintenance de biens d’investissement pour les industries pétrolière, gazière et aéronautique.

Tourné vers l’international depuis de nombreuses années, le groupe bressan n’en reste pas moins solidement implanté sur son territoire, avec 28 des 200 établissements qu’il exploite installés en Auvergne-Rhône-Alpes. Physiquement présent en Slovaquie, au travers d’une filiale, et en Afrique de l’Ouest avec une entité commerciale, Martin Belaysoud Expansion exporte ses produits en Afrique et au Moyen-Orient. Le groupe, qui a engagé une stratégie de croissance externe, vise le milliard d’euros de chiffre d’affaires à l’horizon 2020.

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