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Métropole de Lyon : Émeline Baume veut "une économie ouverte vers plus de justice sociale"

Métropole de Lyon : Émeline Baume veut

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La feuille de route stratégique économique, lancée par le nouvel exécutif, a-t-elle évolué dans ce contexte de crise que nous connaissons ?

"Notre programme porte initialement sur la justice sociale et la transition écologique. Il est nécessaire de garder une dynamique sur le territoire, tout en maintenant une trajectoire bas carbone pour l'industrie et accélérer la création d'activités économiques en remettant l'emploi d'hyper proximité au goût du jour.

Plus globalement, et avec la crise sanitaire et économique que nous vivons, nous avons le souhait d'avoir une approche globale sur la santé. Il s'agit, autrement dit, de savoir, finalement, dans quelles conditions un territoire est en bonne santé, dans tous les sens du terme. Notamment, en matière d'artificialisation des sols : l'idée n'est plus de grignoter des terres agricoles pour implanter des activités économiques mais d'intensifier le foncier existant, notamment les zones industrielles et l'immobilier tertiaire actuellement en mutation.

"Structurer l'économie de proximité que nous souhaitons organiser"

Il est aussi nécessaire que chacun trouve sa place dans la société par le travail. Nous avons ainsi intérêt à déployer une politique très ouverte et très forte. Je pense aux indépendants et aux artisans qui n'ont actuellement que le RSA comme solution, mais qui possèdent une compétence et qui n'ont rien à faire dans ce type d'accompagnement social. Nous pourrions les accompagner rapidement vers un pivotement de leur activité.

Nous avions prévu de créer une foncière commerciale pour expérimenter de nouvelles activités qui correspondent à de nouveaux besoins des habitants et de revoir le Schéma directeur d'urbanisme commercial (Sduc) pour rétablir une activité économique de proximité. Le management de centre-ville serait l'un des outils pour y parvenir. La logistique du dernier kilomètre peut, en cela, structurer l'économie de proximité que nous souhaitons organiser. Il s'agit de référencer tous les opérateurs locaux et les experts de l'économie sociale et solidaire, pour in fine leur dédier de l'immobilier d'entreprise."

L'économie circulaire, qui vous est chère, valide-t-elle votre démarche métropolitaine et répond-elle à la prise de conscience citoyenne et des dirigeants de mieux agir en faveur de l'environnement ?

"Nous avons expérimenté une entrée dans la commande publique, celle de l'économie de la fonctionnalité et du service, c'est à dire louer du matériel et assurer la maintenance plutôt que d'acheter du matériel.

Les grands groupes et collectivités devraient passer commande sur ce mode de fonctionnement, car cela donne de la visibilité à l'opérateur qui vend. C'est une autre façon d'intégrer cette économie des usages et tendre à la sobriété carbone."

© Marine-Agathe Gonard

Acteurs et territoires

Certains acteurs économiques ont pu montrer leurs craintes vis-à-vis du nouvel exécutif dans sa manière d'envisager le développement économique. Quels étaient les points de frictions ? Où en sont vos relations ? Avez-vous pu les rassurer ?

"Il y a d'abord le jeu classique lié à la campagne électorale. EELV n'est jamais interrogé par les acteurs économiques, sauf sur des questions d'économie sociale et solidaire. J'ai passé mon "grand oral" devant la commission du Medef début octobre, et ça s'est très bien passé. Une fois qu'on est sorti du jeu électoral, chacun est dans son rôle et ses missions.

On peut humainement ne pas s'entendre et politiquement acter de grosses divergences, mais il existe des zones de confort où l'on peut trouver des points de convergence. Sur l'A45, par exemple, nous ne sommes pas d'accord mais nous avons eu un vrai débat sur le développement des aéroports. Je précise que nous avons été élus pour être en responsabilité, bien qu'avec un fort taux d'abstention.

Nous nous devons, à la Métropole, d'être plus responsables et plus pragmatiques en écoutant les diverses instances avec plus d'humilité. Nous avons un objet commun à travailler avec les acteurs économiques : répondre aux entrepreneurs, plus particulièrement aux entrepreneurs de l'économie de proximité."


Ses dates clés

2020 Vice-présidente déléguée à l'économie à la Métropole de Lyon

2017 Collaboratrice de l'agence d'architecture et d'urbanisme Toposcope

2015 Conseillère métropolitaine déléguée à l'Économie circulaire

2014 Conseillère municipale de Lyon, présidente du groupe EELV


Quel est votre avis sur le rayonnement des métropoles, leur attractivité et les enjeux environnementaux qu'elles impliquent : déplacement domicile-travail, désertification de certains territoires, effet de délocalisation/relocalisation d'industries en périphérie… ?

"Nous souhaitons agir sur l'aire urbaine lyonnaise plutôt que sur le territoire métropolitain stricto sensu : Nord-Isère, Pays Viennois, etc. Il faut décentrer la zone centre, c'est-à-dire Lyon et Villeurbanne, et donner les moyens aux territoires périphériques d'être attractifs, au-delà même de la Métropole.

On peut imaginer de financer, pourquoi pas, des lieux de télétravail et d'immobilier d'entreprise à Rive-de-Gier ou Bourgoin-Jallieu. Il faut analyser les flux domicile-travail pour mesurer les risques sanitaires et environnementaux associés."

Où en sont vos réflexions sur l'avenir de l'Aderly ?

"Nous souhaitons avoir de la transparence financière sur tous les flux des structures dans lesquelles nous investissons. Nous avons, en ce sens, lancé un audit pour voir comment l'Aderly peut nous accompagner dans le pivotement de notre territoire : accueillir des entreprises qui viennent de l'extérieur de la Métropole avec des projets bas carbone et qui favorisent la coopération entre les acteurs.

Nous n'irons pas, en revanche, chercher des pépites à l'autre bout du monde. Il faut aussi analyser le travail de coopération que réalise l'Aderly avec les pôles de compétitivité, les clusters, des groupements d'employeurs… Pour structurer des communautés autour de filières d'activité qui nous semblent essentielles : alimentation, BTP et textile, au-delà de l'habitat, de la mobilité ou de l'énergie qui mobilisent habituellement nos préoccupations environnementales.

© Marine-Agathe Gonard

Nous avons un gros sujet avec le BTP sur des questions d'aménagement de voies express de vélos, mais aussi pour que nos zones industrielles soient attractives pour les salariés. Sur la question du textile, il y a un vrai sujet d'impact carbone à l'échelon régional. Je pense à des connexions avec Roanne. Nous souhaitons avoir, par circonscription, un lieu de consommation responsable où l'on peut faire réparer ses objets du quotidien, acheter des vêtements de seconde main, établir un système de troc…

L'objectif n'est pas de faire disparaître l'Aderly mais d'évaluer comment nous ajustons notre collaboration ensemble, y compris la subvention qui lui est versée. Nous avons bien acté avec Jean-Charles Foddis que la prochaine subvention sera coupée en deux : l'une pour lui permettre de continuer à fonctionner, l'autre réajustée en fonction de notre programme d'action."

Notre journal a lancé son édition 2020 de Femmes Décideurs, qui consacre l'entrepreneuriat au féminin. Quelle est votre posture vis-à-vis de la place des femmes à des postes à responsabilité, à la fois en entreprise et dans les administrations ?

"Il faut parler des femmes pas uniquement sur un plan matrimonial. On se rend compte qu'en période de grande crise, elles pivotent plus facilement que les hommes. Il faut envoyer du positif. C'est important de donner ainsi des expériences de femmes, mais aussi d'hommes finalement qui sont capables d'agir.

Dans les parcours d'insertion que nous traitons à la métropole, il y a seulement 6 % de femmes. Nous souhaitons les mettre plus en avant et les faire témoigner pour qu'elles diffusent leur envie d'entreprendre."

Entre nous...

Son rituel du matin... Je regarde la lumière du jour chaque matin en me levant plutôt que d'avoir le réflexe d'allumer mon portable.

Ses inspirations... José Bové : je me suis retrouvée dans cette figure écologique à une époque où j'étais encore étudiante. Mes parents sont agriculteurs.

Son lieu ressource... Le bord de Saône, près de là où j'habite.

Son style de management... Prendre le temps d'écouter les autres car je suis d'un naturel très empathique dans un poste qui demande de prendre des décisions rapidement.

© Marine-Agathe Gonard

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