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Michel Delpuech : « La métropole de Lyon a une signature européenne »

Michel Delpuech : « La métropole de Lyon a une signature européenne »
Céline VAUTEY

ActualitéGrand témoin Publié le ,

Un an après votre arrivée à Lyon, quelle perception avez-vous du territoire ?

Un an de présence m’a révélé un territoire dynamique et attractif, un écosystème que l’on ne voit pas partout. Ville de commerce et d’industrie, ville d’équilibre, de sagesse mais aussi d’innovation, Lyon s’inscrit dans une tradition capitaliste de type rhénan, avec une ouverture sur le monde qu’explique le poids du fleuve Rhône dans son histoire. En témoignent la puissance économique des ses acteurs, la présence des centres de décisons et la cohérence des décideurs dans le cadre d’une grande diversité de métiers.

Comment caractériseriez-vous l’écosystème lyonnais ?

L’écosystème lyonnais s’appuie sur des pôles d’excellence et une forte implication de la recherche et de l’enseignement supérieur. Je ne doute pas d’ailleurs que l’Université de Lyon décroche le label Idex. Il bénéficie aussi d’un lien fort entre le secteur privé, les collectivités et les pouvoirs publics. Tout ces atouts confèrent à cet écosystème une bonne échelle, une taille qui lui permet d’avoir une signature européenne sans les travers d’une métropole comme Paris où la concurrence entrave les relations entre les acteurs économiques. Mais attention, cet écosystème vit sur lui-même. Il souffre d’un déficit de notoriété.

Quelles sont vos relations avec le monde de l’entreprise ?

Pour se développer, les entreprises ont besoin d’un environnement réglementaire stable. Facilitateur pour les dirigeants, le préfet de région n’a pas vocation à définir la stratégie économique d’un territoire. En revanche, il doit faire la promotion des dispositifs qui contribuent à l’essor des entreprises. En témoigne le CICE qui a rendu 1,8 Md€ à la région Auvergne-Rhône-Alpes, sensiblement plus que le coût de l’A45. Autre exemple : le 18 janvier dernier, le gouvernement a mis en place l’aide à la première embauche au sein des PME (500 € par poste et par trimestre). Aujourd’hui, nous allons franchir le 20 000e emploi éligible dans la région.

Comment prenez-vous en compte les préoccupations des chefs d’entreprise ?

Je les côtoie, ils m’invitent. J’accepte volontiers de me rendre sur les sites pour observer de près le fonctionnement de ces entreprises et la vie de ceux qui les font tourner. Le grand public voit surtout le préfet « pompier ». Dernièrement, j’ai reçu les salariés de Bosch pour lesquels je me mobilise, comme je l’ai fait auparavant pour ceux de Cenntro Motors.

Quels sont les dossiers prioritaires en matière économique ?

La formation. Le gouvernement a fixé un objectif ambitieux. La ministre du Travail, Myriam El Khomri, a souhaité qu’un million d’actes de formation de demandeurs d’emploi soit lancé en 2016. Cela équivaut à multiplier par deux le rythme des années passées. Sur notre territoire, l’exécutif régional a annoncé sa décision de ne pas le mettre en œuvre. Je piloterai donc ce plan ici en Auvergne-Rhône-Alpes. Pôle Emploi finance environ 26 000 formations par an. 60 % aboutissent à un retour à l’emploi. Ce n’est pas un mauvais ratio si l’on considère que les publics bénéficiaires de ces formations sont souvent des demandeurs d’emploi longue durée, des personnes sans diplôme ou sans qualification, bref des populations difficiles. Nous allons proposer 33 000 formations de plus et débloquer 100 M€.

« Malgré ses atouts et ses pôles d’excellence, l’écosystème lyonnais souffre d’un déficit de notoriété »

Autre bataille, la lutte contre le travail illégal. De quel levier disposez-vous ?

Nous devons démanteler les réseaux internationaux. En mai 2015, j’ai signé, avec les acteurs du BTP, une convention de partenariat pour lutter contre la concurrence sociale déloyale. Des contrôles menés, notamment par l’unité de la Dirrectespécialisée dans la lutte contre les prestations de services irrégulières, m’ont permis fin mars de prendre deux arrêtés de sanction administrative contre deux entreprises. Sur ce sujet, je serai vigilant et ferme.

Quelle est votre position sur l’A45 ?

Au regard de la déclaration d’utilité publique de 2008, l’A45 est inscrite depuis longtemps comme une priorité. Il faut désormais la concrétiser. Le coût se situe entre 1,2 et 1,4 Md€. On ne financera pas cette liaison par un péage. Notre équation est la suivante : un tiers grâce au péage ; les deux autres partagés entre l’Etat et les collectivités territoriales, soit 850 M€. Le Département de la Loire et la communauté d’agglomération de Saint-Etienne ont délibéré fermement et positivement. Au ministère, on prépare la convention avec Vinci. On va relancer les études pour préparer les échéances du débouché sur Lyon. Prochaine étape : la signature du contrat de concession, dès cette année.

Et sur l’aéroport Lyon-Saint Exupéry ?

Les candidats retenus feront une première offre (indicative) le 9 mai, avant un deuxième tour précédant les offres définitives (fermes) le 27 juin et le choix du repreneur au cœur de l’été. Mais nerésumons pas ce dossier au seul lien avec les compagnies du Golfe qui, je vous le rappelle, cannibalisent les liaisons Europe-Asie ou Europe-Australie. On ne peut tolérer une concurrence faussée. Il faut développer les liaisons directes avec l’Amérique du Nord. Pour moi, doit être posée la question de la complémentarité entre Lyon et Genève, ville présente dans un consortium de candidats à la reprise de Lyon-Saint Exupéry.

Comment percevez-vous la Métropole dans le cadre de la loi de décentralisation ?

La loi NOTRe constate que les ressources de croissance sont dans les Régions et les grandes Métropoles qui co-animent le dossier économique. A ce titre, elles doivent, ensemble, élaborer le Schéma régional de développement économique, d’innovation et d’internationalisation que je dois approuver (ou pas). Une fois adopté le SRDEII, les autres collectivités locales - Département, communautés de communes - doivent se plier à ce schéma.

Ne craignez-vous pas l’émergence d’un centralisme régional autour de Lyon ?

Pour moi, l’équilibre des territoires constitue un enjeu majeur pour les années à venir. Il n’est pas question de voir émerger des déserts, des villes en déshérence économique. Je compte pour cela sur les Départements qui doivent se recentrer sur des missions de solidarité.

Comment jugez-vous les indicateurs économiques pour 2016 ?

En ce début d’année, comme en témoignent la création nette d’emplois sur l’aire urbaine de Lyon, la relance des investissements et la reconstitution des marges des entreprises, les indicateurs sont correctement orientés. La courbe du chômage devrait s’inverser. En tout cas, 2016 se présente mieux que 2015.

« Pour moi, l’équilibre des territoires constitue un enjeu majeur pour les années à venir »

Comment abordez-vous le problème des régugiés ?

J’ai visité le fort Saint-Laurent qui abrite des familles déboutées du droit d’asile. 95 % d’entre elles sont de nationalité étrangère et en situation irrégulière. Dans la région Auvergne-Rhône-Alpes, où nous accueillons quelque 600 régugiés en provenance de Calais, nous disposons d’une capacité d’accueil de 8 160 places pour seulement 7 600 demandes. Les 800 réfugiés, Irakiens et Syriens, sont assez bien répartis.Mais, en raison de la barrière de la langue mais aussi de l’attrait exercé par l’Allemagne, on ne peut pas dire qu’ils aient envie de rester en France.

En clair, nous sommes confrontés à un problème de politique migratoire, pas à un problème d’hébergement. Si bien entendu, les demandes d’asile sont traitées dans un délai de six mois. Les difficultés sociales n’ont donc rien à voir avec le problème des régugiés. Il s’agit d’un autre dossier.

Comment évoluent les chiffres de la délinquance ?

Les outils de calcul ont été changés depuis le 1er avril 2015. Difficile donc de faire des comparaisons statistiques. Mais je perçois une stabilité. Il n’y a pas de dérapage des faits de délinquance. Dans les zones rurales, les choses s’améliorent ; dans les zones urbaines, je trouve, pour l’heure, la situation plutôt paisible. Il n’y a pas de secteurs avec les clignotants au rouge. En raison du climat actuel, la présence renforcée sur la voie publique a un impact sur les vols à la tire et les vols de sacs.

Renforcerez-vous la sécurité pour l’Euro 2016 de football ?

Il n’existe pas de plan particulier. La mobilisation des forces de sécurité est placée à un niveau exceptionnel. A Lyon, deux points d’attention : les matchs et la « fan zone », c’est-à-dire l’espace clos qui abritera la projection de tous les matchs, qui mobilisera plus que le Parc OL, avec des vacations plus longues. Nous veillerons aussi au bon fonctionnement des camps de base des sélections internationales : l’Allemagne à Evian-les-Bains ; la Slovaquie à Vichy ; l’Islande à Annecy ; l’Irlande du Nord à Saint-Jean-d’Ardières. Mais, que ce soit avec l’Euro ou toute autre manifestation, le sujet numéro 1 reste le terrorisme.

Ses dates clés

1er avril 2015

Préfet de la région Rhône-Alpes et du Rhône

2003 à 2015

Préfet des Hauts-de-Seine, de Corse, directeur de cabinet de Michèle Alliot-Marie (ministre de l’Intérieur), préfet de la Picardie et de la Somme, puis préfet de la région Aquitaine et de la Gironde.

1978

Elève de l’ENA dans la promotion Voltaire. La même que François Hollande

1953

Naissance le 13 février à Aurillac

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