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Nathalie Hamel : « Une nouvelle feuille de route pour le Centre Jacques Cartier »

Publié le - - Grand témoin

Nathalie Hamel : « Une nouvelle feuille de route pour le Centre Jacques Cartier »

Appelée à la direction générale du Centre Jacques Cartier au début du mois d'avril pour succéder à Frédéric Bove, Nathalie Hamel n'a pas hésité très longtemps avant d'accepter de relever ce challenge. Après un parcours marqué par l'international, qui l'a conduit du Canada à la France, en passant par le Qatar, le Japon, la Chine, les Etats-Unis…, cette chimiste de formation a trouvé dans cette nouvelle aventure le moyen de concilier son amour pour Montréal, la ville où elle a grandi, et l'affection qu'elle a pour Lyon, celle où elle a commencé sa vie professionnelle. Nantie d'une solide expérience et riche de sa double nationalité franco-canadienne, elle entend mettre sa maîtrise de la communication et du travail en réseau au service du rapprochement entre les décideurs des deux rives de l'Atlantique.

L'épidémie de coronavirus pourrait-elle remettre en cause l'organisation de la 33e édition des Entretiens Jacques Cartier ?

Pour le moment, il n'est pas question d'annuler ce rendez-vous devenu rituel, malgré toutes les incertitudes qui pèsent sur les manifestations internationales depuis près d'un trimestre. Nous avons de très nombreux échanges avec les partenaires qui s'impliquent chaque année dans l'organisation de cet événement et tous nous confirment qu'ils attendent impatiemment cette 33e édition. L'attachement aux Entretiens Jacques Cartier est très fort des deux côtés de l'Atlantique. Ils devraient donc se dérouler du 2 au 4 novembre prochains, comme prévu, à Lyon, Saint-Etienne et Clermont-Ferrand. Mais il faudra que nous soyons créatifs et que nous réinventions notre modèle. Nous travaillons d'ailleurs sur ces axes de transformation, mais je ne peux pas encore dévoiler les pistes que nous étudions.

Notamment au niveau de l'organisation de l'événement ?

Oui, bien évidemment. Lorsque vous accueillez plus de 4 500 participants, comme c'était le cas pour les Entretiens Jacques Cartier l'année dernière, dont beaucoup en provenance d'un autre continent, il est évident qu'une crise de cette nature n'est pas sans conséquence sur l'organisation de l'événement. Tout d'abord, parce que nous devrons peut-être faire face à des restrictions sur le nombre de participants autorisés à participer aux différentes présentations. Mais aussi parce que des incertitudes pèsent encore sur les possibilités de voyage. Dans tous les cas, nous sommes dépendants des décisions que prendront les différents états. Ce sont des contraintes supplémentaires, car nous avons des réservations à prendre, et nous allons donc nous border au niveau des clauses d'annulation.

Redoutez-vous une participation réduite des entreprises et institutionnels québécois ?

Actuellement, les sentiments sont mitigés au Québec. Néanmoins, jusque-là, nous n'avons pas enregistré d'annulation. En fait, tout le monde a bien compris qu'il était préférable d'attendre avant de se prononcer. N'oublions pas qu'il est question d'une manifestation qui est programmée pour le début du mois de novembre. Il nous reste donc encore six mois. Cela nous laisse le temps de réfléchir aux formats que nous allons proposer et aux réponses que nous pouvons apporter à certaines sollicitations. Nous enregistrons une forte demande sur le suivi, les comptes rendus, les captages vidéo…

Est-ce beaucoup plus difficile de préparer et d'organiser cette édition sans avoir la possibilité de venir à Lyon ?

Si vous m'aviez posé la question il y a un mois, je vous aurais répondu oui sans hésiter. Mais aujourd'hui, j'ai tendance à penser que ce n'est pas le cas. Nous sommes tous bien organisés, à Lyon comme à Montréal, et nous arrivons à organiser nos rendez-vous, soit au téléphone, soit en visioconférences. Cela fonctionne très bien. Il y a même une forme de spontanéité que nous n'aurions pas forcément eue dans un cadre plus classique.

Au-delà des questions d'organisation, le programme de cette 33e édition est-il bouclé ?

Non. Pour l'heure, nous avons plus de 54 projets qui ont été déposés, dont 34 qui sont d'ores et déjà présélectionnés. Nous présenterons le programme définitif cet été. Je peux cependant vous indiquer que de nombreux participants souhaiteraient que nous consacrions une demi-journée à la gestion de la crise épidémique. Il y a, en effet, beaucoup de choses à dire sur l'organisation de la communication durant cette période et sur ce qui a été mis en place, notamment chez certains de nos partenaires. Des modèles d'organisation ont été imaginés pour s'adapter à la situation, pour être agiles et pour répondre à des problématiques que les entreprises n'avaient jamais eu à gérer jusque-là. Je crois qu'il y a une véritable demande d'échanges sur les bonnes pratiques des uns et des autres. Et je suis convaincue que cet épisode de crise va changer pas mal de choses. Jusqu'à quel point, cela reste à préciser, mais je pense que nous allons notamment activer les collaborations scientifiques un peu plus que par le passé. Le partage des données va augmenter. Il y aura sans doute également plus de créativité, plus de souplesse.

Ces premières réflexions préfigurent-elles la stratégie que vous avez l'intention de mettre au point pour l'avenir ?

C'est encore trop tôt pour le dire, mais nous sommes en train de travailler sur notre nouvelle stratégie à cinq ans. Nous allons rédiger cette feuille de route dans les prochaines semaines. Pour faire adhérer les gens, pour qu'ils s'impliquent et pour les amener à travailler ensemble, il faut que nous leur proposions du concret. Car demain, nos partenaires auront moins de budget, qu'il s'agisse des collectivités ou des entreprises. Ils seront dans l'obligation de faire des choix. Nous devons donc travailler très précisément sur leurs besoins et sur ce que nous sommes en mesure de leur apporter, afin qu'ils aient envie de rester à nos côtés. Pour cela, nous devons être capables de mesurer l'impact réel de notre action sur leur activité. Aussi bien en Auvergne-Rhône-Alpes qu'au Québec. C'est ma première ambition et j'entends m'appuyer sur des cas concrets pour illustrer cet impact. Ensuite, je prendrai mon bâton de pèlerin et j'irai à la rencontre de nos partenaires actuels et de ceux qui peuvent le devenir demain. Et là encore, bien entendu, sur les deux rives de l'Atlantique.

Cette quête de nouveaux partenaires pourrait-elle vous amener à élargir le terrain de jeu des Entretiens Jacques Cartier, qui laisse à l'écart le département de l'Isère pour le moment ?

Au regard du dynamisme de ses entreprises et de la richesse de ses établissements d'enseignement supérieur et de recherche, l'absence de l'Isère pouvait effectivement sembler surprenante. Cette incongruité est désormais corrigée, puisque nous venons d'enregistrer la signature de l'Université de Grenoble comme nouveau partenaire. Ils nous ont rejoint un peu trop tard pour participer à l'appel à projets de cette année, mais ils font désormais partie de l'aventure. A l'avenir, les Entretiens Jacques Cartier concerneront donc les quatre plus grandes métropoles de la région Auvergne-Rhône-Alpes : Lyon, Saint-Etienne, Grenoble et Clermont-Ferrand.

Au-delà de l'organisation des Entretiens Jacques Cartier, pensez-vous que cette crise va changer radicalement notre vie quotidienne ?

Oui, j'ai le sentiment que nous sommes au début d'une réelle mutation. Ici, au Canada, le ministre québécois de l'Innovation (ndlr : Pierre Fitzgibbon) a d'ailleurs déclaré récemment : « Il va falloir nous réinventer dans plusieurs secteurs. Nos déplacements seront différents, le télétravail sera plus développé, le commerce en ligne aussi ». Je suis en plein accord avec cette analyse.

La question du télétravail suscite de grands débats en France, où il était peu développé. Qu'en est-il au Québec ?

Le climat étant beaucoup plus rude, certaines personnes avaient déjà pris l'habitude de travailler depuis chez elles. Mais ce n'était pas encore une réalité dans toutes les entreprises. Aujourd'hui, en revanche, le mouvement semble enclenché et j'ai le sentiment que cela pourrait encore se développer à l'avenir. On évoque l'hypothèse de semaines intégrant trois jours de télétravail et deux jours en présentiel. C'est une piste à creuser. Cela nous obligerait certes à revoir notre façon d'échanger entre collègues, mais cela permettrait de réduire considérablement la pollution liée aux transports urbains.

Ne craignez-vous pas, en revanche, que cela pèse sur la qualité des relations humaines ?

Non, je trouve même que les vidéoconférences permettent de créer une forme de complicité. On voit les gens dans leur contexte personnel et ce n'est pas désagréable. Aussi étonnant que cela puisse paraître, il me semble que l'éloignement lié au respect des principes de distanciation sociale a plutôt rapproché les gens. Il y a une forme de bienveillance qui se développe. On s'entraide plus volontiers. Ainsi, les universités ont pris des initiatives pour aider les étudiants étrangers qui sont bloqués au Québec par la pandémie.

Ces derniers sont très nombreux dans les universités québécoises. La crise actuelle pourrait-elle amener la Province à revoir sa politique en la matière ?

Je ne pense pas que cela change quoi que ce soit. Il y aura peut-être un coup de frein temporaire, mais je n'ai pas d'inquiétude à long terme. Car nous avons besoin de ces jeunes étudiants, mais aussi des jeunes travailleurs qualifiés qui arrivent chaque année sur notre territoire. Il s'agit d'une immigration sélective, qui s'avère le plus souvent pérenne. Les chiffres de toutes les études sont là pour en attester : à terme de cinq ans, plus de 85 % des personnes que nous avons accueillies sont toujours installées au Québec.

Ses dates clés

2020 : Rejoint le Centre Jacques Cartier en qualité de directrice générale

2018 : Occupe le poste de Business & Competitive Information manager chez Saint-Gobain

1990 : Installation à Lyon pour prendre le poste de chef de service Information scientifique et chef de laboratoire Rhône-Poulenc Industrialisation

1989 : Doctorat en chimie à l'université d'Ottawa

1963 : Naissance à Léopoldville, aujourd'hui Kinshasa (ex-Zaïre, aujourd'hui République démocratique du Congo)




Laurent ODOUARD
Journaliste

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