Fermer la publicité
Journal d'annonces légales et d'informations économiques pour le département du Rhône

Pascal Blain Dir. Pôle Emploi Auvergne-Rhône-Alpes : "Encore beaucoup de chemin à parcourir"

le - - Grand témoin

Pascal Blain  Dir. Pôle Emploi  Auvergne-Rhône-Alpes : "Encore beaucoup  de chemin à parcourir"

Tandis que Pôle Emploi Auvergne-Rhône-Alpes a présenté cette semaine le bilan de son activité 2018, Pascal Blain son directeur régional, revient dans le détail sur les caractéristiques du marché de l'emploi en région qu'il juge « très dynamique et varié ». Toutefois, et malgré un taux de chômage de 7,9 % - contre 8,8 % au niveau national – Pascal Blain ne se satisfait pas de cette situation « encore perfectible ». Dix ans après la fusion de l'Assédic et de l'ANPE, Pôle Emploi reste un opérateur incontournable et puissant, véritable métronome en tant qu'interface historique de l'offre et la demande. En Auvergne-Rhône-Alpes, ses résultats montrent que l'inertie qu'on pourrait imputer à un tel établissement public national est atténuée par une politique volontariste basée sur l'agilité, la réactivité et l'efficacité. Une remise en question nécessaire face au défi encore prégnant de l'emploi.

Quelle est la caractéristique du marché de l'emploi en région Auvergne-Rhône-Alpes ?

Je le définirais en deux mots : dynamisme et variété. Dynamique d'abord avec 6,130 millions d'embauches, la création de 23 000 emplois en 2018. C'est aussi un marché varié avec 52 bassins d'emplois différents et l'ensemble des secteurs d'activité représenté. L'industrie en particulier représente 480 000 emplois sur 3 millions d'emplois salariés en région. Je note également 40 % d'emploi présentiel (comme les services à la personne, administratifs…), ce qui est atypique en France pour une seule région.

Dans quels secteurs se situent les plus gros manques ?

Je précise d'abord que dans le cadre de l'enquête des besoins en main d'œuvre que nous réalisons chaque année, une entreprise sur deux déclare avoir des difficultés de recrutement

Nous avons identifié à travers une cartographie, 10 métiers prioritaires qui recrutent en région : nouvelles technologies, industrie (métallurgie notamment), cuisine, transport routier, bâtiment, ventes, service (aide à la vie quotidienne)…

On peut constater le manque de concordance entre l'offre et la demande, quelle est votre analyse ?

Il n'y pas une mais plusieurs réponses. L'année dernière, nous avons trouvé 525 437 emplois à 422 000 personnes. Dans la communication de nos chiffres au grand public, on parle en stock à l'instant T, mais il faut bien comprendre qu'il s'agit d'un phénomène d'entrée et de sortie de flux de chiffres permanent. Chaque année, 70 % des chômeurs travaillent au moins une heure, ce qui signifie qu'ils sont proches de l'entreprise. Sans compter le poids de l'intérim qui occasionne une certaine souplesse et une dynamique de l'emploi.

Dans les 640 000 chômeurs recensés en 2018, 260 000 personnes travaillent ainsi régulièrement.

Encore faut-il qu'il y ait assez d'emplois pour tout le monde, lorsqu'on sait par exemple qu'en Auvergne-Rhône-Alpes, la population active augmente de 30 000 personnes (pour moitié, des actifs extérieurs à la région) par an. Ainsi, pour faire baisser le chômage de 1 point, il faut créer plus de 30 000 emplois. Nous devons être attentifs à la communication des chiffres du chômage, et je conseille d'ailleurs de se référer plutôt aux chiffres de l'Insee qui communique sur un taux de 7,9 % de la population active qui recherche un emploi en région.

Il y a aussi le sujet des emplois non pourvus. Avec deux grands phénomènes : besoins en compétences qui manquent et conditions de travail qui ne correspondent pas aux attentes des salariés. Je pense notamment à l'hôtellerie. Il faut aussi que les salaires s'ajustent à l'offre dans un contexte de reprise économique, cela prend un peu de temps.

Il ne faut pas non plus confondre la difficulté de recrutement qui peut être due à un manque de compétence ou un manque d'attractivité, avec l'offre non pourvue. A Pôle Emploi, 90 % des offres déposées sont pourvues. Cette année, nous estimons par exemple que les offres non pourvues se montent à 50 000 sur 1 million d'offres traitées. Cela reste marginal. Il n'y a pas de difficulté de recrutement qui nous résiste lorsqu'une entreprise est encline à embaucher. Certaines entreprises restent encore frileuses et peu ouvertes à des propositions de candidats, car elles recherchent d'abord un diplôme. Pourtant nous avons de belles réussites avec des personnes qui n'avaient pas le profil mais qui rendent satisfaction à leurs patrons.

La région Auvergne-Rhône-Alpes affiche un taux de chômage plus faible que celui national, des améliorations restent-elles encore possibles malgré tout ?

On ne se satisfait pas bien sûr d'un taux de chômage de 7,9 %, et on ne peut que se féliciter que le gouvernement et les partenaires sociaux aient mis les bons sujets sur la table : ordonnances Macron, assurance-chômage, plan d'investissement dans les compétences, contrôle de la recherche d'emploi…

On a tendance à parler de plus en plus de chômage structurel en France, de l'ordre de 7-8 %. Par définition, le chômage structurel est d'environ 4 %. Nous avons encore beaucoup de chemin à parcourir.

Nous sommes dans une approche personnalisée des individus et établissons par exemple des diagnostics dans le cadre du conseil en évolution professionnelle.

Pôle Emploi a dix ans, quelle est aujourd'hui sa feuille de route nationale et régionale ?

Pôle Emploi a été créé au début de la crise économique 2008-2009. Dans cette région à cette époque, le chômage avait augmenté de 93 % et les effectifs de Pôle Emploi ont augmenté de 30 %. Il a fallu s'organiser et faire des gains de productivité. Certes nous restons un service public mais de droit privé, encadré par une convention tripartite avec l'Etat et les partenaires sociaux qui tous les quatre ans définissent des objectifs, des indicateurs, un cahier des charges et donnent les moyens financiers à notre structure (financée à deux tiers par les cotisations de l'assurance chômage et un tiers par l'Etat).

Nous possédons par ailleurs 14 indicateurs de résultats. Les derniers chiffres montrent que 73,3 % des demandeurs d'emploi sont satisfaits de leur accompagnement par Pôle Emploi et que 68,2 % des entreprises sont de leur côté, satisfaites des opérations de recrutement qu'elles nous confient.

Ces chiffres sont basés sur des retours de 51 000 entreprises en région. On a gagné 10 points de satisfaction en quatre ans.

Ces résultats sont encourageants, il nous reste toutefois du chemin à parcourir.

Pôle emploi est devenu plus efficace ?

Il y a déjà l'effet de fusion entre l'Assédic ET L'ANPE. Dans l'ancien système, les demandeurs d'emplois devaient d'abord s'inscrire à l'ANPE puis aux Assédic pour liquider leur dossier et puis retourner à l'ANPE pour voir un conseiller… Cette opération prenait au mieux trois semaines. Aujourd'hui, la prise en charge est très rapide. Plus globalement, nous avons remis à plat tous les process, et nous intégrons dans l'accompagnement des personnes, les sujets financiers. Nous accompagnons par exemple 50 000 créateurs d'entreprises en leur versant 100 M€ par an.

Nous avons pris par ailleurs le virage du numérique en investissant dans des outils puissants.

Quel est l'impact de la digitalisation sur l'activité des agences de Pôle Emploi ?

Nous enregistrons effectivement 5 fois moins de visites dans nos agences par an. En 2016, nous avons d'ailleurs modifié les horaires d'ouverture de nos agences, en flux classique le matin et uniquement sur rendez-vous l'après-midi. Dans le même temps, nous avons multiplié par dix le nombre de contacts directs avec les demandeurs d'emplois en traitant, entre autres, 4,8 millions de mails en 2018. Le digital nous a permis de réaliser des gains de productivité importants. Et nous avons pu personnaliser encore mieux la relation.

Certains organes patronaux militent sur une baisse de la durée de l'indemnisation des chômeurs pour rendre plus efficace le retour à l'emploi. Qu'en pensez-vous ?

L'assurance-chômage est actuellement débattue entre le gouvernement et les syndicats patronaux. Ce que je peux vous dire, c'est que l'on gagnerait à avoir une approche globale du sujet en augmentant l'écart entre les revenus du travail et les revenus des allocations. Cela laisse toute la place au débat public.

Je rappelle juste que la majorité des demandeurs d'emplois touchent le minimum d'allocation. 60 % d'entre-eux sont indemnisés. Parmi eux, la moitié touchent plus de 1 068 €/mois (bruts) [Ndlr : le montant de l'allocation moyenne est d'environ 1 200 € / mois] et 55% des demandeurs d'emplois touchent entre 0 et 660 € nets.

A noter que Pôle Emploi verse 5 Md€ par an d'allocations en région Auvergne-Rhône-Alpes

La suppression de certaines allocations auprès d'allocataires jugés « pas assez actifs » est une mesure pour rendre plus efficace le retour à l'emploi. Elle a pu irriter certains chômeurs. Que pouvez-vous leur répondre ?

Je comprends que ça puisse agacer certaines personnes. Nous avons radié 12 % des gens que l'on a contrôlés et sur lesquels nous avions des doutes. Ce qui établit clairement que 88 % de demandeurs d'emplois sont actifs. Nous allons renforcer ces contrôles, en appliquant des règles de discernement. Pour une personne radiée, trois sont remises dans une dynamique d'emploi. C'est l'occasion de faire un point approfondi de leur motivation et de passer des messages comme l'aiguillage d'un emploi qui ne faisait pas partie de leur spectre de recherche… Nous envisageons cette mesure comme un outil pour redynamiser la recherche d'emploi. Nous allons remettre les candidats dans une dynamique de l'emploi.

Nous avons d'autant plus les coudées franches que nous savons que ces reconversions fonctionnent, à travers une approche plus nuancée, plus progressive et plus juste. Nous sommes dans un système de flexi-sécurité avec un droit au chômage et un devoir fondamental de chercher un travail.

Comment les entreprises appréhendent-elle ce changement de paradigme ?

60 % des entreprises considèrent aujourd'hui que les compétences et le savoir-être sont plus importants que les diplômes. Il y a une forte évolution du recrutement face à l'évolution même de la société dans laquelle les gens cherchent du sens et des valeurs. Ils sont intéressés aussi par la marque employeur. De l'autre côté, les entreprises sont confrontées à des évolutions de leurs métiers, notamment en raison de la digitalisation. Nous avons ainsi changé nos méthodes en privilégiant l'approche par compétences. Quand une entreprise dépose une offre, nous lui proposons automatiquement 8 compétences. Celles-ci peuvent être enrichies ou réduites selon le poste proposé. Nous faisons le même travail avec le demandeur d'emploi en définissant de nouveaux critères (rigueur, minutie, propreté…). Toutes ces offres sont traduites en compétences. Grâce aux algorithmes, et selon ces critères, nous parvenons à rapprocher l'offre de la demande de manière plus efficace.

Quelles sont vos relations avec les entreprises ?

631 conseillers spécialisés accompagnent les entreprises sur l'ensemble de la région. Nous disposons d'une ligne directe (3995) pour une mise en relation avec le conseiller le plus proche géographiquement de l'entreprise. Ou alors celle-ci possède déjà ses coordonnées. La plupart des entreprises déposent directement leur offre sur le site de Pôle Emploi (25 millions de visites mensuelles) et je précise qu'elles peuvent également y créer un espace dédié pour gérer leurs offres.

Quid de la mobilité pour les demandeurs d'emploi ?

La moitié d'entre eux sont prêts à faire 30 kilomètres aller et 30 kilomètres retour par jour. Il y a une vraie volonté de mobilité. Les freins peuvent être importants en milieu rural ou périphérique avec l'usage de la voiture, mais on constate également des difficultés de mobilités intra-urbaine où certaines personnes sont réfractaires à prendre le métro.

Quels sont les premiers résultats de la Cité des entreprises pour l'emploi implantée au Groupama Stadium ?

L'idée est à mettre au bénéfice de Jean-Michel Aulas qui a rapidement saisi que le football moderne prenait une place importante dans la société et que le sport véhiculait certaines valeurs partagées par le monde de l'entreprise. Dans cette dynamique, l'OL, Veolia et Pôle Emploi se sont rapprochés pour créer cette structure qui recense les besoins et les opportunités des entreprises, pour permettre un retour à l'emploi plus ciblé et donc plus efficace. Nous effectuons un job dating tous les 15 jours au Groupama Stadium avec des entreprises partenaires et proches du club. Ces rendez-vous attirent de nombreux candidats et d'ailleurs nous remarquons moins d'absentéisme durant ces sessions lors de nos journées classiques de recrutement en agence. Nous avons fêté récemment notre 1 000e recrutement. Nous souhaiterions d'ailleurs rééditer cette démarche avec d'autres club sportifs je pense au Lou Rugby avec qui nous sommes d'ailleurs en discussion.

Comment fonctionne le « Lab » de Pôle Emploi ?

C'est un espace de 300 m2 [Ndlr : situé au siège régional de Pôle Emploi, rue Crepet] dédié à l'innovation, avec des équipes dont l'objectif est de faire émerger des idées nouvelles autour de l'emploi. Bruno Bonnell a par exemple participé à l'un des ces ateliers récemment pour parler du secteur de la robotique. Face à lui, un public mêlé de chômeurs et de chefs d'entreprise qui ont parlé de leurs expériences respectives ; ce qui nous permet de définir des services plus adaptés aux demandeurs d'emploi et d'améliorer l'offre d'emploi. Les entreprises peuvent nous solliciter en ce sens sur les questions d'emploi, de formation ou d'orientation. L'idée est de déconcentrer Pôle Emploi, de changer les modèles managériaux pour plus d'initiative et de sur-mesure auprès des demandeurs d'emploi.

Un mot sur le Plan d'investissement sur les compétences que vous allez piloter en région Auvergne-Rhône-Alpes ?

Pôle Emploi va piloter ce plan à 650 M€ sur 4 ans pour répondre à court terme aux besoins des entreprises en matière de compétences. Il s'agit aussi de préparer le retour à l'emploi des personnes qui en sont le plus éloignées, de changer l'offre de formation en innovant autour des compétences et de revoir les certifications.




Julien THIBERT
Journaliste

Ses derniers articles

Abonnez-vous à l'offre Papier + Numérique

Le Tout Lyon Journal d'annonces légales et d'informations économiques pour le département du Rhône

  • ›   Pour plus de contenu, papier + web
  • ›   l’accès aux annonces légales,
  • ›   l’accès aux ventes aux enchères.
Je m'abonne

À lire également


Réagir à cet article

Message déjà envoyé Adresse e-mail non valide


Fermer
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies et de technologies similaires par notre société ainsi que par des tiers, afin de réaliser des statistiques d'audiences et de vous proposer des services éditoriaux et la possibilité de partager des contenus sur des réseaux sociaux. En savoir plus / paramétrer