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Pascal Jacquesson (Keolis Lyon) : " Au service du transport urbain public "

le - - Grand témoin

Pascal Jacquesson (Keolis Lyon) : " Au service du transport urbain public "
© Marine-Agathe Gonard

Le directeur général de Keolis Lyon défend bec et ongles les vertus de la délégation de service public confiée par le Sytral depuis 1985 pour assurer le bon fonctionnement du réseau TCL. Son message s'articule autour de la qualité du service public rendu par ses 4 500 collaborateurs qui contribuent, chaque jour, au transport de nombreux Grands-Lyonnais.

Présentez-nous le groupe Keolis...

Le groupe privé français pèse 6 Md€ de chiffre d'affaires et 65 000 salariés. 50 % de l'activité a lieu en France et 50 % à l'étranger. Depuis quelques années, nous assistons à un fort développement global du groupe qui est devenu le premier opérateur privé de mobilité en France, avec des croissances annuelles du chiffre d'affaires de l'ordre de 10 %. Toujours en France, le groupe s'occupe principalement de transport urbain pour le compte de collectivités ou encore des parkings avec Effia. A l'international, il est, en plus, exploitant ferroviaire au Pays de Galles, en Allemagne ou encore aux Etats-Unis, par exemple. Soulignons aussi que Keolis est leader du métro automatique. L'entreprise a notamment installé le premier métro automatique de Shanghai.

Comment se positionne Keolis Lyon ?

Keolis Lyon est filiale à 100 % du groupe dont le métier est le service public de mobilité. Sa mission, à Lyon, est la DSP (délégation de service public) pour le compte du Sytral, obtenue pour six ans, pour faire fonctionner le réseau de transport en commun local. Keolis Lyon emploie 4 500 personnes, pour un chiffre d'affaires annuel de 400 M€, ce qui en fait la plus grande DSP en Europe. Le groupe a implanté d'autres filiales à Lyon comme Keolis PMR qui gère le réseau Optibus pour le Sytral, mais aussi sa direction régionale Sud-Est et notamment ses services d'études mondiaux sur le métro et le tramway.

Quels métiers Keolis Lyon développe-t-il en local ?

Selon un cahier des charges établi par le Sytral, nous mettons tout en œuvre pour faire fonctionner le réseau de transport en commun de Lyon, les TCL. Notre effectif est ainsi constitué de 2 700 conducteurs et de 650 personnes chargées de la maintenance des métros, des bus, des tramways et du funiculaire. Nous opérons le contrôle des titres de transport, la gestion du réseau et des parcs relais, la surveillance et la sécurité, la communication et l'information. Du côté de l'exploitation, plusieurs postes de commandement (PC) sont actifs pour visionner l'emplacement des véhicules et gérer les aléas. Le PC bus, par exemple, gère les 1 000 bus du réseau. Un PC métro, deux PC tramways et un PC sécurité générale exercent également leurs fonctions pour assurer la bonne desserte partout. Au total, près de 70 métiers différents sont exercés à Lyon.

Quel est le rôle de l'informatique et des datas dans vos activités ?

Cette composante est primordiale à plusieurs niveaux. Tout d'abord, la délivrance d'informations en temps réel auprès des voyageurs est un service de plus en plus développé. Ensuite, l'informatique industrielle aide nos équipes à gérer les serveurs qui pilotent le métro automatique, à localiser et géolocaliser tous nos véhicules afin de connaître de façon très fine les positions d'un métro toutes les secondes ou encore d'un bus toutes les deux seconds pour, notamment, annoncer les estimations des temps d'attente. On gère ainsi des bases de données très importantes partagées avec la Métropole de Lyon, par exemple. Ces datas nous servent aussi à connaître de façon précise l'utilisation des transports en commun, de collecter les besoins de trajet des habitants et d'ajuster, avec le Sytral, les moyens à déployer. Lignes, fréquences, horaires sont établis en fonction de ces données et de notre contact clients, un point essentiel pour tous les agents et les personnels des fonctions supports de Keolis Lyon.

Dans le cadre de votre DSP, comment collaborez-vous avec le Sytral pour répondre aux évolutions de la demande des usagers ?

Notre unique mission est de faire fonctionner le réseau, avec la meilleure fiabilité possible. Nous travaillons selon un procédé d'amélioration continue en adaptant l'offre initiale. Keolis Lyon dispose d'une équipe d'assistance à maîtrise d'ouvrage qui intervient, auprès du Sytral, sur tous les projets en appui technique et métier pour optimiser ce qui est mis en place.

La fréquentation des transports en commun croît. Comment y faites-vous face en termes de moyens humains ?

Notre premier challenge est le recrutement. En 2019, nous allons embaucher 550 personnes. Nous évoluons dans un métier qui recrute fortement mais on rencontre des difficultés à pourvoir nos postes. La conduite et la maintenance sont les deux grands métiers pourvoyeurs d'emplois au sein de Keolis Lyon, alors nous pratiquons un recrutement très ouvert, avec très peu de freins à l'entrée. Nous embauchons des personnes de plus de 50 ans ; un tiers de nos recrues étaient sans emploi ; nous sommes ouverts à la diversité. L'entreprise demande surtout que les personnes aiment les gens et apprécient le service public qu'ils rendent à la population. Il faut une certaine discipline de vie, pour respecter les horaires notamment.

Et d'un point de vue technique ?

Les infrastructures lourdes se réfléchissent très en amont avec le Sytral. Aujourd'hui, nous avons peu d'investissements à faire pour répondre à la croissance du trafic. Nous faisons quelques expérimentations pour préparer le futur, comme la navette autonome Navly à Lyon Confluence et celle en test entre le tramway et le Groupama Stadium. Globalement, il n'y a pas de discontinuité de service et d'activité durant la DSP. Et si on se laissait influencer par l'échéance des six ans, on ne ferait pas notre boulot.

Comment se projette une entreprise privée dont le contrat est remis en jeu tous les six ans justement ?

Nous sommes au service d'une politique publique positive et acceptons de nous projeter. Keolis Lyon détient cette DSP depuis 1985. Nous devons bien faire notre métier et assurer la mission confiée par le Sytral, mais cela ne suffit pas. Il faut être au rendez-vous au quotidien et à la fois savoir s'adapter aux projets de la collectivité. C'est ce qui est regardé au moment du renouvellement. Depuis 2008, nous participons aux études sur l'extension du métro dont les résultats seront visibles à partir de 2030. Les appels d'offres pour le renouvellement constituent de véritables propositions de progrès. Lors de l'appel d'offres de la dernière DSP, 1 500 actions de progrès ont été proposées au Sytral. Nous nous sommes engagés à les réaliser. Nous les avons menées à bien en les mesurant. La mobilité des grandes agglomérations est un sujet de préoccupation majeur des élus. La DSP comme elle est pratiquée à Lyon est un véritable modèle vertueux.

A Lyon, la DSP est donc un modèle économique intéressant ?

Keolis Lyon et le Sytral s'engagent sur un forfait de dépenses pour les missions citées. Le Sytral porte les investissements nécessaires au fonctionnement et au développement du réseau. Keolis Lyon encaisse les recettes des tickets et abonnements et s'engage aussi sur une progression des recettes. Si la performance commerciale n'est pas atteinte, Keolis Lyon supporte seule « les pertes ». Si les recettes sont plus élevées que prévu, « les bénéfices » sont partagés entre Keolis Lyon et le Sytral. Je parle de modèle vertueux car la collectivité dispose d'une visibilité à six ans pour budgéter ses investissements et organiser sa politique de transport sur un mandat.

La DSP en cours s'achève en 2022. Quid de la prochaine ?

Dès fin 2019, nous allons préparer la prochaine DSP. C'est une procédure qui dure plus de 2 ans, en amont de l'appel d'offres dans lequel Keolis Lyon est véritablement challengé. Les grandes priorités de la prochaine DSP devront notamment prendre en compte le souhait de la collectivité de ne plus exploiter de bus diesel à partir de 2020. Cela remet en cause les fonctions de maintenance des équipements mais aussi des aménagements des entrepôts. Les contraintes d'exploitation seront différentes. De nouvelles compétences, en interne, devront être déployées. Ce sera une dynamique différente d'aujourd'hui mais vers laquelle nous sommes prêts à nous remettre en question.

Quels projets lyonnais ont valeur d'exemple pour le reste du groupe Keolis ?

Nous sommes très visités. Près de 200 délégations de collectivités viennent nous voir chaque année. La qualité du réseau est observée par les délégations étrangères notamment. Ils notent l'approche réseau intégré multimodal et la construction d'une offre autour du parcours client, et non pas en fonction des modes de transport. Notre agilité nous permet de mettre en place un service de bus de remplacement si un problème dépasse les 20 minutes dans le métro, par exemple. Le Sytral est très exigent et nous a fait grandir. Le modèle économique a aussi valeur d'exemple. Les ratios forfaits dépenses/recettes sont très bons. En moyenne en France, les recettes couvrent 32 % des coûts de fonctionnement, pendant que la collectivité abonde aux deux tiers restants. A Lyon, le taux de couverture est de 60 %, c'est un record en Europe. Ceci permet notamment au Sytral d'investir davantage plutôt que de couvrir les frais de fonctionnement.

Parlez-nous de ce que vous appelez les opérations « bureaux vides »...

L'une des particularités dans le management de Keolis Lyon est que plus on a de responsabilités hiérarchiques, moins on a de privilèges. Régulièrement, les encadrants prennent la chasuble et vont sur le terrain pour renseigner les voyageurs. Ces actions ont réellement du sens humainement parlant puisque nous attachons une attention particulière à la relation clientèle. Ces opérations « bureaux vides » permettent à tous d'entretenir ce contact. Plus globalement, l'entreprise est dans une dynamique qui se ressent à tous les niveaux. Certes, nous avons connu des années difficiles mais les efforts demandés en interne à tous ont payé. Un accord d'intéressement a été mis en place depuis 2017 pour des primes de l'ordre de 30 à 40 % du bénéfice de l'entreprise. Elles ont été distribuées en 2017, 2018 et le seront probablement aussi en 2019. La tendance de 2019 est que nous serons au-dessus des engagements avec le Sytral. Ces actions ont des impacts importants sur l'état d'esprit des agents, ce qui rejaillit directement sur le terrain auprès de nos clients.

Ses dates clés


2011

Lancement du réseau Atout Bus avec une réorganisation complète de tout le réseau de surface

2010

Arrivée à la direction de Keolis Lyon

1993

Premier poste de direction de filiale chez Keolis Boulogne-sur-Mer

1982

Entrée dans le groupe Keolis en tant qu'ingénieur d'études pour le réseau de transport urbain de Brest

1956

Naissance




Stéphanie POLETTE
Journaliste

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