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Nathalie Perrin-Gilbert : "L'urgence est aussi culturelle à Lyon"

Publié le - - Grand témoin

Nathalie Perrin-Gilbert : "L'urgence est aussi culturelle à Lyon"
© Marine-Agathe Gonard - Nathalie Perrin-Gilbert considère la culture "comme un pilier de la proposition politique pour la ville."

La culture comme pilier de la politique publique lyonnaise, tel est le leitmotiv de Nathalie Perrin-Gilbert. La nouvelle adjointe à la culture de la ville de Lyon, ancienne maire du 1er arrondissement, souhaite écrire avec le nouvel exécutif un nouveau récit pour la cité, assumé et tourné vers un monde artistique en pleine introspection.

Quelle importance revêt la culture dans le projet de la nouvelle équipe municipale à la Ville de Lyon ?

"La culture s'inscrit dans une volonté de l'exécutif de recréer un récit pour la Ville de Lyon afin qu'elle se projette dans ce 21e siècle rempli d'incertitudes. Là où nous nous sommes retrouvés avec Grégory Doucet, c'est de considérer la culture comme un pilier de la proposition politique pour la ville.

La culture n'est pas que du divertissement, ni de l'événementiel. Avec ces phénomènes de fragmentation sociale, la culture a à voir avec le commun et le bien ensemble."

Comment décrivez-vous la situation du monde de la culture en cette crise sanitaire et économique ?

"Je remarque une grande responsabilité des acteurs culturels. Je ne perçois pas de plaintes, mais une recherche constante de leur part de repositionner leurs rôles respectifs et de sauver les emplois. Plus globalement, je note la remise en question plus globale de la fonction de la culture dans ce contexte sanitaire et politique. Il s'agit presque d'un temps d'introspection.

Je pense aux indépendants qui se sont réunis cette semaine (le 6 octobre 2020, NDLR) à Lyon pour leurs États Généraux. Ils représentent des structures qui ne vivent pas d'un "matelas de subventions publiques" et qui ne s'appuient pas sur de grands groupes privés.

Cet appel a été lancé avant le confinement et ces indépendants avaient bien senti la nécessité de s'organiser et de réfléchir. Cette réflexion est associée à une volonté de maintenir aussi une proposition artistique pendant ce temps."

© Marine-Agathe Gonard

"Aider les compagnies et les salles associées à passer le cap"

Votre premier geste politique a été de sanctuariser le budget de la culture. Qu'est-ce que cela signifie, concrètement ?

"C'est un acte politique fort. La culture représente environ 20 % du budget de fonctionnement de la ville de Lyon (soit 110 M€ par an) et 10 % du budget d'investissement.

Sanctuariser ce budget, c'est aussi soutenir l'emploi, car 60 % de ces 110 millions d'euros concernent la masse salariale, avec notamment la gestion en direct d'une dizaine de structures (Ndlr Auditorium, bibliothèques de Lyon...)."

À quoi et à qui vont servir les 4 millions d'euros du fonds d'urgence débloqués par la Ville pour venir en aide aux structures culturelles ?

"L'objectif est d'aider les compagnies et les salles associées à passer le cap. Nous allons voter en novembre la répartition de ce fonds, tandis que les structures avaient jusqu'au 10 septembre pour se manifester. Nous instruisons les 360 dossiers déposés pour un total de 9 M€ de demandes. 60 % de ces structures n'avaient jamais fait de telles démarches auparavant.

Le versement de ces aides interviendra avant le 15 décembre. Avec l'idée que le plan de financement présenté, il y a quelques jours à Avignon, par la ministre de la Culture, Roselyne Bachelot, prenne le relai de ce fonds d'urgence de la ville de Lyon."


Ses dates

2020 Nommée adjointe à la culture de la ville de Lyon.

2001 Maire du 1er arrondissement de Lyon pour 3 mandats successifs.

2008 Secrétaire nationale du Parti socialiste chargée du logement.

1994 Entrée au Parti socialiste.


Vous allez donc être attentive au fléchage du plan de relance gouvernemental ?

"Nous avons sollicité la ministre pour organiser une prochaine rencontre avec le maire de Lyon. Il est normal que Lyon affiche une ambition culturelle et, qu'à ce titre, elle soit reconnue par le ministère.

Parallèlement, nous travaillons de manière très fine avec la délégation régionale des affaires culturelles (Drac) et son nouveau directeur, Marc Drouet. Je suis également en lien avec le Centre national de la musique et le Centre national du cinéma. Ces organismes, au-delà de la Drac, gèrent également des crédits.

L'idée, avec ce fonds d'urgence, est d'obtenir un effet levier. Il faut que l'État vienne compléter et abonder nos financements. Dans cette démarche, nous essayons aussi d'articuler une politique publique entre la métropole et les villes de Lyon et Villeurbanne. Sans oublier un dialogue que nous nouons avec la Région Auvergne-Rhône-Alpes."

"Sortir de l'opposition stérile" entre institutionnels et indépendants

Quels sont vos projets pour les grandes institutions, comme l'Opéra par exemple ?

"L'Opéra va d'abord accueillir un nouveau directeur en septembre 2021, Richard Brunel. Il y aura forcément une volonté de ce dernier d'apporter une nouvelle proposition. Sur le volet du fonctionnement de cette institution, il y a un rapport en cours de la Chambre régionale des Comptes (qui date de 2019) sur lequel je ne peux me prononcer. Mais il y aura certainement des enseignements à tirer et sur lesquels je serai attentive.

Plus globalement, je souhaite sortir d'une opposition stérile entre les grandes institutions et un secteur "de l'émergence" et "alternatif". Nous avons, ensemble, à créer une proposition culturelle pour Lyon. En France, il n'y a plus de politique culturelle depuis André Malraux, même si plus récemment Jack Lang a su proposer aussi une certaine vision de la culture.

A Lyon, dans les 20 dernières années, Patrice Béghain a proposé aussi une vision. Il a lancé les Scènes découvertes, la charte de coopération entre les institutions et les petites compagnies ou encore poursuivi le projet les Subsistances. Depuis, Lyon a manqué d'une proposition politique culturelle."

© Marine-Agathe Gonard

"Je me suis demandée où serait ma juste place"

Un mot sur le Musée Guimet ?

"Le projet des ateliers est arrêté. En revanche, il y a nécessité d'avoir un lieu de création chorégraphique. Le site sera vraisemblablement proche de la Maison de la Danse, sur un tènement qui appartient à la Ville de Lyon. L'ancien site du Musée Guimet fait l'objet d'une réflexion actuellement par l'équipe municipale.

Nous n'allons pas le laisser vide et souhaitons lui trouver une destination, pourquoi pas à travers un appel à projets ou à idée en collaboration avec les Lyonnais. Sa proximité avec le Parc de la Tête d'Or doit par ailleurs susciter quelques liens."

Comment devient-on adjointe à la culture ? Vous aviez des volontés et exigences particulières pour prendre le poste ?

"Nous avons été dans un véritable dialogue avec Grégory Doucet et cette assurance que la culture aurait une place importante, tant dans le budget que dans la proposition politique. J'avais aussi annoncé que je ne souhaitais pas repartir pour un quatrième mandat de maire du 1er arrondissement, même si cet arrondissement mêle les petites scènes, le street-art, les grandes institutions que j'ai pu appréhender en tant qu'élue pendant près de vingt ans.

J'ai repris aussi en 2012 des études de philosophie pour me sensibiliser à nouveau à la pensée contemporaine et remettre en perspective mon action politique. Grégory Doucet a été sensible à cette démarche. J'ai par ailleurs hésité avec la compétence logement, ayant été secrétaire nationale du Parti socialiste en charge du logement sous Martine Aubry entre 2008 à 2012.

Dans mes réflexions avec le rapprochement avec EELV, je me suis demandée où serait ma juste place. Au final, je me suis dit que l'urgence était culturelle dans cette période de crise."

Entre nous...

Son rituel du matin… Une revue de presse rapide et un thé noir.

Son lieu marquant… Plus qu'un lieu, c'est un élément : l'eau. J'ai besoin de la proximité de l'eau.

Ses influences… Mon père qui m'a mis devant la télévision au soir de l'élection de François Mitterrand en 1981 en me disant : "Regarde ma fille, c'est historique".

Son style de management… J'agis sur la confiance et avec exigence.

Son art de prédilection… Les mots et l'écriture en tant que femme engagée. Je reste quelqu'un de curieux donc j'aime découvrir toutes les sortes d'art.




Julien VERCHÈRE
Journaliste

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