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Grand témoin : Michel Noir, le remue-méninges

Grand témoin : Michel Noir, le remue-méninges
Photo Céline Vautey - Michel Noir : "Je suis d'abord et avant tout un chef d'entreprise"

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Discret dans les médias et sur la scène publique, qui est aujourd’hui Michel Noir ?


Je suis d’abord et avant tout un chef d’entreprise. Je continue à être un obsédé de la curiosité. Malgré mon âge, je demeure passionné par la recherche dans le domaine des neuro-sciences. Je continue à écrire. Moins de littérature cependant que d’écriture professionnelle. Depuis une décennie, il est vrai, je suis accaparé à 100 % par mon rôle d’entrepreneur.

Comment a germé le projet de SBT ?


Je suis un cérébral... On a tous nos défauts. J’avais appris à jouer aux échecs. Plus tard, à la maison, j’ai installé un échiquier. J’ai attendu. Je me suis rendu compte que dès 3-4 ans, les enfants posent des questions. De véritables machines à questionner. Ils n’ont pas 4 ans qu’ils savent déjà déplacer un cavalier et un fou. Surtout les garçons. J’ai voulu comprendre pourquoi. Je me suis plongé dans les livres. De cette observation empirique, j’ai pu confirmer que les échecs donnent un avantage aux enfants qui jouent, développent en eux des capacités. Lorsque j’ai été élu maire de Lyon, j’ai mis un échiquier à disposition de toutes les écoles.

Comment êtes-vous passé de l’idée au projet entrepreneurial ?


Lorsque j’ai eu du temps, j’ai commencé à travailler sur ce sujet. J’ai eu l’idée de questionner Olivier Koenig, le patron d’un laboratoire de recherche en neurosciences à Lyon 2. Ne connaissant pas les échecs, il m’a proposé de conduire moi-même l’étude. Mais pour cela, je devais intégrer un cursus académique. Et c’est ainsi qu’à plus de 50 ans, je me suis retrouvé étudiant en DEA de psychologie cognitive. J’ai soutenu ma thèse de doctorat (Le développement des habiletés cognitives de l'enfant par la pratique du jeu d'échecs) le 6 mai 2002, deux ans après la création de SBT. L’autre raison de la création de la société renvoie à la sphère privée, l’Alzheimer dont souffrait mon beau-père. De nombreuses études montrent que la pratique d’exercices cognitifs retarde le déclin cognitif des individus. Comme je suis aussi un homme d’action, j’ai décidé de créer une entreprise dédiée à cette activité dans un environnement où il n’existait pas d’outils numériques pour ce type de pratique. J’ai convaincu Bernard Croisile, un expert en neurosciences (qui dirige aujourd’hui le conseil scientifique), de me rejoindre sur ce projet, ainsi que Franck Tarpin-Bernard, maître de conférence à l’Insa, spécialiste en informatique et en interaction des machines.

« Le démarrage de SBT a pris plus de temps que prévu »

Rien de facile donc à l’origine…

A l’époque de la création de SBT, il existait une unique société, israélo-américaine pour être précis. Une seconde a été créée dans la foulée aux Etats-Unis. SBT a emboîté le pas, générant une large bibliothèque d’exercices afin de traiter des troubles cognitifs et d’imaginer des protocoles de stimulation des capacités neuronales. Spécialisée dans la conception et le développement de programmes ludiques d’évaluation, d’entraînement et de maintien des capacités mentales et cognitives, SBT vise le transfert applicatif des données de neuro-sciences. Avec un double objectif : le praticien devait pouvoir ajuster l’exercice à faire de telle sorte que le patient parvienne à le réussir. Réussir est une belle récompense pour le patient et permet d’activer la source du plaisir. Un gros travail a été effectué sur un plan informatique. Nous avons passé de nombreuses années à perdre de l’argent : au total, jusqu’en 2005, nous avons perdu quelque 1,5 M€. Perdu, ou plus précisément investi, puisque cette manne a servi à bâtir notre actif. A cet instant, je me suis dit, ça prend plus de temps que prévu. Et pourtant, peu à peu, j’ai vu de grands comptes nous approcher. Ils nous sollicitaient pour que l’on aide leurs DRH afin qu’ils complètent l’évaluation des collaborateurs sur le volet cognitif. Si notre premier métier touchait au domaine de la santé, nous avons progressivement intégré à notre activité les ressources humaines. Pour certains métiers, la bonne connaissance de ces processeurs cognitifs s’avère stratégique. Certains groupes ont besoin de ces données avant d’investir dans des postes jugés cruciaux. Un exemple, nous avons remporté un appel d’offres d’EDF concernant la présélection de candidats appelés à devenir opérateurs en salle de contrôle dans les centrales, des postes clés.

Vous n’êtes pas resté uniquement sur le créneau de la santé. Ce développement vers les RH explique-t-il en partie le succès de SBT ?

Cela nous a positionnés. Le fait de faire du sur-mesure a également renforcé notre légitimité. Notre développement, outre une entrée en Bourse en 2006 (cotation sur Euronext Paris), a été assuré avec des opérations de croissance externe. La première, le rachat d’Arnava, spécialiste de l’évaluation des cadres supérieurs et des dirigeants. Puis, en 2008, Créasoft, éditeurs de logiciels d’orthophonie implanté à Toulouse. Deux ans plus tard, nous avons acquis une équipe à Grenoble (Symetrix), qui faisait du e-learning. En 2013, nous avons racheté une société de conseil qui proposait aux entreprises un soutien lors des démarches longues et fastidieuses de mise en mouvement, avec modification de comportements : comment motiver les équipes ? Les faire travailler ensemble ?…

A quels marchés vous adressez-vous ?

Nous avons créé des sites grand public, particulièrement happyneuron.com, édités en onze langues (ndlr : coréen, japonais, russe, hébreux, allemand, italien, portugais, espagnol, américain/anglais, tchèque, turc), où nous avons installé des variantes accessibles de nos produits. Concernant les professionnels (diffusion en 25 langues), nous nous adressons à des psychiatres, des orthophonistes.

« Je ne pouvais qu’être gaulliste »

Vous avez commencé dans l’entreprise. Pourquoi ne pas avoir continué sur cette voie ?

En 1968, j’ai commencé à travailler. Pendant dix ans, je me suis consacré à l’entreprise tout en conservant un engagement militant gaulliste qui remontait à mes années de fac où je faisais le coup de poing contre le mouvement Occident et Madelin. En 1976, je me suis préparé pour être candidat aux municipales. Je faisais partie du petit nombre de sièges accordés par Pradel aux Gaullistes. En 1978, j’ai franchi le pas lorsque j’ai été élu député à la Croix-Rousse face à Soustelle. Un peu plus de dix ans après, j’ai été élu maire de Lyon.

D’où est venu le virus pour la politique ?

Pour sûr, par atavisme. Et par respect pour des valeurs publiques et d’engagement. Mon père m’emmenait rue des Capucins, à Lyon, où se réunissaient les déportés, notamment ceux de Mauthausen. J’ai toujours eu le souci de m’engager. Je me considère profondément comme un homme d’action. J’aime la compétition (ndlr : il a pratiqué l’aviron à haut niveau). J’aime m’engager, m’investir, agir. Je ne pouvais qu’être gaulliste. J’ai la volonté de faire bouger les choses. Le « non possumus » : le fait de lutter contre les choses que l’on ne peut accepter, de lutter contre les conservatismes et les corporatismes.

« La réussite scolaire est la première responsabilité de la cité »

Que voulez-vous que les Lyonnais retiennent de votre mandat place de l’Hôtel de Ville ?

Mon implication en faveur des écoles, plus globalement de l’éducation. Ainsi, j’ai fait acheter la Manufacture des Tabacs pour l’offrir à l’université. Ensuite, l’embellissement de la ville. Et pas seulement le plan Lumière qui a commencé par l’illumination des facultés sur le quai Claude-Bernard et de l’hôtel-Dieu sur les bords du Rhône, qui ressemblaient alors à une coulée noire. Au cours de mon mandat, j’ai créé 10 000 places de parking et réduit les places disponibles en surface de 2 800 pour rendre la presqu’île aux piétons. J’ai aussi investi dans l’embellissement des places de la Bourse, République, Célestins et Terreaux. J’ai bâti le schéma tripolaire des Hospices civils de Lyon ; il commence à se terminer. Pendant mon mandat de six ans, j’ai le sentiment d’un « plein ». Sur le volet environnemental, nous avons voté, en 1990, la charte d’écologie urbaine. J’ai voté l’inconstructibilité de toute la Feyssine. Suite à cette décision, plus aucun professionnel du bâtiment ne pouvait me voir en peinture (sic). Je n’oublie pas l’accessibilité du métro aux handicapés. Lors d’un conseil du Sytral, j’ai piqué une colère terrible. Soixante millions de francs ont été débloqués pour la construction des ascenseurs sur la ligne D. Cette fois-là, j’ai fait preuve d’autorité.

« Raymond Barre n’aimait pas Lyon »

Des regrets ?


Je suis un joueur d’échecs et j’ai toujours eu à l’esprit d’élaborer des stratégies à long terme. Ce fut le cas pour le bouclage du périphérique, pour lequel nous avions abouti en 1995, comme pour le prolongement des lignes de métro jusqu’à la Feyssine et Oullins. Pour cela, nous avions augmenté le budget du Sytral de 20 à 120 M€ en cinq ans. Raymond Barre a arrêté beaucoup de ces projets. Il n’aimait pas Lyon. A l’inverse, Gérard Collomb s’est inscrit dans la continuité, apportant sa contribution à l’édifice, particulièrement à la Confluence, une très belle réussite.

Comment rêvez-vous Lyon demain ?

La Métropole doit s’affranchir des règles et travailler avec la Région pour la mise en place d’un campus de la réussite sur les trois niveaux : primaire, secondaire et universitaire. Il faut revendiquer cette autonomie et l’assumer de manière à ce que, au bout, chacun ait une compétence pour tel ou tel métier initial. Tous les hommes de sciences, quelles soient dures ou molles, savent l’importance de l’agilité et de la flexibilité en matière de formation. N’hésitons pas à remettre en cause les paradigmes de l’Education nationale d’aujourd’hui. Je suis un vieux gaulliste qui n’a pas oublié que « là où il y a une volonté, il y a un chemin ». Il faut faire preuve d’audace et faire bouger les lignes. Malheureusement, le changement dérange, surtout dans un pays comme la France où les corporatismes et le conservatisme fabriquent des exclus.

Est-ce un cri d’alarme ?

Soyons clair, la France est arrêtée. On fait tout pour créer un environnement qui ne facilite pas notre formidable capacité d’innovation. On constate un divorce complet entre les différents exécutifs et les Français. La pathologie des actuels dirigeants est qu’ils n’ont pas « foutu » les pieds dans une entreprise. Le mot-clé, c’est adaptabilité. Il existe trop de contraintes législatives et réglementaires. Ça va plus vite aujourd’hui dans les nouvelles technologies, dans la concurrence, dans l’adaptation. « La meilleure façon de rester en équilibre sur un corps en mouvement, c’est d’être soi-même en mouvement ». Avec le gouvernement socialiste, c’est tout le contraire, avec un déséquilibre permanent et une inertie. Lors de nos interventions dans les entreprises auprès des services de ressources humaines, nous prônons la mise en mouvement, la flexibilité et l’adaptabilité. Nous disons aux DRH : « Embarquez, avec vous, les équipes ». Les conservateurs sont partout. C’est une question de mentalité. La seule grille de lecture de l’économie, c’est l’idéologie. Je dis non. Ce raisonnement est obsolète. L’unique question à poser est la suivante : comment fait-on pour que la richesse soit bénéfique au plus grand nombre ?

Ses dates clés

2006 : entrée en Bourse de SBT
2000 : création de SBT
1989 : le 19 mars, devient maire de Lyon
1986 : le 20 mars, nommé ministre du Commerce extérieur (gouvernement Chirac)
1944 : naissance le 19 mai à Lyon

SBT
SBT, qui emploie 80 salariés, a réalisé en 2015 un chiffre d’affaires de 10 M€, en progression de 16 %, et un résultat net de 500 000 €. Le premier trimestre 2016 s’inscrit sur la même tendance avec une croissance de 15 %. Le groupe des fondateurs contrôle plus de 37 % du capital ; les investisseurs historiques, 18 % ; les fonds d’investissements et le flottant se partagent le reste.

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