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Olivier Buisine : "Les défaillances d'entreprises s'étaleront dans le temps"

Publié le - - Grand témoin

Olivier Buisine : "Les défaillances d'entreprises s'étaleront dans le temps"
Julien THIBERT - Olivier Buisine : "L'aspect de bienveillance lié à notre profession va se renforcer."

Au-delà du caractère austère qui colle généralement à la peau de ces "urgentistes des entreprises en difficulté", Olivier Buisine, président de l'Institut français des praticiens des procédures collectives (IFPPC) et dirigeant de l'étude lyonnaise éponyme, révèle la bienveillance inhérente à sa profession, encore trop peu connue.

Quel est le rôle de l'administrateur judiciaire ?

"L'administrateur judiciaire (Ndlr 140 au niveau national) est un acteur de la gestion de crise. Notre spectre d'intervention est donc assez large. Nous intervenons par exemple auprès des tribunaux judiciaires pour ce qui relève des associations, des professions libérales et des agriculteurs, mais nous intervenons essentiellement pour les entreprises devant le tribunal de commerce.

Nous avons également une action de prévention des difficultés des entreprises à travers les mandats ad hoc et les conciliations qui sont des procédures confidentielles où l'on négocie des échéanciers avec les créanciers. Dans ce cadre-là, nous sommes désignés par le président du tribunal de commerce avec un taux de réussite qui oscille entre 50 et 60 %. Plus on nous sollicite tôt, plus il y a des solutions pour l'entreprise.

"Une profession réglementée et extrêmement controlée"

Nous pouvons également intervenir en tant qu'administrateur provisoire ou liquidateur amiable pour des conflits entre associés ou quand le dirigeant est incarcéré, malade ou décédé. L'essentiel de notre métier tourne autour du traitement judiciaire avec la sauvegarde et le redressement judiciaires (procédures collectives) où l'ensemble des dettes sont gelées.

L'autre pan de l'activité, pour les mandataires judiciaires (Ndlr 330 en France) relève de la liquidation judiciaire (arrêt de l'activiteé des entreprises) qui représente la majeure partie des procédures. Nous sommes une profession réglementée et extrêmement controlée : nous avons des comptes à rendre au Procureur de la République et au Parquet général."

Comment vous positionnez-vous dans cette chaîne d'accompagnement des entreprises par rapport aux métiers du droit et du chiffre ?

"Si l'avocat et l'expert-comptable ont une clientèle, nous sommes mandatés par une juridiction. Nous sommes au centre d'intérêts contradictoires : ceux du dirigeant - nous sommes là aussi pour révéler ses défaillances lorsqu'il a agi de manière indélicate-, ne sont pas forcément ceux de l'entreprise ; celui de l'entreprise n'est pas forcément le même que celui des actionnaires et l'interêt des actionnaires n'est pas forcément celui des salariés ou des créanciers."


Ses dates clés

2020 Président de l'IFPPC

2018 Président du comité régional Rhône-Alpes de l'IFPPC

2013 Administrateur judiciaire Selarl Olivier Buisine

2007 Administrateur judiciaire stagiaire - Étude Nanterme


Une chute des procédures

Comment avez-vous accompagné les entreprises en difficulté depuis la mi-mars ?

"Nous enregistrons une chute de 40 à 50 % des procédures depuis cette période, en raison de la mise en place des prêts garantis par l'État, des prêts participatifs, des reports ou annulations de charges ou encore de l'activité partielle. Actuellement, les entreprises sont soutenues. Elles ne vont pas forcément voir le tribunal de commerce car les textes de loi évoluent tous les 15 jours (fonds de solidarité rehaussé, mise en place de prêts pour les TPE- PME, PGE prorogés jusqu'à l'année prochaine).

Elles préfèrent plutôt attendre, ce que je déplore. Il n'y aura pas à court terme cette vague de défaillances d'entreprises qui a été évoquée et prévue à l'automne. Elle s'étalera donc dans le temps et de manière progressive. Les études d'administrateurs et de mandataires judiciaires ont aussi "profité du confinement" pour digitaliser leur activité. Au sein d'Ajup, notre groupement d'administrateurs judiciaires situés à Lyon, Chambéry, Grenoble, Saint-Etienne, Roanne, Clermont-Ferrand, Angers, Niort et Nantes, tous nos dossiers sont digitalisés."

Ces entreprises sous perfusions modifient-elles vos interventions ?

"Cela dépend des secteurs. Celui de la restauration a, par exemple, reçu beaucoup d'aides et c'est tant mieux. Mais il y a une forte crainte autour des processus sanitaires mis en place dans leurs établissements. Plus globalement, les entreprises que nous recevons n'ont pas de visibilité au-delà de 15 jours. De fait, le curseur est difficile à positionner : faut-il accompagner les entreprises et maintenir certaines filières artificiellement, notamment l'aérien ou l'automobile, alors qu'il faudrait faire évoluer cer- tains modèles économiques où les problèmes existaient avant le confinement."

Les dirigeants doivent-ils gérer l'exploitation ou le cash dans cette période ?

"Aujourd'hui, les entreprises doivent gérer le recouvrement, facturer et encaisser rapidement. Cela reste compliqué de se focaliser sur l'exploitation en raison de ce manque de visibilité."

Changement d'approche

Votre façon d'exercer votre métier va-t-elle être impactée par cette crise ?

"L'aspect de bienveillance lié à notre profession va se renforcer : il y a un vrai challenge pour les chefs d'entreprise aujourd'hui à se tourner au plus tôt vers le tribunal de commerce. Il faut les soutenir, car au-delà du business, il y a des situations familiales à appréhender, voire une souffrance psychologique du chef d'entreprise à gérer.

Notre métier va évoluer dans un futur contexte de crise de la dette et l'administrateur judiciaire va devoir gérer la négociation de dette financière plutôt que de la restructuration opérationnelle de l'entreprise."

Quelle est la fonction de l'Institut français des praticiens des procédures collectives que vous présidez ?

"La profession est organisée autour d'un Conseil national des administrateurs et mandataires judiciaires, qui est l'équivalent d'une instance ordinale. A côté, il existe deux syndicats nationaux. L'un, exclusivement dédié à la profession d'administrateurs judiciaires compte 100 adhérents environ et l'autre, l'Institut français des praticiens des procédures collectives que je préside depuis mars dernier, de 700 à 800 adhérents.

Il s'agit d'un syndicat professionnel employeur qui, au fil du temps, s'est élargi aux acteurs de la restructuration d'entreprise. L'institut organise des formations à destination de leurs salariés. Nous sommes également force de proposition pour faire évoluer les législations."

En parlant de législation, quelle est votre position sur la possibilité pour des actionnaires de racheter leur entreprise, pourtant en difficulté ?

"C'est un sujet compliqué. Certains dispositifs de l'ordonnance du 20 mai 2020 devraient être prolongés d'un an. Celui qui porte sur la cession d'entreprise n'est pas concerné. Il doit y avoir un traitement équitable pour tous les créanciers et le dirigeant qui dépose le bilan ne doit pas reprendre ses actifs. C'est du bon sens.

Quand on autorise ainsi un chef d'entreprise ou les actionnaires à reprendre ses actifs, on n'envoie pas un bon message au monde de l'entreprise, notamment aux concurrents, aux créanciers, aux fournisseurs et aux salariés. Avec cette ordonnance, on ne dispose plus de l'exclusivité concernant la possibilité de saisir le tribunal aux fins d'autoriser la cession au dirigeant. Le texte préexistant du code du commerce (article L.642-3) était, à mon sens, suffisant."

Entre nous...

Son rituel du soir... La pratique du sport.

Son livre référence... Les routes de la servitude de l'économiste Friedrich Hayek - l'interventionnisme de l'État conduit à empiéter toujours plus sur les libertés individuelles.

Sa philosophie... La rigueur : ne pas s'éloigner de la ligne jaune.

Ses influences... Claude Nanterme, l'administrateur judiciaire qui l'a formé.




Julien VERCHÈRE
Journaliste

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