Fermer la publicité
Journal d'annonces légales et d'informations économiques pour le département du Rhône

Journée de l'économie /Pascal Le Merrer : « Ouvrir les domaines de l'économie au plus grand nombre »

le - - Grand témoin

Journée de l'économie /Pascal Le Merrer : « Ouvrir les domaines de l'économie au plus grand nombre »
© Marine Gonard

L'idée de Pascal Le Merrer, lorsqu'il lance les Journées de l'économie (Jéco) en 2008, est de rendre plus audible donc accessible le domaine de l'économie. Professeur à l'Ecole normale supérieure, c'est donc en pédagogue qu'il poursuit cette quête d'ouverture auprès plus grand nombre en associant entreprises, universités, économistes, monde de la recherche ou encore politiques. Pour cette 12e édition (5-7 novembre à la Bourse du Travail de Lyon) et avec cette thématique « Environnement, numérique, société… la décennie de tous les dangers », Pascal Le Merrer souhaite alerter sur la nécessité de prendre des mesures durables concernant les enjeux climatiques et digitaux qui impacteront la société pour les années à venir. Soutenues par des mécènes* et partenaires fidèles, les Jéco, organisées par Fondation pour l'Université de Lyon et l'ENS Lyon, restent des moments d'échanges, de partages et de confrontations d'idées… Un terreau fertile pour stimuler le débat.

Quelle est la genèse des Jéco ?

L'idée de base était de parler d'économie à un public très large dans des lieux de convivialité, histoire de rendre moins austère une discipline qui pourtant fait partie du quotidien des gens. L'origine des Jéco provient d'une réflexion lancée en 2006 par Thierry Breton sur la capacité des Français à appréhender l'économie. De là, naît le Conseil pour la diffusion de la culture économique (Codice), une structure interne à Bercy.

A cette période, je suis professeur à l'ENS et suis missionné par le ministère de l'Education dans le cadre de la diffusion des savoirs sur Internet, pour le représenter au sein du Codice.
Un site Internet avait été créé mais ça n'était pas allé plus loin. J'avais émis des doutes sur la pertinence que se soit le ministère de l'Economie lui-même qui diffuse ce savoir sur l'économie.
De là, en 2008, le cabinet de Christine Lagarde, devenue ministre de l'Economie me contacte pour m'accompagner dans l'organisation de journées liées à l'économie.Les planètes s'alignaient pour qu'elles s'organisent à Lyon, puisque son maire Gérard Collomb, également sénateur, souhaitait par ailleurs la création d'un think tank d'économistes.

Il a donc soutenu le projet localement. Olivier Klein, directeur de la Caisse d'Epargne Rhône Alpes et professeur d'économie à HEC et Patrick Artus, analyste et chef économiste chez Natixis qui avaient une démarche pédagogique autour de l'économie, soutiennent alors mon projet. D'une petite idée est née un rendez-vous qui a rapidement fédéré beaucoup de monde.

« Montrer que l'économie peut être un thème de convivialité ».

Depuis quand la thématique de l'économie vous anime-t-elle ?

Je me suis passionné pour l'économie à partir du lycée. Je trouvais que c'était une matière qui racontait beaucoup de choses à propos de la société. D'autant plus avec la data aujourd'hui qui permet d'explorer des champs sociologiques et économiques très pertinents.

Par exemple, une étude de l'Insee va bientôt sortir sur les ronds-points qui ont le plus mobilisé les gilets jaunes. Au-delà du prix de l'essence, une donnée moins connue éclaire cette analyse : l'impact du 80 km/h a touché plus particulièrement les personnes pour qui la distance entre leur lieu de travail et de domicile est la plus grande.

Et justement les ronds-points qui ont été le plus fréquentés concernent des zones périphériques où les transports en commun sont peu développés et où la distance moyenne entre le domicile et le lieu de travail est la plus élevée.

Votre idée est dont de rendre sociabilisante l'économie ?

Il y a des débats entre économistes et chercheurs. Les travaux d'Esther Duflo qui a reçu le prix Nobel d'Economie (avec son mari Abhijit Banerjee et Michael Kremer), montrent l'utilité d'expérimenter des champs d'investigation. (Ndlr : la jeune chercheuse s'appuie sur des évaluations aléatoires pour identifier les dispositifs d'aide au développement, à l'éducation, à la santé, aux nouvelles technologie pour combattre la pauvreté). Par exemple, que faut-il pour aider les enfants dans un village africain : mettre un professeur en plus, leur fournir des manuels scolaire ou vacciner les enfants ? Il faudra d'abord fournir des vaccins pour assurer la présence des enfants à l'école et ainsi dynamiser la vie de village…

Les Jéco ont-elles tout de suite trouvé leur public ?

Oui. Je ne voulais pas d'un rassemblement d'universitaires mais ouvrir ces journées plus largement. Je souhaitais montrer que l'économie occupait une place un peu compliquée et qu'il fallait tout décloisonner : des chercheurs qui font de l'économie, tout comme les experts dans les administrations (OCDE, Banque Mondiale, ministères…), des acteurs économiques (chefs d'entreprises), des journalistes, des associations, des politiques…

Sur un même sujet, plusieurs spécialistes peuvent donc échanger et nourrir les débats. Et pour évacuer tout caractère triste ou froid, j'ai voulu que ces partages d'expérience se déroulent dans des lieux de spectacle, comme la salle Molière, le Théâtre des Célestins et aujourd'hui la Bourse du Travail. Il s'agit par là de montrer que l'économie peut être un thème de convivialité.

« L'économie n'est pas un ennemi mais plutôt un domaine d'interaction »

Quel est le modèle économique autour des Jéco ?

Nous avons des partenaires fidèles qui nous suivent depuis le début. En revanche le modèle économique reste fragile en raison de la visibilité qu'ont les mécènes sur ce genre d'opération. Mais c'est aussi la garantie de l'indépendance de notre organisation et du contenu. Tous les intervenants et modérateurs viennent gratuitement et nous pouvons compter sur un réseau de bénévoles passionnés.

La Région Auvergne Rhône-Alpes, la métropole, et la Ville de Lyon nous accompagnent au niveau des collectivités, sans oublier nos mécènes comme BPAURA ou la Caisse d'Epargne Auvergne-Rhône Alpes et certaines entreprises comme le Groupe Seb.

Je souhaiterais d'ailleurs que les industriels soient plus présents pour enrichir notre réseau. C'est ce croisement d'expertises qui me plaît. Le savoir se construit dans l'interaction et non pas seulement sur une logique ascendante.

Peut-on parler d'un certain humanisme qui anime ces rencontres ?

A Lyon, cette notion recouvre une dimension particulière. Dans un sens, elle est présente Il dans le sens où nous jouons la carte de l'ouverture. Je voudrais d'ailleurs accueillir plus de délégations issues de banlieues, avec l'idée de montrer que l'économie n'est pas un ennemi mais plutôt un domaine d'interaction. Je me souviens d'une conférence sur l'économie à Décines devant des lycéens qui croyaient que j'étais un banquier ! Paul Seabright dans son livre La société des inconnus montre l'interaction qu'il peut y avoir entre les différents acteurs de l'économie. Il explique que toute la journée nous contractons avec des inconnus : ça ne nous dérange pas de monter dans un bus conduit par un chauffeur qu'on ne connaît pas, d'acheter du pain sans se demander de quelle manière il est fait… Les gens sont prêts à louer des maisons par AirBnB, sans connaître les propriétaires, à rencontrer des personnes via les réseaux sociaux … Il faut juste qu'ils se rendent compte qu'ils sont acteurs de l'économie.

Vous mettez en relief la notion supportée par certains de « démondialisation » ?

Nous sommes clairement dans un système mondialisé, dans le sens où les services sont mis en réseau de manière globalisée. Il faut comprendre le monde dans lequel on évolue sinon il devient complexe d'avancer.

Quand vous ne savez pas quelle décision prendre, on la prend à votre place. Plus on est dans une situation défavorisée moins on prend de décision et plus on reste dans une situation précaire. Des dispositifs expérimentaux comme à Villeurbanne avec « territoire zéro chômeurs » permettant aux chômeurs de longue durée de trouver un emploi, sont intéressants. Pour certaines populations, cela permet de porter le regard au-delà du simple bout de sa rue…

Que vous inspire l'économie inclusive prônée par la métropole de Lyon ?

C'est une démarche qui permet à chacun de trouver sa place dans l'économie alors que bien souvent les marchés font de la sélection et repoussent les perdants au profit des gagnants. A l'échelon local, ce peut être une politique forte en faveur du logement social. Après, il faut être prudent sur cette approche, car par exemple, on n'est pas à l'abri qu'un habitant de tels logements de pratiquer la sous-location ou Airbnb, dans ce cas là, l'économie inclusive n'est plus valable…

Quel est le message que vous souhaitez diffuser cette année ?

Nous sommes sur une décennie cruciale, en matière de climat, d'impact du numérique et de dialogue social. Il y a l'aventure passionnante des années 2020 pour prendre des grandes décisions sur l'environnement et le numérique sur la structure des emplois. On a un déficit du dialogue social.

La démocratie locale est menacée. On ne peut pas, par exemple, se reposer uniquement sur son maire. Aussi, 1 à 2 % du PIB investis dans l'environnement pourraient être une solution pour assurer une transition environnementale et tendre à un bilan carbone neutre. Sera-t-on capables de créer du consensus autour de ces grands enjeux ?

Il faut rester vigilant aux décennies manquées des années 30 (suite à la crise de 29) et 70 (après la crise pétrolière) lors desquelles nous ne sommes par parvenus à prendre les bonnes décisions. En cause, des débats entre économistes à la recherche de nouveaux modèles qui ont été inaudibles auprès des politiques qui ont choisi de fonctionner à l'intuition. Il faut donc veiller à ce que les années 2020 ne débouchent pas encore sur des grandes théories.

Que pensez-vous de Greta Thunberg et des idées qu'elle véhicule ?

Son discours fait écho à l'une de notre thématique cette année. Nous avons réunis 8 représentants de mouvements pro-environnementaux pour générer une discussion entre générations. Leur regard critique est intéressant car ces jeunes possèdent du recul avec les exemples de leurs parents et grands-parents sur ces sujets. Ils seront face à des experts de l'environnement, de quoi créer l'interaction.

* Caisse d'Epargne Rhône Alpes, Banque Populaire Auvergne Rhône Alpes , Métropole de Lyon, Apicil, Banque de France, Bred, Mazars, Région Auvergne Rhône-Alpes, Caisse des Dépôts, GRDF, Deboeck, Groupe Seb, Insee, Keolis, RTE.

Ses dates clés

2008 : Directeur des Journées de l'Economie

2007 : Parution de son ouvrage Économie de la mondialisation – opportunités et fractures, novembre 2007, De Boeck Université

2014 : Réalisation d'un MOOC : « L'Union Européenne au défi de l'intégration économique »

2002 : Membre du groupe «Mondialisation», Institut Montaigne




Julien THIBERT
Journaliste

Ses derniers articles

Abonnez-vous à l'offre Papier + Numérique

Le Tout Lyon Journal d'annonces légales et d'informations économiques pour le département du Rhône

  • ›   Pour plus de contenu, papier + web
  • ›   l’accès aux annonces légales,
  • ›   l’accès aux ventes aux enchères.
Je m'abonne

À lire également


Réagir à cet article

Message déjà envoyé Adresse e-mail non valide


Fermer
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies et de technologies similaires par notre société ainsi que par des tiers, afin de réaliser des statistiques d'audiences et de vous proposer des services éditoriaux et la possibilité de partager des contenus sur des réseaux sociaux. En savoir plus / paramétrer