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Patrick Laupin : le pouvoir des mots

Patrick Laupin : le pouvoir des mots

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« En écrivant ce livre, j’avais une hélice intérieure de phrases qui tournaient dans ma poitrine. » Comme pour la trentaine d’ouvrages qu’il a écrit, Patrick Laupin, dans Le Dernier Avenir, l’ouvrage édité aux éditions La Rumeur libre en 2015 qui lui vaut la récompense du prix Kowalski , a écouté sa voix qui sommeille au plus profond de lui et qui surgit au travers de ses écrits. Comme une phrase ininterrompue, ce long monologue du poète qui laisse courir sa prose sur le papier est dépourvu de ponctuation, à l’exception de quelques points d’interrogation et de majuscules. « La ponctuation se fait de façon digitale et tactile dans le rêve intérieur de la langue. En écrivant, on laisse venir les mots, sans rupture, avec fluidité. Je me fie à l’intonation. » Patrick Laupin déballe ses humeurs, ses souvenirs et ses sentiments qui le ramènent sans cesse vers sa mère et sa jeunesse.
Né en 1950 dans une famille de mineurs de fond des Cévennes, il évoque avec douceur et mélancolie ce passé et cette vie remplie de secrets et d’amour qui l’a marqué à jamais. « J’ai toujours aimé écrire sur la mémoire des lieux. » Il grandit dans ce pays des mines puis en Savoie, élevé dans les non-dits auprès de sa mère qu’il aime passionnément. Dans son coin, il écrit des rédactions, des petites histoires et des poésies et s’échappe ainsi de ces mystères qui l’entourent et de ce contexte familial obscur. « Le silence des adultes me plongeait dans un mutisme. L’école m’a sauvé. J’étais toujours le premier de la classe. J’étais un petit méritant du monde ouvrier. J’avais promis à ma grand-mère de devenir journaliste ou instituteur. »
Promesse tenue. Après de belles rencontres avec des personnages célèbres comme Elizabeth Vailland ou moins glorieuses avec des caïds, Patrick Laupin enseigne pendant quinze ans au Prado à Lyon, une école qui accueille des enfants en situation précaire ou douloureuse. Sans doute se retrouve-t-il alors un peu en eux, et il les incite à laisser parler leur cœur en écrivant. Comme lui le fait depuis longtemps. « Ces gosses avaient des histoires pleines de tumultes. » Avec les jeunes des collèges et des lycées, il réalise des petits livres, constitués de tranches de vie et d’émotions cachées.
Il travaille également auprès d’enfants autistes et de femmes analphabètes. « Je m’intéresse beaucoup aux gens qui perdent leur monde, aux rêves, à la folie, au combat que mènent les humains avec leur langage. L’écriture leur permet de redevenir vivants, de retrouver leurs sensations grâce aux mots. A l’intérieur de chaque personne, un livre est écrit. » Il publie les écrits de ces enfants avec qui il échange un peu de bonheur et d’espoir. Il les aide à trouver leur chemin, comme lui a su le faire avec l’écriture et la psychanalyse. L’un deux lui témoigne ainsi sa reconnaissance en lui écrivant : « Tu m’as aidé à passer la porte des mots et les époques anciennes ne sont plus rien. »
Patrick Laupin, se consacre alors entièrement à l’écriture. Son questionnement permanent l’oblige à répondre par des histoires et des poèmes d’où son enfance émerge naturellement. Sa mère est là, derrière chaque phrase. « Ce que j’écris est presque toujours autobiographique, de moi et des autres. On a de la peine à se détacher de ces modèles d’écriture. Et puis, soudain, on jette tout par-dessus bord et on est prêt à écrire ce qu’on ressent vraiment. J’essaie modestement que les mots viennent du fond de moi. »
Récompensé pour l’ensemble de ses œuvres par le grand prix de poésie 2013 de la Société des gens de lettres, Patrick Laupin, ce passionné de Mallarmé, est l’écrivain des rencontres de la vie.

Le Printemps des poètes

Manifestation nationale, le Printemps des poètes est organisé à Lyon depuis 2002 par la Ville de Lyon et l’espace Pandora, en collaboration avec de nombreuses structures et équipes artistiques de l’agglomération. Du 5 au 12 mars, elle donne rendez-vous aux amateurs et aux professionnels de la poésie et de la littérature au travers de rencontres, de lectures, d'ateliers d’écriture, de concours de poèmes et de remises de prix dans divers lieux de la Métropole. Cette 18e édition, parrainée par Hervé Le Tellier, met l’accent sur les surréalistes et honore André breton, à l’occasion du 50e anniversaire de sa mort. Elle rend également un hommage particulier au poète et résistant René Leynaud.

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