Obsessions

Mirbeau aux Célestins, Molière à la Croix-Rousse, deux regards sur l'irrationalité des puissants. L'un fait mouche l'autre rate sa cible.
Obsessions
Vincent Arbelet - Benoît Lambert apporte un éclairage nouveau sur Tartuffe de Molière

CultureSpectacle vivant Publié le ,

Isidore Lechat, le héros de Les affaires sont les affaires d’Octave Mirbeau, a une soif inextinguible de l’argent. Orgon, le maître de maison de Tartuffe ne jure que par la sa foi en Dieu. Pou satisfaire leur obsession, ils sacrifient le bonheur de leurs proches. Le capitane d’industrie d’Octave Mirbeau veut marier sa fille à un noble pour s’acheter un blason et faire oublier qu’il n’est qu’un simple roturier. Le héros de Molière veut marier sa fille à un dévot comme le dernier acte d’un chemin vers une sorte de rédemption. L’un et l’autre paieront. Le premier perdra sa fille (qui part avec son amant) et son fils (mort dans un accident de voiture). Le second perd toute sa fortune, du moins dans la copie initiale que Molière a du revoir pour échapper aux foudres de la censure. Ces deux pièces tiennent l’affiche lyonnaise, la première aux Célestins, la seconde à la Croix-Rousse. Avec des fortunes différentes.


Sur les quais de Saône, Claudia Stavisky privilégie une lecture dans l’esprit de l’époque (1903), avec une direction d’acteurs qui retient l’héritage du boulevard. François Marthouret ferme la porte à toute tentation dans la recherche d’un peu d’humanité. Très inégale, la distribution nous permet de retrouver la jeune Lola Riccaboni (la fille d’Idsidore Lechat) et surtout Geoffrey Carey qui prête son accent british au Vicomte de Fontenelles. Cela ne suffit pas pour donner du mordant à un spectacle couleur sépia où les interprètes n’ont pas encore trouvé toutes leurs marques.


A la Croix-Rousse, Benoît Lambert prouve que Molière a toujours quelque chose à dire dans une lecture grinçante et comique d’une pièce mythique. Il situe l’action dans l’hôtel particulier d’un grand bourgeois conservateur tel que l’aurait filmé Claude Chabrol. Sa direction d’acteur au cordeau apporte un éclairage moderne à ce texte où les interprètes font allégeance à l’alexandrin. Emmanuel Vérité (Tartuffe), Marc Berman (Orgon), Anne Cuisenier (Elmire) et Martine Schambacher (Dorine) dominent le plateau de la tête et des jambes dans ce spectacle très physique, intelligent et intelligible, qui renouvelle notre regard sur la pièce.

Les Affaires sont les Affaires – Théâtre des Célestins jusqu’au 26 mars

Tartuffe - Théâtre de la Croix-Rousse, jusqu’au 12 mars,

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