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Olivier Bianchi, bouillant de culture

Olivier Bianchi, bouillant de culture

ActualitéGrand témoin Publié le ,

Quels sont les points forts de la culture en Auvergne ?

La musique et le cinéma. L’Auvergne a une vieille tradition musicale que traduit la vitalité de l’AMTA (Association des musiques traditionnelles d’Auvergne). Cette tradition, particulièrement les batteries-fanfares et harmonies municipales, est intimement liée à son histoire industrielle. La convergence de ces deux courants a créé un écosystème en matière de musiques actuelles. Nous recensons aujourd’hui une centaine de groupes de musique amplifiée. Certains émergent à l’international.

Ces groupes sont-ils assurés de leur pérennité ?

Cette école de musique électronique a trouvé son équilibre financier. Et ce vivier s’exporte. Certaines pépites ont signé avec des labels.Autre particularité, les groupes pop folk auvergnats chantent en anglais ; comme en écho à l’internationalisation de Michelin. La Coopérative de Mai, où sont venus Alain Baschung et Vanessa Paradis, figure parmi les éléments structurants de ce mouvement.

Nous avons accompagné la structuration de cette filière musicale, notamment à travers une salle qui sert de tremplin aux groupes émergents, le Comptoir des Sons qui ouvrira ses portes en octobre à Cébazat. Il regroupe une salle de fabrication et de production de concerts, une sorte de scène sans salle, et IMAGO qui fait le lien entre musique et image.

Qui dit image, dit cinéma, l’autre point fort, selon vous, du territoire auvergnat…

« Cannes du court », le Festival international de court-métrage de Clermont-Ferrand est un véritable marché du film où s’approvisionnent les télés du monde entier, générant un chiffre d’affaires estimé entre 600 000 et 800 000 €. La beauté et la diversité des paysages auvergnats, particulièrement la chaîne des Puys, séduit les réalisateurs qui viennent tourner et font travailler les intermittents de la région.

« Bien souvent, la culture est devenue la variable d’ajustement des finances locales. »

Ses points faibles ?

Il manque un auditorium à Clermont-Ferrand. Des idées commencent à émerger. Mais ce ne sera pas pour tout de suite. Il faut être raisonnable. Au cours de cette mandature, nous ciblonsdeux équipements pour un investissement global de quelque 65 M€ : 35 M€ pour la bibliothèque, dont l’inauguration est prévue en 2022, 30 M€ pour la Scène nationale qui rouvrira ses portes en 2019. La ville consacre 11 % de son budget à la culture, la Métropole 8 à 9 %. J’ai été l’un des premiers maires de France à signer le Pacte culturel pour sanctuariser les financements.

Pourquoi la culture est-elle si importante pour une métropole comme Clermont-Ferrand ?

Elle concourt à l’attractivité de la Métropole. Une ville universitaire (45 000 étudiants), qui abrite le siège mondial de Michelin et d’autres groupes comme Limagrain, attire des cadres internationaux. Or ceux-ci ne consentent à s’installer dans le Massif Central que si on leur propose une offre culturelle. Ces cadres cherchent un environnement culturel digne d’une métropole. C’est d’ailleurs pour cette raison que nous avons posé notre candidature à la Capitale européenne de la culture en 2028. Pour moi, le pari de la métropolisation passe par la culture.

La culture se limiterait-elle à des ambitions économiques ?

Non, naturellement. L’autre raison de notre engagement en matière de culture tient à son pouvoir d’émotion et d’enchantement personnel. D’où l’important travail que nous réalisons en direction des scolaires. Lorsque j’ai été élu, j’ai donné une carte à tous les élèves des lycées et collèges pour avoir un accès gratuit dans les musées. Nous finançons des actions périscolaires. Le Centre lyrique travaille aussi au rajeunissement des publics. A la rentrée de septembre, nous mettons en place cinq parcours culturels à destination des 0-6 ans : musique, patrimoine, spectacle vivant, musée et image. Les enfants découvriront l’ensemble de l’offre, notamment à travers la visite des lieux de création, la découverte des métiers artistiques et la rencontre avec les acteurs culturels. Nous avons recruté 17 professeurs du conservatoire que nous payons et mettonsà la disposition des écoles.

Pourquoi accordez-vous la priorité aux plus jeunes ?

La culture donne un sens à la vie, contribue à lutter contre l’abêtissement et à accepter l’altérité. Ces actions se traduisent sur le budget de l’éducation qui représente 25 % du budget global de la ville. Avec une moyenne d’âge de 33 ans, Clermont-Ferrand est un peu un ilot de jeunesse au sein de l’Auvergne. C’est pour cela qu’ils ont élu un maire de 45 ans.

Pourtant, ailleurs, les politiques désertent le champ culturel…

Pas tous heureusement. Quelques-uns y croient encore. Dont moi. Mais vous avez raison, globalement la culture ne mobilise plus les hommes politiques.Les causes sont multiples. J’en vois trois principalement. Nous arrivons à la fin d’un cycle porté par les politiques d’André Malraux et de Jack Lang mais aussi par la décentralisation. Il n’est plus un village qui n’organise son festival, qui ne dispose d’une salle de spectacle. Il n’existe plus de « zones blanches ». Mais le quantitatif ne suffit plus, surtout lorsque ce sont toujours les mêmes spectateurs qui en profitent. Nous attendons un sursaut pour une réelle démocratisation de la vie culturelle.

La deuxième tient aux contraintes budgétaires. Beaucoup d’élus se sont emparés de la culture comme d’un outil d’attractivité, la cerise sur le gâteau que l’on sacrifie en temps de crise. Aujourd’hui, la culture est la variable d’ajustement des finances locales. Malheureusement le mouvement culturel n’a pas été porté que par des convaincus. Or je rappelle que, même dans les camps de concentration, les gens faisant de la musique. Tous les jours, comme Monsieur Jourdain faisait de la prose, nous faisons de la culture.

La troisième raison renvoie à l’abêtissement de la société, cette idée que tout se vaudrait. Comme si on devait mettre sur le même pied un tagueur et Leonard de Vinci. Les plus grandes productions intellectuelles côtoient les productions culturelles molles. On ne hiérarchise plus. Faites le tour d’horizon des programmes de télévision, combien d’émissions culturelles ou d’éducation populaire ? Je regrette l’émergence d’une culture low cost D’une certaine manière, nous avons réinventé, réintroduit la distinction sociale.

Comment se réapproprier le champ de la culture ?

Les politiques successives de Malraux et Lang ont créé des réseaux, des solidarités, des corporatismes aussi. Aujourd’hui, il faut lui redonner un souffle politique, proposer une nouvelle vision. Par ailleurs, nous vivons une mutation des productions et des consommations d’une vie culturelle financée par un système ancien. Les modèles explosent. Il faut inventer un autre modèle économique pour financer la culture. Et pour cela, la bonne échelle est européenne. Il faut refonder l’Europe sur la politique culturelle, sur ce qui fabrique une destinée commune. Regardez l’importance du tourisme patrimonial ! La culture est un capital commun mais aussi un outil pour lutter contre la montée des nationalismes. Or la culture est le parent pauvre du budget européen. Je propose de créer un Erasmus de la culture.

« Quand on a eu des émotions artistiques, celadevient une drogue dure. »

Et vous Olivier Bianchi, comment avez vous pris le virus de la culture ?

Mes parents habitaient l’Yonne. Avec ma mère, nous allions régulièrement à Paris pour voir des expositions. Avant de prendre le train, nous achetions un livre. Jeune, je lisais beaucoup. Et puis, objecteur de conscience, j’ai intégré la direction d’un service culturel. A ce moment là, j’ai découvert le spectacle vivant et les politiques publiques. J’ai appris que dans ce domaine, soit on se bat sur des questions sociales, soit sur le partage du savoir et de la culture, ce que j’ai choisi. Quand on a eu des émotions artistiques, celadevient une drogue dure. Pour cela, il faut des prescripteurs, personnes ou collectifs, qui vous donnent les clés. Le service public fait partie de ces prescripteurs.C’est dans ce cadre que je me suis engagé.

Quelle place occupe Clermont-Ferrand dans la région ?

Rappelons d’abord que le nouveau découpage fait de nous la capitale d’équilibre à l’ouest. Au 1er janvier, nous procéderons à l’installation de la nouvelle entité Clermont Auvergne Métropole qui doit s’arrimer dans le top 20 des métropoles de l’Hexagone. La ville compte quelque 150 000 habitants, la métropole qui couvre 31 communes en comptera près de 300 000, l’aire urbaine 450 000. Il n’est pas question pour nous de disputer le leadership de Lyon. Mais la région doit s’appuyer sur deux challengers, Clermont-Ferrand et Grenoble et sur un troisième cercle composé d’Annecy / Chambéry / Genevois et de Saint-Etienne. Dans les années à venir, cette hiérarchie des métropoles va progressivement se mettre en place.

Quelles sont vos relations avec le nouvel exécutif régional ?

L’avenir des territoires est dans une alliance intelligente entre la Région et les Métropoles. Disposant d’un rôle structurant pour initier et accompagner les politiques culturelles, à la Région de proposer un schéma général et d’intervenir en appui des projets des Métropoles. Laurent Wauquiez soutient la candidature de Clermont-Ferrand à la Capitale de la culture en 2028. Clairement, je ne suis pas en opposition et je ne lui fais pas de procès d’intention, mais je serai un partenaire vigilant. Sur le territoire, l’intérêt général doit rimer sur les divergences politiques.

Et avec la Métropole lyonnaise ?

Indispensables, les liens entre deux Métropoles doivent se renforcer. La saison prochaine, l’Opéra de Lyon présentera un spectacle à l’Opéra de Vichy. La compagnie clermontoise Daruma participera cette année à la Biennale de la Danse. Les acteurs culturels prennent des contacts pour tisser d’autres liens. J’espère que ces partenariats pourront aller vers des coproductions de spectacles.

SES DATES CLES

1970

Naissance à Paris

1995

Conseiller délégué à la jeunesse de Roger Quillot, maire de Clermont-Ferrand

2001

Adjoint en charge de la politique culturelle, poste qu’il occupera jusqu’en 2014

2010

Président du conseil d’administration de l’Ecole supérieure d’Art de Clermont-Ferrand

2014

Maire (PS) de Clermont-Ferrand

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