AccueilActualitéGrand témoinNicolas Sabatier, le Lyonnais co-fondateur de Time For The Planet: "tout changer sans révolutionner"

Nicolas Sabatier, le Lyonnais co-fondateur de Time For The Planet: "tout changer sans révolutionner"

Nicolas Sabatier, le Lyonnais co-fondateur de Time For The Planet:
© Julien THIBERT - Nicolas Sabatier, co-fondateur de Time For The Planet.

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Quel est votre parcours entrepreneurial ?
"Cela fait douze ans que je créé des entreprises. J'ai entrepris dans des domaines différents et dans lesquels je n'avais pas de compétences à la base, mais j'ai appris. J'ai notamment créé des colonies de vacances éducatives, un bar à bières et une houblonnerie bio. J'en suis à ma quatrième avec Time For The Planet. Avec les six autres co-fondateurs, nous en cumulons seize sur cette période."

Quelle place tient Time For The Planet dans votre vie d'entrepreneur ?

"La création de Time For The Planet vient d'une prise de conscience des conséquences catastrophiques sur le climat à la fin du siècle, selon le rapport du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec). Il est urgent d'agir. Cette envie commune porte aussi sur l'héritage que l'on souhaite donner à nos enfants. Je pourrai leur dire : "J'ai tout donné, j'ai monté un projet de fou".

Le déclic s'est produit lorsque j'ai regardé un reportage sur la gestion de l'eau et la problématique d'ingénieurs expérimentés qui ne parvenaient pas à créer un modèle économique pour leurs innovations. Je ne retrouverai pas de projet plus excitant que celui-ci ! L'entreprenariat, tel que je le conçois, est fait pour des gens qui ne tiennent pas en place. Selon moi, toutes les personnes qui entreprennent pourraient créer dans n'importe quel domaine."

© DR / Nicolas Sabatier entouré des cinq autres fondateurs de Time For The Planet : Mehdi Coly, Denis Galha Garcia, Coline Debayle, Arthur Auboeuf et Laurent Morel.

"La clé, c'est de de partager l'innovation"

En quoi votre concept se différencie-t-il des autres ?

"Time For The Planet représente un mix entre un grand groupe, un fonds et un mouvement citoyen. Notre volonté est de changer les choses le plus vite possible, mais sans faire la révolution. On s'affiche comme un mouvement citoyen, car nous partons du principe que l'on a tous envie d'agir. A titre individuel, c'est compliqué de le faire. Nous ne sommes pas là pour faire des procès d'intention aux gens. Ce qui a été fait est fait, on prend le monde comme il est et les gens comme ils sont. Notre combat n'est ni politique ni écologique : cela crée un discours très fédérateur.

Notre ambition est donc de créer une plateforme pour rapprocher ces ingénieurs et les créateurs d'entreprise, et conduire une idée vers la mise sur le marché, au travers de financements. Il faut apporter massivement de l'argent aux projets pour pouvoir dès le départ recruter une équipe et accélérer l'émergence d'un projet.

La clé est ensuite de partager l'innovation, en open source (maîtrisée par la distribution de licences libres) pour qu'elle puisse se déployer ailleurs. L'exemple du web est très marquant, car le créateur de cette interface a permis l'émergence de petits programmes en ouvrant la Toile. Idem pour le gel hydro alcoolique, c'est aussi de l'open source et tout le monde peut en fabriquer aujourd'hui."


Ses dates clés

2020 - Lancement de Time For The Planet

2015 Création du bar à bières l'Atenium à Lyon

2010 Tour de France à pied

2008 Création de Vitacolo


Comment avez-vous œuvré pour que Time for The Planet soit rapidement opérationnel ?

"En étant six fondateurs, nous avons rassemblé nos diverses expertises et réseaux. Nous avons ainsi dimensionné Time ainsi : collecter 1 milliard d'euros pour créer 100 entreprises afin que nos prospects aient une idée de notre ambition. Nous avons donc défini une vision pour vendre notre projet. Si on trouve les ingénieurs mais que l'on n'a pas de fonds, nous n'avons pas de valeurs. Et pour aller chercher autant de fonds, il fallait exister, d'où la création d'un mouvement citoyen autour de notre projet.

Tout s'opère de manière parallèle. C'est parce qu'on a ouvert notre capital à tous les citoyens à partir d'un euro qu'on est aujourd'hui 5 000 action- naires au bout d'un an et que nous avons levé notre premier million d'euros. Du coup, nous suscitons l'intérêt des grands groupes qui ne voient pas seulement une idée mais une capacité d'exécution. Nous voulons investir dans les entreprises de façon majoritaire. Ce n'est pas forcément bien vu mais nous pensons que cela apporte de la réassurance aux ingénieurs porteurs de l'innovation et aux actionnaires qui investissent pour que l'on puisse garantir l'open source.

Le deal, ensuite, avec les créateurs d'entreprises et les ingénieurs, une fois que l'entreprise fonctionne est qu'ils peuvent nous sortir de l'actionnariat. Nous sommes une société commerciale à but non lucratif : nous ne pouvons pas distribuer des dividendes tant que la mission n'est pas remplie."

Un projet collectif

Quel est votre modèle économique ?


"A court terme, il se déploie via l'actionnariat (particuliers, financiers, business angels, chefs d'entreprise, collectivités...). L'objectif est de créer les trois premières entreprises en 2021. La deuxième phase se construit avec ces filiales de Time for the Planet ainsi créées qui auront une activité économique et qui dégageront de la rentabilité. Une partie de cet argent nous remontera ensuite sous la forme d'actionnariat puis de la revente possible de l'entreprise."

Quel est le profil de l'actionnariat ?

"Nos actionnaires sont majoritairement des particuliers. Les ambitions d'investissement sont diverses, certains arguant un discours économique et d'autres environnemental pour lutter contre le réchauffement climatique. Mais tous se retrouvent côte à côte pour construire une action. Le but aujourd'hui est d'aller chercher les dix premiers millions d'euros auprès de cinq grands groupes mondiaux. Leur poids financier et leurs réseaux vont accélérer notre projet."

"Tout s'est accéléré avec le confinement"

Quelle est la prochaine étape dans la construction du projet ?

"Ce 2 décembre, nous communiquons sur la manière dont nous sélectionnons les innovations. Dans un premier temps, un groupe d‘évaluateurs bénévoles, aux parcours entrepreneuriaux et/ou scientifiques forts, sera formé pour faire le premier tri entre les projets entrants. Ensuite, un comité scientifique et industriel sélectionnera les projets fiables avant de les tester sur des marchés accélérés pour aller chercher des modèles économiques solides avant même d'investir. Enfin, des tests d'équipes seront effectués pour vérifier l'harmonie entre les futurs collaborateurs.

Notre rôle, en tant que fondateurs et dirigeants, sera de soumettre les projets ainsi éprouvés au conseil de surveillance. L'investissement se fait par vote final en assemblée générale."

Avez-vous attendu le moment propice, où le souci de l'environnent était peut-être plus mûr, pour vous lancer ?

"Il y a une bonne part de chance. Cela fait deux ans qu'on travaille sur notre projet. On a observé d'abord "un avant/après Nicolas Hulot". Nous avons senti l'urgence palpable suite à son départ du gouvernement. Tout s'est accéléré ensuite avec le confinement. Les gens ont eu le temps de se poser et de réfléchir à ce qu'ils pouvaient entreprendre pour la planète."

Est-ce que cette prise de conscience vous semble acquise ?

"J'ai du mal aujourd'hui à voir comment on pourrait changer collectivement de focus, et imaginer un retour en arrière ou un simple effet de mode. Nous comptons aussi sur une coopération internationale puisque notre sujet est mondial. Et puis, qui sait, on trouvera une innovation extraordinaire au Pérou et une entrepreneure géniale en Inde ? Et ce sera un milliardaire néo-zélandais qui accélérera leur projet financièrement ? Il faut que le projet Time for The Planet nous dépasse et que nous, fondateurs, ne l'incarnions plus au fil du temps. Que chacun puisse se l'approprier et le développer à son échelle."

Entre nous...

Son rituel du matin... Je consulte chaque jour notre plateforme d'échange de la communauté et constate l'émulation autour du projet.

Son leitmotiv... Une idée n'a pas de valeur, c'est son exécution qui compte.

Son lieu préféré... La nature. Je sais alors pour quoi je m'engage.

Ses lectures... Vers un nouveau capitalisme, de Muhammad Yunus, prix Nobel de la paix.

Sesinspirations Les co-fondateurs de Time For The Planet, des amis, qui ont la même volonté d'expérimenter et de s'engager que moi.

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