AccueilCultureExpositionArt contemporain / "Mondes Flottants", une biennale zen

Art contemporain / "Mondes Flottants", une biennale zen

Devenue un rendez-vous incontournable dans l'agenda de l'art contemporain mondial, la Biennale d'art contemporain de Lyon confirme sa position grâce à la commissaire choisie par Thierry Raspail, Emma Lavigne, la directrice du Centre Pompidou-Metz. En effet, cette 14è édition s'inscrit parfaitement dans la thématique qu'elle avait choisie, les « mondes flottants » en référence au mot japonais ukiyô-e « images du monde flottant » qui désigne les estampes de l'époque Edo et fait écho à la philosophie bouddhiste de l'impermanence des choses.
Art contemporain /
ArtisteIntervenant : QUESNE Philippe Titre : Caverne

CultureExposition Publié le ,

Or, ici, rien n'est figé, tout est en mouvement, tout change à tout instant, à l'image de cette grande voile de soie qui flotte sur le sol du rez-de-chaussée de la Sucrière, le Wide white flow de Hans Haacke. Ou des avancées imperceptibles des Modules de Robert Breer, qui déforment légèrement l'espace, si l'on prend le temps de s'y arrêter. Ou encore de l'Araignée travailleuse de Tomas Saraceno qui patiemment tisse sa toile sans fléchir, tandis que des humains la regardent et l'écoutent.

C'est l'une des grandes qualités de cette biennale que d'obliger les visiteuses et les visiteurs à prendre le temps, à s'arrêter, à regarder, à éprouver le temps, justement. À l'écouter même comme dans cette splendide (et très futée) installation de Doug Aitken, star américaine de l'art contemporain, Sonic Fontain où l'artiste a fait creuser une cavité qu'il a rempli d'eau et dans laquelle s'écoulent des gouttes selon une partition précisément écrite.

Caverne de Philippe Quesne, ©Blaise Adilon

Symphonie aquatique, elle saisit et enveloppe sans pourtant s'imposer. Et dialogue parfaitement avec l'oeuvre installée dans le silo d'à côté, Flügel, Klingen de Susanna Fritscher, un dispositif de « pales » à l'effet optique et sonore surprenant. Un dialogue qu'on retrouve un peu partout, notamment celui entre modernes et contemporains qui se concrétise de merveilleuse façon au deuxième étage du Musée d'art contemporain dans l'échange et l'interactivité entre l'installation monumentale de Ernesto Neto, le mobile de Alexander Calder et les formes pures de Jean Arp.

Il faut dire que la commissaire a bénéficié de la célébration des 40 ans du Musée national d'art moderne qui a prêté quelques œuvres majeures de ses collections comme le Concetto Spaziale de Lucio Fontana ou le délicat et profond Vivre de Jochen Gerz, métaphore lumineuse et éphémère de la vie et de la mort.

I dream of you, de Mathieu Briand, ©Blaise Adilon

L'occasion de (re)voir le court-métrage délicieusement surréaliste de Hans Richter, Ghosts before breakfast, les toiles trouées de Fontana ou encore l'étonnant Lichtrotoren, Sonne des Meeres de Heinz Mack et l'encore plus étonnant (et tonitruant) A=P=P=A=R=I=T=I=O=N de Cerith Wyn Ewans. Certains grincheux et grincheuses pourront arguer, justement, que cette Biennale est un peu trop « flottante », pas très ancrée dans le réel, et ceux et celles-ci n'auront pas tout à fait tort.

Mais sans doute est-ce le reflet d'un besoin de s'évader devenu impérieux pour fuir des réalités toujours plus dures et violentes ?

G.V.P.

Biennale d'art contemporain de Lyon, jusqu'au 7 janvier, www.biennaledelyon.com

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