AccueilGrand témoinMylène Pardoen, chercheuse au CNRS : "Je suis une historienne du son"

RENCONTRES DE L'ÉTÉ Mylène Pardoen, chercheuse au CNRS : "Je suis une historienne du son"

Seule au monde à pratiquer son métier sous cette forme-là, la chercheuse du CNRS restitue les ambiances sonores d'autrefois tout en agissant en faveur de la protection du patrimoine culturel immatériel.
Mylène Pardoen, chercheuse au CNRS : "Je suis une historienne du son"
©Karyn_Mercier/MOM/FR3747/CNRS - Ambassadrice Pop Sciences 2021 au Musée de Saint-Romain-en-Gal.

ActualitéGrand témoin Publié le ,

On vous définit volontiers comme une archéologue du son, en quoi consistent vos travaux ?

Archéologue du paysage sonore, c'est l'étude des ambiances sonores du passé. Cette analyse me permet de proposer un modèle à écouter avec une finalité bicéphale, en direction de la recherche et du grand public, comme lors du festival Pop' Sciences qui s'est tenu la semaine dernière à Saint-Romain-en-Gal pour une écoute ouverte à tous. Cela offre une perception très sensorielle de l'histoire pour re-contextualiser des lieux, des tableaux, des objets ou des expositions. Pour les scientifiques cela permet d'avoir une lecture en trois dimensions. Avec l'implication de l'ouïe, il y a une autre perception de l'histoire et le curseur de la perception est modifié.

Comment arrive-t-on à reconstituer une atmosphère sonore ?

Je m'appuie sur des sources hétérogènes. C'est à la fois des sources littéraires (presse, textes) mais aussi visuelles comme des tableaux ou des gravures et des sources dites mixtes comportant à la fois du texte et de l'image. Quand on remonte le passé comme avant 1870, où il n'y avait pas de captations sonores, nos anciens nous ont quand même transmis des archives bruyantes mais qu'il faut savoir lire. Cela peut-être aussi des archives administratives, comme des procès-verbaux de police ou des documents notariaux.

Cela nous permet de comprendre les acoustiques et les ambiances dans lesquelles vivaient nos ancêtres. Bien sûr plus on remonte dans le temps, plus la part d'hypothèses est présente mais on y arrive. Je travaille de – 3.av. Jésus-Christ jusqu'à pratiquement nos jours. Je ne vous ferai pas la restitution du dinosaure en rut mais on peut quand même essayer de comprendre les articulations sur des périodes très lointaines.

Vous appuyez-vous sur d'autres spécialistes ?

Je sollicite tous types de collègues car je ne travaille jamais seule. D'ailleurs aujourd'hui un chercheur travaille rarement seul, ce n'est quasiment plus possible. L'archéologie du paysage sonore est une matière transdisciplinaire. Je vais solliciter systématiquement des spécialistes (historien, sociologue, anthropologue, etc.) de la période et du domaine dont j'ai besoin, pour me donner des sources que je vais recouper en m'appuyant plutôt sur les sciences dures, comme sur le chantier de Notre-Dame. (...) La suite de cet article est réservée à nos abonnés.

Partage
Envoyer à un ami
Connexion
Mot de passe oublié ?